20e édition des RIDM: pleins feux sur le documentaire
Cinéma

20e édition des RIDM: pleins feux sur le documentaire

«On est restés fidèles à ce qui fait notre différence: une programmation composée de découvertes, où l’on retrouve des films exigeants, mais aussi d’autres plus grand public.»

Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) célèbrent une grande édition, une 20e, mais le festival reste terre-à-terre, indique sa directrice générale Mara Gourd-Mercado. «On s’attend d’une édition anniversaire qu’il y ait quelque chose de plus gros ou de flamboyant, mais aux RIDM, notre motivation première c’est les films. On va avoir plein d’activités autour des projections, mais on ne veut pas perdre de vue les créateurs qui nous font confiance avec leurs films», précise-t-elle.

En ouverture, les RIDM renouent cette année avec la réalisatrice québécoise Céline Baril – qui avait présenté Room Tone au festival en 2014. Exploratoire, son plus récent documentaire 24 Davids est une oeuvre fort humaine où la cinéaste part à la rencontre de gens dont le prénom est David et ce, sur différents continents. «Céline Baril a l’habitude de prendre une idée et de la pousser plus loin dans la forme documentaire, dit Mara Gourd-Mercado. Elle est partie de l’idée d’aller à la rencontre de ces Davids pour, au final, parler de l’humanité, de différentes visions du monde, de l’état du monde… Donc c’est vraiment d’aller à la rencontre de l’autre, ce qui est à la base du documentaire.»

La clôture du festival sera sur un ton plutôt léger avec la présentation de Nothingwood de Sonia Kronlund, un portrait de Salim Shaheen, réalisateur roi de la série Z en Afghanistan. «Ça, ça revient à la mission première des RIDM, qui est de démocratiser le documentaire, indique Mara Gourd-Mercado. Souvent, on rattache une certaine image du documentaire qui est que c’est lourd et déprimant, parce qu’effectivement l’état du monde n’est pas super en ce moment et que le documentaire se colle à la réalité. Mais c’est important de démontrer que le documentaire, c’est de tout. Il y a beaucoup d’humour dans Nothingwood et ça parle d’un pays qui est souvent présenté de façon négative, l’Afghanistan. Là, dans ce film, on voit les effets de la guerre sur le pays, mais à travers quelque chose de très touchant.»

La question des réfugiés est évidemment encore très présente dans le cinéma documentaire et dans la programmation des RIDM en cette 20e édition. Y a-t-il de nouvelles idées ou démarches sur la question dans les films programmés cette année? «Ce qui est intéressant, c’est qu’on a différents points de vue, indique la directrice générale. Souvent, on plonge dans les camps de réfugiés ou aux frontières, mais là, cette année, c’est vraiment des films qui examinent les effets de l’immigration, des mouvements migratoires. Il y a le film Zaatari Djinn de Catherine Van Campen qui est très poétique et qui est plus axé sur les enfants dans un camp de réfugiés. Sinon, il y a Nowhere to Hide de Zaradasht Ahmed, un gros documentaire cette année, qui examine tout ce qui arrive avant qu’une personne devienne réfugiée. Quel est le moment où tu prends la décision de devenir réfugié? C’est tout le processus qui mène aux camps de réfugiés.»

Et 2017 ayant été une année intense du côté de la politique américaine, y a-t-il déjà des films qui avancent des idées là-dessus? «On a des films qui questionnent ce que l’Amérique représente. Y’a plusieurs cinéastes qui s’interrogent depuis longtemps sur ce qui se passe aux États-Unis. C’est sûr qu’il y a eu un point culminant en 2017. Les RIDM proposent un film de Travis Wilkerson, Did You Wonder Who Fired the Gun?, un essai très personnel sur son arrière-grand-père qui a assassiné un homme Noir américain. À travers les archives de la famille, des archives publiques, le cinéaste – qui est Blanc – remonte tout le fil de l’histoire de ce membre-là de la famille, dont personne ne parle parce que personne ne veut revenir là-dessus. Donc ça part d’un point de vue très personnel pour parler des enjeux raciaux aux États-Unis.»

Lorsqu’on a fréquenté les RIDM ces dernières années, les salles étaient bien en vie, le public au rendez-vous, les rencontres florissantes. Le festival jouit-il aujourd’hui d’une belle stabilité? «J’aimerais ça te dire que oui, mais malheureusement ce n’est pas le cas, répond honnêtement Mara Gourd-Mercado. C’est toujours à rebâtir. Chaque année, on ne prend jamais rien pour acquis. Oui, on s’est bâti une super bonne réputation. On a une base de public qui est là, mais chaque année, le défi est d’aller chercher les gens qui ne nous connaissent pas. On mise beaucoup sur l’éducation à l’image pour amener des jeunes au festival, qui ensuite deviennent des habitués – c’est le fameux renouvellement du public. On fait, je pense, un très bel événement, mais avec très peu de moyens, qui diminuent d’année en année, autant au niveau gouvernemental que privé. Ça rend difficile la planification et la vision de l’avenir. Cela dit, je pense qu’on a une place enviable au sein de l’écosystème. Le public veut voir du documentaire.»

Afin de célébrer ses 20 ans, les RIDM ont concocté une série de projections qui «amène le documentaire là où il n’est pas», indique la directrice générale. Ainsi neuf films clés de ces deux décennies de festival seront projetés «dans des quartiers qui n’ont pas nécessairement de cinéma, de grosse offre documentaire», tels Parc-Extension, St-Henri et St-Michel. «Le souhait est de sortir le documentaire des salles habituelles.»

À vos agendas.

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