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Florence Longpré : Miss Montréal 2020
Cinéma

Florence Longpré : Miss Montréal 2020

À la fois hyper articulée et parfaitement tordante, Florence Longpré s’impose comme l’une des artistes québécoises les plus polyvalentes de sa génération. On s’est assis avec elle pour discuter de Netflix, de coquerelles et de violence faite aux femmes. Gros programme. 

Florence Longpré est du genre à poser à la une de Voir avec son propre linge, du genre à nous reconnaître même si on ne l’a croisée qu’une fois et dans un cadre bien informel: le soir où elle a fait griller nos hot-dogs avant Le NoShow dans la cour du Périscope. Elle met tant d’elle dans son oeuvre, que lorsqu’on la rencontre, on a un peu l’impression d’avoir affaire à une amie.

Crédit: Jocelyn Michel / Consulat

À l’instar de Michel Tremblay, la vedette de M’entends-tu?, qui met en scène un trio d’amies issues d’un quartier défavorisé de Montréal, prouve que l’infiniment personnel a le potentiel de toucher aux masses. Plus c’est local, disait Jean Renoir, plus ça relève de l’universel. Sa fraîche récolte de récompenses vient donner raison à l’adage, du Banff World Media Festival en passant par les Gémeaux au festival Série Mania en France. « Nicolas Michon et Pascale Renaud-Hébert [les coauteurs de M’entends-tu?, ndlr] c’est deux de mes meilleurs amis. C’est comme un rêve de vivre ça ensemble. On était comme des gros bébés quand on a gagné  aux Gémeaux tous les trois. C’était vraiment comme les trois Zigotos, les trois amis avec leur médaille.»

Précédée d’une rumeur archi favorable, l’interprète de l’impétueuse Ada atterrissait sur Netflix. Mais cette fille-là, autrice et comédienne de haut vol, s’avère être bien davantage que l’une des rares égéries québécoises de la plateforme d’écoute en continu…

À ses autres faits d’armes on note Mémoires vives, la ligue de street impro Le Punch Club, Les pays d’en haut, Like-Moi, ce projet qu’elle concocte auprès de Philippe Falardeau («je ne peux pas en dire plus!») et Le NoShow – une pièce documentaire d’Alexandre Fecteau abordant la précarité financière des gens du métier. Pourtant, aujourd’hui, elle estime faire partie des privilégiées. Le téléphone sonne. Allégrement.  « [Le NoShow], c’était dans le temps où je faisais 12 000$ par année. […] Je pense que ça coïncide avec le moment où j’ai été le plus financièrement instable et dans un état précaire. Après, on dirait que j’avais l’impression d’être riche et d’avancer à chaque fois même si, pour quelqu’un de normal, je gagnais pas beaucoup d’argent.»

 

L’amour et la violence

Réalisée par Charles-Olivier Michaud, le gars de Boomerang et Prémonitions, une recrue au sein de l’équipe, la seconde saison de M’entends-tu? marque un tournant tant au niveau du fond que de la forme. « Y’a une trame très violente qui s’en vient. Je veux pas gâcher le punch, mais y’a des affaires dures qui s’en viennent. […] On a tourné dans des endroits infestés de coquerelles. On joue dans ces lieux-là pour vrai.» Pour les mettre à l’aise et détendre l’atmosphère, le réalisateur a même demandé aux acteurs de se crier «des belles affaires» lorsqu’ils tournaient des scènes d’engueulades sans paroles.  

En plus des rôles principaux incarnés par Eve Landry, Mélissa Bédard et Florence, la saison 1 aura donné à voir une poignée d’acteurs d’expérience sous un autre angle. Christian Bégin (une dame trans répondant au nom de Pretzel), Guy Jodoin (un proprio libidineux) et Isabelle Brouillette (la mère désoeuvrée de Ada) sont de ceux qui, dans cette série, se prêtent à d’étonnants contre-emplois. Autant dire qu’on est à des milles de Télé-Pirate et Zone de Turbulence. «Je les ai trouvé tellement généreux, confie l’interprète de Ada. Ils se sont dévoués pour leurs rôles et c’est dur de camper des personnages comme ça parce que, même s’ils ont de la profondeur, ça peut vite tomber dans la caricature. […] On essaie que l’humour vienne de l’intérieur. On n’aurait jamais voulu poser un regard au-dessus.»

Même si PY Lord a osé un parallèle entre M’entends-tu? et l’oeuvre phare de François Avard, rebaptisant la série Les Bougonnes au détour d’une question à Deux hommes en or, Florence Longpré, dans les faits, se prête précisément à l’exercice inverse.  Par souci de délicatesse, mais aussi de réalisme, l’équipe de scénaristes s’est affairée à tendre des perches à une myriade d’intervenants issus de milieux défavorisés, des quartiers les plus pauvres de Montréal. «On est allé rencontrer des policiers, des commerçants… On a plein d’heures d’entrevues audio ou filmées. […] C’était fascinant et c’était aussi tabarnaquement tough. Pour vrai, si je mettais tout ce qu’on m’a raconté, on m’aurait accusé d’exagérer ou de beurrer trop épais. La réalité dépassait énormément la fiction. »

Parce que Télé-Québec a eu le flair de lui faire confiance, Florence Longpré se permet, avec M’entends-tu?, de dénoncer nombre d’incohérences sociales: les failles d’un système qui, en somme, faillit à protéger les plus fragiles. 

En plus de donner une voix à ceux qui n’en ont pas et de donner du temps d’écran à des acteurs racisés, fait encore assez rare au Québec, elle parvient à mettre en lumière les enjeux liés à l’accessibilité aux soins en santé mentale. Les artistes de sa trempe sont agents de changement: «J’en parle souvent, mais ça me fait tellement de peine de réaliser que la pauvreté crée des lacunes émotionnelles, pas juste monétaires. Des lacunes au niveau du sentiment de sécurité parce que t’es laissé à soi-même. Ça hypothèque une vie.».

 

M’entends-tu?
Dès le 6 janvier 2020 sur les ondes de Télé-Québec

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