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Judy : La prodigieuse transformation de Renée Zellweger
Cinéma

Judy : La prodigieuse transformation de Renée Zellweger

Présenté en primeur québécoise au FCVQ, après un tonnerre d’applaudissements qui a retenti jusqu’à chez nous et depuis le TIFF de Toronto, le biopic retraçant l’ère londonienne de Judy Garland remue de fond en comble. 

Des effluves d’Oscar se dégagent de ce film réalisé par Rupert Goold, la rumeur disait vrai.  Et il sera difficile d’en parler sans laisser des fleurs derrière nous, à l’endroit de l’exceptionnelle Renée Zellweger, sérieusement pressentie pour la statuette de la Meilleure actrice. L’Américaine y livre la performance de sa carrière, à des lieues de son attachante Bridget Jones, vous l’aurez saisi, métamorphosée du tout au tout et en cette artiste immense à laquelle d’autres actrices de sa trempe n’auraient possiblement même pas oser se frotter. Le défi, celui de camper un pair, une légende de surcroît, comporte son lot de risques. Ça peut être un piège.

Tendue de pied en cap, la native du Texas bouge et parle d’une façon tout autre, réinventant la totalité de sa gestuelle, métamorphosée bien au-delà de la perruque et de la ligne de sourcil trop fine. Toute en nuances, elle campe la vedette perpétuellement en vadrouille et sans domicile fixe, entièrement désespérée dans les faits, mais sans jamais verser dans le misérabilisme. Comme la star sur ces derniers milles, on la sent bouillir de l’intérieur, masquer le torrent de larmes qu’elle refoule. C’est absolument bouleversant de la regarder ainsi garder le menton droit, marcher sur la fine ligne entre triomphe et humiliation jusqu’à en perdre pied, quelques fois, mais non pas sans parvenir à se relever. La partition est vertigineuse et elle chante, en plus. Une seule et mémorable fois dont on vous épargnera les détails parce qu’il en irait là d’un divulgâcheur. 

Ce long-métrage est à Renée ce que Londres symbolisait pour Judy. C’est un aventure qui porte la promesse d’un second départ, d’un retour triomphant. Le parallèle, très méta en soi, a de quoi bouleverser et par-delà le scénario correctement ficelé, sans révolutionner le genre pavé de flashbacks adéquats qui témoignent de la pression indue exercée sur les jeunes employées des grands studios à l’époque du Magicien d’Oz. Manipulations psychologiques, régime alimentaire strict, surmédicalisation… Le vie de l’interprète de Dorothy n’aurait, contrairement à ce qu’on s’efforçait de projeter dans la presse, pas pu être plus diamétralement opposée au concept de conte de fées. C’est un cliché de le formuler en ces termes, on l’a entendu cent fois, peut-être mille, mais ce n’est pas moins vrai. Il y a de ces gens, les rares, qui sacrifient leur vie et leur santé au nom de l’amour du public. La Garland en était. 

Il y a aussi de ces talents si grands qu’ils mènent à la perte de ceux qui les portent. On ressort de ce film nourris, plus morbidement fascinés encore qu’à notre arrivée. Puisse, seulement, que l’interprète de Somewhere Over the Rainbow repose enfin en paix.

Judy
Le samedi 21 septembre à 19h au MNBAQ
(Dans le cadre du FCVQ)

En salles partout au Québec, le 27 septembre 

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