Cinéma Moderne : Croire en la cinéphilie
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Cinéma Moderne : Croire en la cinéphilie

Un nouveau cinéma à Montréal? Eh oui! Attendu depuis quelques mois, le Cinéma Moderne se dévoile enfin et compte bien devenir un lieu de riches rencontres et de perles du septième art.

«Il faut être persévérant pour en arriver là!», lance Roxanne Sayegh, cofondatrice et directrice générale de ce tout nouveau lieu de diffusion, une salle de 54 places située en plein cœur du Mile-End, sur le boulevard Saint-Laurent, juste au nord de l’avenue Laurier. C’est un pari énorme et risqué, plutôt fou, même, de fonder un cinéma de nos jours, mais voilà que l’ancienne DG des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) et Alexandre Domingue, président et fondateur de l’importante boîte de post-production Post-Moderne, voient les fruits de leur labeur s’ouvrir aux cinéphiles.

En entretien, Roxanne Sayegh se remémore avoir eu un déclic en lisant un article des Cahiers du cinéma en 2015 («La ville aux cinémas invisibles»), qui demandait essentiellement: pourquoi Montréal a-t-elle autant de festivals de cinéma, mais si peu de salles alternatives? Cela résonnait alors fortement avec le parcours et les idéaux de la DG. «Lorsque je travaillais en festival, ce que j’adorais, c’était d’accompagner des films, développer des liens avec le public, les rendre plus accessibles, accueillir des cinéastes. Mais dans ces cadres-là, en festival, c’est du court terme. J’avais envie d’avoir un espace permanent et de construire et d’alimenter une cinéphilie à Montréal. Je trouvais que ça manquait.»

Le timing fait parfois bien les choses puisqu’au moment où Roxanne relançait des partenaires pour un projet de cinéma sur lequel elle travaillait depuis 2015, Alexandre venait de mettre la main sur les locaux au rez-de-chaussée des bureaux de Post-Moderne. Ils ont donc décidé de joindre leurs expériences complémentaires – Roxanne en diffusion et Alexandre en technique – pour construire le Cinéma Moderne, qui arrive comme un bel ovni dans le paysage culturel montréalais puisque l’établissement propose un resto-bar connexe et agira aussi à titre d’espace de travail de jour pour les projets en mixage sonore et en colorisation de Post-Moderne.

photo Danny Taillon, Post-Moderne
photo Danny Taillon, Post-Moderne

Alexandre Domingue, qui se remémore en entrevue des soirées de projections de films en 16mm avec ses amis, explique que c’est la synergie des trois entités qui fait que l’investissement est réaliste. «Si on l’avait juste fait pour la post-prod ou le cinéma, ça n’aurait pas marché. On le sait, les gens nous disaient: “Vous êtes téméraires. Tout le monde regarde Netflix et plus personne va voir des films.” On croit autrement. Moi, je veux gager qu’on peut présenter des films qui sont sur des plateformes en ligne et que les gens voudront venir les voir en salle», dit-il, se remémorant l’impact qu’ont eu des lieux comme le Café Ciné-lumière ou le Cinéma Parallèle. «Je pense que les gens sont nostalgiques de ces petits endroits-là conviviaux où tu peux rencontrer du monde, faire un meeting, prendre un café, une bière et voir un film. Sans trop de prétention.»

Si le Cinéma Moderne est un OBNL ayant reçu des subventions pour ses activités de promotion et de diffusion, tout ce qui est bar, infrastructures, aménagement et équipement est le résultat d’un investissement privé. La salle est dotée de projecteurs 35mm et 16mm, mais aussi d’un projecteur laser 4K. Côté son, c’est la crème: du Dolby Atmos. «C’est comme un son en trois dimensions, précise Alexandre. Il y a 38 haut-parleurs dans la salle, donc c’est vraiment immersif. Atmos, c’est le poil qui te lève sur les bras, la touche de plus qui fait que ton expérience de cinéma est juste “wow”.»

Le Cinéma Moderne tentera aussi de se démarquer avec son permis d’alcool qui autorise le cinéphile à boire dans la salle de cinéma ainsi que ce qu’on appelle une billetterie dynamique. «Le billet adulte coûte 11,50$ jusqu’à minuit la veille et le jour même de la projection, c’est 13$, indique Roxanne. On veut encourager les gens à prévoir leur sortie de cinéma. On sait qu’on a une petite salle donc si ça marche bien, on n’a pas envie que les gens arrivent et soient déçus parce qu’il n’y a plus de place.»

photo Danny Taillon, Post-Moderne
photo Danny Taillon, Post-Moderne

Côté programmation, le Cinéma Moderne souhaite ratisser large avec deux projections chaque soir de semaine et six les jours de week-end. Les premiers mois seront évidemment une période-test pour faire connaissance avec le public. «On veut amener une programmation qui est complémentaire à ce qui se joue dans les autres salles, indique Roxanne Sayegh. On souhaite essayer un autre modèle de calendrier, des films qui joueront 5-6 séances par mois sur une plus longue période, par exemple. On s’ajustera. On ne prétend pas détenir la science exacte! J’ai pas envie qu’on s’en tienne à juste un créneau. On va avoir du cinéma du monde, du documentaire, de l’horreur, des films familiaux, des films américains plus légers, des grosses pointures.» La DG souhaite aussi inclure des projections spéciales de toutes sortes: des programmes doubles avec cinéastes invités, des films restaurés, en plus d’accueillir des programmateurs invités, des festivals de films, etc. Et il y a aussi des liens avec le milieu de l’éducation, comme des séances pour les écoliers du quartier, par exemple. Bref, il faudra rester à l’affût!

Maintenant que les portes de Cinéma Moderne sont ouvertes au public, les fondateurs souhaitent que les Montréalais se l’approprient, s’y sentent bien, et que le lieu devienne un passage obligé pour les grands cinéastes de ce monde. Longue vie!

cinemamoderne.com

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