Les rois mongols / Luc Picard FCVQ : À la guerre comme à la guerre
Cinéma

Les rois mongols / Luc Picard FCVQ : À la guerre comme à la guerre

Après avoir conquis le public avec L’audition, puis visité l’univers de Fred Pellerin deux fois plutôt qu’une, Luc Picard est de retour derrière la caméra pour revisiter la crise d’Octobre à hauteur d’enfant dans Les rois mongols.

L’acteur-réalisateur insiste d’entrée de jeu pour spécifier que l’enfance ne rime surtout pas pour lui avec condescendance. «L’idée, c’est de les faire exister tels qu’ils sont, parce que dans notre ère politically correcte, les enfants à l’écran, on a tendance à les regarder de haut. Mais qui de mieux placé que ces jeunes acteurs pour savoir ce que c’est d’avoir 13, 14, 15 ans? Des flos, c’est toujours plus intelligent et sensible qu’on pense.» Ici, les bouleversements familiaux se fondent aux déchirements politiques de l’automne 1970, et la prise d’otage devient, aux yeux de Manon (la très douée Milya Corbeil-Gauvreau, remarquée dans Nelly) et son petit frère Mimi (Anthony Bouchard, craquant), l’issue idéale pour éviter la «famille d’écueil». Aidés par leurs cousins (les attachants Alexis Guay et Henri Picard, fils de Luc), ils partiront en cavale avec une vieille dame (Clare Coulter, lumineuse) qui n’avait rien demandé.

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Adapté du roman Salut mon roi mongol! de Nicole Bélanger et scénarisé par l’auteure elle-même, le film navigue aisément entre le grave et l’attendrissant, entre la trame sociopolitique et le ressort comique. «Oui, il y a un certain humour, mais c’est une touche parmi d’autres, de préciser Picard. C’est un peu le même thème que dans L’audition: comment rester intègre face à tes promesses d’enfance, quand la vie adulte te force à tellement de compromis. Voir cette jeune Manon jurer à son frère qu’ils ne seront jamais séparés, et se démener pour que ça n’arrive pas, c’est tout de suite venu me chercher.» Travailler à partir d’un roman lui a aussi fourni d’autres clés. «Avec les contes de Fred (BabineÉsimésac), je n’avais pas accès à la même intériorité qu’avec un roman. Là, je traînais toujours le livre annoté avec moi. Et c’est la pensée de Manon qu’on suit. C’est très beau, un peu Ducharmien. C’est pour ça qu’on l’a appelée Ducharme.»

S’il peut paraître périlleux de confier les quatre rôles centraux d’un film à des enfants de 5 à 15 ans, le cinéaste n’a pas pris la tâche à la légère. «J’ai d’abord cherché à créer une gang. On a quand même vu 170 jeunes en audition! Et une fois qu’ils ont été choisis, je faisais des soupers avec eux pour développer leur chimie; je leur ai fait écouter Stand by Me, dont le jeu des enfants est hallucinant. Ensuite, il s’agit de vivre les situations les unes après les autres, sans tout théoriser. Tu t’ennuies de ta mère, t’as faim, t’es de mauvaise humeur, etc. Il faut miser sur la simplicité, sans être paternaliste.» Parlant de paternité, craignait-il de travailler avec fiston? «Après ses deux auditions, les filles du casting étaient presque désolées de me dire que c’était le meilleur, comme ça me plaçait dans une drôle de position. Mais après, ça s’est fait tout seul, il s’agissait de ne pas abuser ni l’un ni l’autre de notre lien privilégié. Sur le plateau, il m’appelait Luc – ce qu’il ne fait jamais –, et de retour à la maison, c’était papa.»

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Au moment de la crise d’Octobre, Luc Picard n’avait que 9 ans. «Je me souviens qu’on nous disait qu’il y avait des méchants. Je n’avais pas de recul et j’avais l’impression qu’on était en danger. Comme dans cette scène du film où Denis demande à son grand frère Martin: “Est-ce que le FLQ peut enlever du monde comme nous autres?”» Autrement, il garde un excellent souvenir des ruelles, une part importante de la reconstitution d’époque. «L’action se déroule dans Hochelaga, et même si j’ai grandi dans Lachine, je connais bien ce monde parallèle. On vivait carrément dans les ruelles! C’était très communautaire, le paradis sur terre.» L’interprète du film Octobre a-t-il eu une pensée émue pour son ami Pierre Falardeau en se replongeant ainsi dans notre passé? «Ça m’arrive souvent. Ce fut le cas en tournant les scènes de l’armée. Je me suis demandé s’il aimerait le film.»

Sans doute Falardeau aurait-il rigolé que l’armée débarque à Montréal sous l’air de Comme j’ai toujours envie d’aimer, le hit de Marc Hamilton. «Je ne décide jamais trop d’avance quelle forme va prendre un film. La chanson m’est apparue le soir où je tournais l’arrivée des soldats. J’ignorais alors que c’était le gros succès de 1970. Les autres chansons québécoises ont suivi au montage, même si je savais que ça donnerait un côté pop au film. C’est ce qui me vient naturellement, un certain “cinéma du milieu”, à la fois intègre et accessible. Comme un mariage plus intime entre Les ordres et E.T. Je ne sais pas comment l’expliquer autrement.» Voilà qui est aussi limpide qu’une promesse d’enfant.

Sortie en salle le 22 septembre
En ouverture du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ),
le 13 septembre