J'irai toujours au ciné-parc
Cinéma

J’irai toujours au ciné-parc

La saison des ciné-parcs est ouverte. Chérissons ces joyaux nostalgiques du septième art qu’on ne compte plus que sur les doigts d’une main au Québec.

En 1990 (ouch! on vieillit), je vivais ma première expérience de ciné-parc dans ma patrie, à Saint-Eustache. On allait décider sur place ce qu’on irait voir. Sur les cinq écrans, y allait bien avoir quelque chose qui nous plairait. J’avais cinq ans et j’ai vu les fesses de Kevin Costner. Mes parents avaient choisi Il danse avec les loups non sans hésitation. Je ne peux pas vous dire si j’ai aimé ou compris le film, mais la magie du ciné-parc m’avait absolument emportée ce soir-là et je me suis endormie paisiblement contre l’épaule de mon cher cousin à mes côtés.

Dans les dernières années, j’ai revisité le Ciné-Parc St-Eustache. Tout semble être resté intact. Si je n’ai pas somnolé avant la fin du premier film comme mon alter ego de 5 ans, j’y ai vu des longs métrages que j’aurais aimés à cet âge: Le monde de Dory et Les Schtroumpfs 2. Nostalgique et fébrile au possible en ce début de saison, j’ai lâché un coup de fil au propriétaire du petit et charmant Ciné-Parc St-Hilaire, André Monette. Celui qui travaille pour le septième art depuis 1962 constate une augmentation de l’offre et de la demande pour des films pour toute la famille depuis quelques années, ce qui change la donne en matière de public. «Y a beaucoup de bons films pour tous – comme tous les Détestable-moi et les Cars – et on n’est plus confinés à jouer du gros film d’action et à être limités à une clientèle jeunesse qui aime beaucoup ces films-là. Les belles journées en juin, juillet ou août où l’on voit une centaine d’enfants sur le terrain en pyjama, c’est pas mal le fun.»

Le ciné-parc de Saint-Hilaire ainsi que celui de Saint-Eustache figurent parmi les quelques derniers au Québec, avec ceux de Boucherville, Orford et Gatineau. Si le commerce de deux écrans de M. Monette est encore bien en vie, il explique la disparition des établissements de ses anciens homologues par des raisons financières, sans surprise. «C’est tout d’abord une business. Tout d’un coup, au lieu de faire 10$, t’en fais juste 5 et il faut travailler pareil, commente le propriétaire du Ciné-Parc St-Hilaire depuis trois décennies. Vous avez un grand terrain et arrive un jour un coco qui vous offre beaucoup d’argent… Les ciné-parcs ont disparu un à un, un peu pour ça. Il en reste cinq au Québec. C’pas gros, hein?»

Si le ciné-parc de Laval – dont les écrans désuets règnent toujours sur le bord de l’autoroute 15 – n’a pas vécu assez longtemps pour vivre le passage au numérique, celui de Saint-Hilaire profite bien aujourd’hui des atouts des nouvelles technologies. «On a remplacé notre équipement de projection pour du numérique il y a quatre ans, précise M. Monette. C’était un gros investissement, mais on a vu une sensible augmentation de notre chiffre d’affaires. C’est un gros plus pour la clientèle aussi, parce que les gens savent que le numérique est supérieur. Quand les films en pellicule étaient sombres, c’était difficile à présenter en ciné-parc. Maintenant, y a aucun problème. Le numérique nous a coûté beaucoup, mais nous a apporté beaucoup.»

Mais avec l’arrivée de Netflix et la multiplication des écrans dans les foyers, le ciné-parc n’est-il pas redevenu en péril ces dernières années? Non, pense M. Monette. «Vous savez, en cinéma, on est habitués. Il est arrivé tellement d’affaires depuis 50 ans. Chaque fois, on a dit “ça va tuer le cinéma”, mais ça ne s’est pas passé. On peut regarder des films sur notre écran géant chez nous – c’est correct, c’est une facilité, c’est l’fun –, mais on a aussi besoin de sortir. Je sais qu’y a beaucoup de gens qui vont penser que ça ne fonctionne plus, mais nous, en particulier les quatre dernières années, notre rendement a été supérieur d’année en année.»

À l’ère d’une facilité accrue à consommer le cinéma et la télé à tout moment, le grand écran, lorsque bonifié d’une expérience abordable telle que l’offre le ciné-parc, est encore favorisé. «Je suis venu au monde dans le cinéma; j’y suis encore et j’aime ça. Et le public nous le rend bien parce que les gens qui viennent sont de bonne humeur. Ils installent leurs chaises ou ils mettent le char à l’envers avec des couvertes, un mini barbecue. Ils jouent au frisbee en attendant. C’est une belle aventure, et si ça continue, c’est qu’on est capables de faire vivre ça et d’en vivre.»

Puisque la vie semble être bonne au Ciné-Parc St-Hilaire et que M. Monette nous assure que la relève est déjà en place, on prendra encore la sortie 115 longtemps.

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