La Bolduc : Sortir les violons
Cinéma

La Bolduc : Sortir les violons

Debbie Lynch-White campe une Mary Travers déchirée entre passion et culpabilité dans ce biopic réalisé par François Bouvier. Un film d’époque porteur d’un fort message féministe.

Intégrer Thérèse Casgrain (parfaite Mylène Mackay) à cette histoire est très certainement un choix éditorial. Dans La Bolduc, le scénariste Frédéric Ouellet met l’accent sur le combat inconsciemment mené par cette mère de famille pourtant si pieuse et réfractaire au mouvement des suffragettes. Un personnage extraordinairement contradictoire dépeint, dès l’une des premières scènes, comme une force de la nature, une Wonder Woman capable de négocier avec le curé de Rivière-du-Loup qui la réprimande, de régler une chicane avec ses deux plus jeunes au téléphone et de combattre le trac à quelques minutes avant son entrée en scène. Si ce n’était pas un film biographique, on trouverait forcément ça tiré par les cheveux. Mais la réalité est souvent plus folle que la fiction.

On en met parfois un peu plus que le client en demande. Dans la première portion du film, François Bouvier et les autres concepteurs flirtent allègrement avec le misérabilisme. Il y a cet appartement ruisselant le jour d’un orage, ce gros plan sur six croix blanches pour autant de bébés perdus. On ne donne pas trop dans la subtilité, mais ces décors permettent de cerner cette dame si particulière, de comprendre pourquoi Mme Edouard Bolduc s’est finalement lancée tête première dans cette improbable carrière d’auteure-compositrice-interprète. Elle aura, par ailleurs, été la toute première Québécoise ou Canadienne française (c’est ce qu’on disait à l’époque) à le faire.

Ce qui est le plus touchant dans ce film, ce n’est donc pas ces vitrines qu’on placarde de bois et du mot faillite, ces intérieurs défraîchis ou cette tapisserie en lambeaux. On s’émeut surtout de ces passages purement musicaux, ces jams dégoulinants de bonheur qui nous ramènent à l’essence même de nos traditions québécoises presque perdues. L’harmonica, le violon, le piano et la voix occupent une place prépondérante dans ce film, devenant même le prétexte de rencontres, des éléments déclencheurs. Une séance d’écriture y est, d’ailleurs, fort habilement mise en scène. Rares sont les biopics qui s’attardent autant à la création, à l’art lui-même, dans leur trame narrative.

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L’autre grande force de La Bolduc, c’est sa distribution. La pétillante Debbie Lynch-White comédienne semble être née pour porter ce destin à l’écran, celui d’abord femme optimiste et souriante puis usée par la vie. Il faut attendre la fin pour la voir déployer ses ailes et se révéler à son plein potentiel, absolument déchirante. Elle s’avère particulièrement émouvante dans les dernières mesures de sa partition, une scène dont on se garde bien de révéler la nature exacte, alors que ces chansons comiques et un peu burlesques viennent se conjuguer avec les sanglots.

Émile Proulx-Cloutier est touchant dans son rôle d’époux épris puis humilié. Toutes les émotions de son Edouard passent par ses yeux vitreux qui absorbent les larmes, ceux d’un homme bien de son temps qui crie pour éviter de pleurer. Ouellet aurait facilement pu le démoniser.  Or, il donne dans la nuance, la compassion, et on fait vite de s’attacher à cet homme alpha en apparence si antipathique. Le scénariste de La Bolduc ne canonise pas non plus son héroïne homonyme. Mary Travers s’y révèle tendre, oui, mais aussi capable d’actes plutôt cruels. Elle est bien loin, parfois, de la sainte bénite de son patois.

 

La Bolduc
En salles le 6 avril

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