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Sympathie pour le diable, la mémoire dans la peau
Cinéma

Sympathie pour le diable, la mémoire dans la peau

Niels Schneider s’en va-t-en guerre dans le film Sympathie pour le diable, devenant pour l’occasion le journaliste Paul Marchand lors du siège de Sarajevo en 1992.

Paul Marchand est une légende du reporter de guerre français, carburant aux risques et à l’adrénaline. Décédé il y a une décennie, il est reconnu pour son franc-parler, sa flamboyance et ses cigares, s’apparentant à un personnage romanesque et ambigu que n’aurait pas renié Romain Gary ou Ernest Hemingway. Un Don Quichotte des temps modernes décrit à l’écran plus comme un écorché vif qu’un héros.

« Je ne le connaissais pas du tout avant de participer à ce projet, confie en entrevue son interprète Niels Schneider, rencontré dans le cadre du Festival Cinemania. Plus j’ai appris à le connaître, plus j’ai eu envie d’être fidèle. Parce que tout raconte quelque chose, que ce soit sa manière de parler, sa démarche, son rythme. Après, on ne raconte pas un homme en deux heures. Mais les gens qui l’ont connu disaient « C’est vraiment comme si le fantôme de Paul ressurgissait ». »

Ce qui réapparaît avec lui, c’est cet amour du danger et du reportage, alors qu’il risque sa vie tous les jours afin de donner une information véritable. Devant l’éternel combat entre l’objectivité journalistique et la subjectivité inhérente au genre humain, Marchand a choisi son clan.

« Les pays anglophones pratiquent davantage un journalisme de chiffres, mettant à l’écart leur sensibilité, expose l’acteur franco-québécois, découvert dans Tout est parfait et J’ai tué ma mère. Paul, c’était tout le contraire. Il disait que « Si vous voulez réveiller les consciences, il faut parler des choses avec un regard humain ». On sentait vraiment une rage dans ses topos. »

Une rage qui se répercute dans la mise en scène extrêmement réaliste du Montréalais Guillaume De Fontenay, qui a travaillé sur ce projet pendant 14 ans et qui signe ici son premier long métrage, en plus de collaborer avec Guillaume Vigneault et Jean Barbe au scénario qui est inspiré d’un livre de Paul Marchand.

Sa caméra immersive suit les corps en mouvement, qui évoluent dans une zone de guerre en ébullition, dont les lieux de tournage sont parfois les mêmes que ceux où s’est jouée l’Histoire. Alors que les mots, eux, questionnent le chaos en place, l’inaction de la communauté internationale et l’arrière du décor d’un métier peu connu qui change drastiquement.

« Aujourd’hui les informations sont un peu plus relayées avec Facebook et Internet, mais les gens lisent de moins en moins, concède celui qui commence à faire sa marque dans le septième art français depuis qu’il a remporté en 2017 le César du meilleur espoir masculin pour Diamant noir. C’est long lire 140 caractères sur Twitter lorsque tu peux avoir une photo sur Instagram… Puis il y a les fakes news, qu’on n’avait pas l’époque. Heureusement il y a encore des médias, mais c’est vraiment en train de péricliter. »

Sympathie pour le diable s’avère ainsi un exercice de mémoire, une réflexion sur le passé, sur la nécessité d’un quatrième pouvoir fort et sur l’obligation de se souvenir de ces conflits qui sont loin d’être isolés.

« J’avais cinq ans au début du siège de Sarajevo et en grandissant, j’en ai très peu entendu parler, se souvient Niels Schneider. Ce n’est pas quelque chose que j’ai étudié en histoire. C’était une guerre très mystérieuse, complexe à comprendre… Le plus grand danger des guerres, c’est l’oubli. Si on oublie, on est à peu près sûr que ça va se répéter. On voit aujourd’hui avec la montée des extrêmes, des nationalismes, que c’est extrêmement tendu, et plus que jamais c’est important qu’on se rappelle de Sarajevo. »

À l’affiche le 29 novembre

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