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Everybody Knows : Inaltérable passé
Cinéma

Everybody Knows : Inaltérable passé

En se penchant sur la filmographie d’Asghar Farhadi, ses obsessions se font plus évidentes. Au fil d’Une séparation (2011), Le passé (2013) ou Le client (2016), le temps qui s’écoule, en particulier le poids du passé, les mensonges par omission, les blessures que l’on traîne, sont autant de facettes que le réalisateur iranien aime creuser. On ne se surprendra pas de retrouver dans Everybody Knows (Todos lo saben ou Tout le monde sait), dont l’action se déroule en Espagne, cette même analyse des petites violences ordinaires, qui prennent de l’ampleur devant le malheur.

Laura (Penélope Cruz) revient de l’Argentine avec ses deux enfants, pour célébrer le mariage de sa sœur. Elle retrouvera famille et amis, notamment Paco (Javier Bardem), ami de jeunesse et ancien amoureux.

Farhadi aime prendre son temps. Dès les premiers plans du film où l’on voit l’énorme mécanisme de l’horloge d’un clocher magnifiquement cadré, Farhadi nous installe son univers réaliste bordé de détails symboliques qui donnera au long métrage une aura romanesque. Il expose longuement les personnages, s’attardant aux petits gestes, sourires, regards, accolades et blagues afin de nous présenter cette famille unie. Et puis, le drame survient. La fille aînée de Laura est kidnappée dans son lit. Qui est à l’origine de la machination et sera-t-il possible d’éviter le pire?

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Ici, l’élément thriller est davantage un prétexte au démantèlement des apparences que véritable suspense. Ce qui trouble et émeut est la façon dont les vrais rouages des relations familiales et amicales des personnages sont construits, malgré le boulet des non-dits tiré sur des vies entières.

Pour servir cette histoire, Farhadi s’est entouré d’une distribution spectaculaire. Si Penélope Cruz est parfois un peu trop teintée de l’aura mélodramatique connue chez Almodovar, Bardem est égal à lui-même en ce qu’il offre de fragilité virile. À cela, on ajoute le très émouvant Ricardo Darín (dont on se rappellera pour The Secret in their Eyes (Aux yeux de tous), 2009), en homme déjà abîmé, transformé par les événements en père impuissant et mari humilié. Afin de servir cette mise en scène attentionnée, Farhadi a demandé au directeur photo d’Almodovar, José Luis Alcaine, d’user de son œil. En résulte des jeux de caméras ingénieux et une lumière qui sait traduire à la fois la chaleur du soleil espagnol et la noirceur de la détresse psychologique des protagonistes.

On regrettera peut-être la fin un peu abrupte qui, bien qu’elle serve la prémisse et les idées de l’auteur, termine un peu brutalement l’odyssée émotive que l’on vient de vivre. Everybody Knows offre toutefois une étude de personnages captivante.

En salle le 22 février

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