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American Dharma de Errol Morris : Le sourire diabolique de Steve Bannon
Cinéma

American Dharma de Errol Morris : Le sourire diabolique de Steve Bannon

Steve Bannon, l’homme controversé derrière l’élection de Donald Trump, est une figure inquiétante de l’histoire américaine contemporaine. Lorsque le réalisateur Errol Morris le rencontre dans American Dharma, on assiste à la radiographie d’un monde en dérive.

Le film de Morris a été vertement critiqué depuis sa sortie à la Mostra de Venise il y a un an. Il a été pris à partie par le rédacteur en chef du New Yorker David Remnick qui l’accuse de donner une tribune à Bannon qui doit, selon lui, être tenu loin de toute plateforme. Morris a même eu un mal fou à trouver un distributeur pour son film. Ce qui, semble-t-il, a laissé quelque amertume chez le réalisateur, qui a été attaqué de toutes parts depuis la projection du film dans divers festivals cette année.

« J’ai peur, j’ai vraiment très très peur. Le jour où Donald Trump a été élu fut certainement le pire jour de ma vie. Un jour que je n’oublierai jamais », affirme le réalisateur de 71 ans, en entrevue téléphonique. « Les gens aujourd’hui ne savent plus quoi faire de leurs peurs. Doit-on taire la parole de Steve Bannon? Doit-on le confronter? Que Diable faire avec ce que nous avons créé en Amérique? »

Bannon, faut-il le rappeler, est celui qui est derrière l’élection du 45e président des États-Unis, Donald J. Trump en 2016. Il a eu son mot à dire sur la politique intérieure, sur la politique étrangère et sur l’ADN des premiers mois de l’administration Trump. Jusqu’au jour où il a dû démissionner, en 2017, peu de temps après la manifestation d’extrême droite Unite The Right à Charlottesville, Virginie.  

Steve Bannon (Crédit: Nafis Azad)

American Dharma, la quatorzième réalisation d’Errol Morris tente de démystifier le personnage par des entrevues de fonds (plus de seize heures d’entretiens) menés entre quatre yeux et mis en scène avec l’aide des choix cinématographiques de Bannon. John Ford, Orson Welles, Stanley Kubrick et son film-fétiche : Twelve O’Clock High mettant en vedette Gregory Peck dans le rôle d’un major de l’armée américaine engagé contre la barbarie nazie. L’entrevue entre Morris et l’ancien président exécutif de Breitbart News se déroule d’ailleurs dans le décor militaire du film, que le documentariste a recréé en compagnie du directeur artistique de Spielberg et Wes Anderson, Adam Stockhausen

« C’est capital pour moi d’examiner le mal et de comprendre d’où il vient et comment il se forme », explique Morris au bout du fil. « Je veux aussi comprendre pourquoi il est efficace. Pourquoi Steve Bannon a été à la source de cette élection? Que vous l’aimiez ou non, Bannon a été et est encore d’une très grande influence, c’est indéniable! »

 

Qui est réellement Steve Bannon? 

Stephen K. Bannon a été étudiant en commerce à Harvard, il a travaillé comme banquier d’investissement pour Goldman Sachs, il a produit des films (dont la première réalisation de Sean Penn The Indian Runner), a réalisé des documentaires et puis il s’est intéressé à la production du discours médiatique, le soft power par excellence.   C’est en devenant président du média politique d’extrême droite Breitbart News qu’il se taille une réputation de stratège. Un stratège ambigu qui deviendra l’un des architectes de la campagne victorieuse de Trump. 

« Nous devons parler avec ce type d’individu pour le comprendre, pour le confronter et pour éviter une autre élection de la sorte », ajoute Morris. « Est-ce qu’on veut vraiment d’une autre administration Trump en 2020? Le monde entier est en danger, mon pays est en danger. La révolution dont parle Bannon se matérialise dans un chaos qui rend caduque tout discours rationnel.  Il a un désir profond de tout détruire. Steve Bannon produit du chaos, c’est tout. »

À l’écoute du documentaire, on a toujours l’impression d’être face à quelqu’un qui se dérobe et surfe sur une rhétorique barbare visant à diviser. Bannon avoue d’ailleurs avoir découvert un monde fascinant quand il a réalisé que le web pouvait parfois produire une version améliorée de soi-même.  

« On m’a récemment écrit pour me dire que je ne l’avais pas suffisamment confronté assez sur son racisme », conclut Morris. Est-ce qu’il est un raciste? Oui! Est-ce qu’il est xénophobe? Oui! Est-ce qu’il est antipopuliste? Oui! Est-ce qu’il est opportuniste? Oui! Quand on fait face au mal, on imagine parfois que cela pourrait ressembler à une partie d’échecs comme dans un film de Bergman. Ma seule stratégie dans cette partie d’échecs est de la jouer pour mettre en lumière l’aspect destructif de mon adversaire. Bannon ne veut rien construire, il veut tout détruire. Il est hypocrite et menteur. J’espère à un moment que les gens vont se sentir submergé par ses incessants mensonges. C’est là que réside mon espoir en tant que documentariste. »

 

American Dharma
En salle dès le 15 novembre

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