Samuel Matteau : Le drame d'être ici
Cinéma

Samuel Matteau : Le drame d’être ici

Ça a tout de la consécration locale : le premier long métrage de fiction de Samuel Matteau (un gars de Québec), tourné à Québec, est présenté en première au Festival de cinéma de la ville de Québec. Pourtant, rien de régional dans les ambitions du jeune réalisateur extrêmement prometteur.

Petitesse du marché, manque de moyens, coûts exorbitants : on entend souvent (toujours?) à quel point tourner à Québec et y faire du cinéma est difficile. Attablé dans un café de Limoilou, Samuel Matteau a un discours un peu différent. « Tourner à Québec a été vraiment agréable. C’est une ville magnifique à filmer, elle a une espèce de facture impressionniste allemande romantique avec une certaine nordicité. C’était un tournage difficile, à cause des nuits froides de novembre et de l’humidité, mais on a eu beaucoup de plaisir. À Québec, on est une petite communauté forte, les organismes travaillent de pair, on se sent en famille! »

Son nouveau film, Ailleurs (que l’on a d’abord connu sous le nom de travail de Squat) incarne la fameuse phrase de Game of Thrones : « winter is coming ». Juste avant les premières neiges, deux ados, TV et Samuel, fuguent de leur banlieue aisée et se retrouvent parmi une bande de squatteurs dans une grotte au cœur de la ville. Le scénario de Guillaume Fournier est librement adapté du roman Haine-moi de Paul Rousseau. « C’est un livre que j’ai lu au secondaire, l’histoire m’avait beaucoup marqué », explique le cinéaste. « Tout à fait par hasard, il y a à peu près trois ans, la productrice Valérie Bissonnette m’est arrivée avec ce scénario. J’ai décidé d’embarquer dans l’aventure! Justement, sans Valérie, sans son écoute et son soutien, le projet n’aurait simplement pas eu lieu. »

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C’est la relation entre les deux adolescents qui constitue le cœur du film, alors que l’on verra à l’écran la dynamique évoluer, entre TV le sensible et Samu le ténébreux impulsif (joués respectivement par Noah Parker et Théodore Pellerin). Pour évoquer l’ailleurs du titre et toute la quête des protagonistes, Samuel s’est tourné vers François Gamache pour la direction photo, avec qui il travaille depuis plusieurs années. Le défi? Sortir de « Québec la carte postale ». « On a fait une grosse recherche sur le plan de la couleur », explique le cinéaste. « Le pont de Québec nous a beaucoup inspirés, on voulait que la couleur du film soit proche du métal rouillé, et ça représente aussi le pont entre l’adolescence et l’âge adulte. »

Toutefois, rien là d’ésotérique ou d’hermétique. « C’est un hybride entre un film d’auteur, un film artistique et un film populaire, mais pas populiste », insiste Samuel. « Le mot populaire a été perverti, mais il y a peuple dans le mot, population aussi. Ce film est une main tendue vers le public. Je lui dis “faites-moi confiance!” Je veux embarquer les gens dans un récit qui va les chambouler, une histoire d’amitié qui va les toucher. » Le FCVQ n’est que le début pour Ailleurs, alors qu’il sera distribué en salles en décembre et, si l’ambition de Samuel se réalise, tournera dans des festivals autant locaux qu’internationaux. Mais d’abord, Québec!

 

Ailleurs
Samedi 16 septembre à 19 h au Palais Montcalm
En première au Festival de cinéma de la ville de Québec