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L'acrobate ou le dernier tango à Montréal
Cinéma

L’acrobate ou le dernier tango à Montréal

Qui a dit que le cinéma québécois était un art chaste? L’acrobate de Rodrigue Jean prouve le contraire en s’adressant à un public averti de 18 ans et plus pour ses scènes osées.

Il faut d’ailleurs remonter à très loin afin de retrouver un tel classement pour une production locale qui prend l’affiche dans les salles régulières de cinéma. Sans doute que le style du réalisateur (celui-là même qui a offert le magnifique Hommes à louer il y a quelques années) n’est pas étranger, lui qui propose une nouvelle relation passionnelle entre deux amants (interprétés par Sébastien Ricard et Yury Paulau).

 

« Souvent au cinéma, le corps n’est pas en jeu, explique en entrevue l’acteur Sébastien Ricard, qui a découvert le scénario au fur et à mesure du tournage. C’est un art qui est beaucoup cantonné à la parole, aux propos, à la psychologie des personnages. Là le corps est vraiment présent. C’est ce qui fait qu’on en parle comme un drame érotique. C’est nouveau et c’est important que le corps – et le corps des hommes – soit là, dans toute leur dimension. »

L’acrobate n’a pourtant rien à voir avec Valérie ou L’initiation, ces «légendaires» longs métrages québécois de la fin des années soixante. Il s’apparente plutôt à des créations françaises comme L’inconnu du lac d’Alain Guiraudi qui présente la nudité de façon frontale et explicite. La sexualité devient ainsi une arme de subversion à une époque que l’on dit libérée – surtout avec l’Internet qui donne accès à tout – et qui ne l’est finalement peut-être pas.

Photo: Stéphanie Demers

« Je pense qu’il y a une crispation en ce moment, soutient Rodrigue Jean, qui a toujours donné des entretiens au compte-goutte. On assiste à un retour de l’extrême droite un peu partout dans le monde, même au cinéma. On se retrouve avec des remakes ou des films qui ne font que confirmer l’idéologie dominante. Avant, dans l’histoire du cinéma, on pouvait expérimenter au niveau des récits, des rapports entre les personnages. Là c’est à peu près disparu. »

Dernier tome d’une trilogie sur l’exploration de la sexualité comme moyen privilégié d’accéder à l’intimité des personnages qui a été entamé par Lost Song et L’amour au temps de la guerre civile, L’acrobate emprunte la même structure dramatique que l’oeuvre culte The Last Tango in Paris de Bernardo Bertolucci: une rencontre d’inconnus dans un appartement vide, les désirs qui prennent le dessus, la fuite du monde réel par la chair et une relation parfois malsaine qui alterne entre la tendresse et la violence.

 

« Je pense que dans le domaine de la passion, ces choses-là ne sont pas si éloignées, évoque le cinéaste. On cherche à les gommer dans les représentations standards, mais dans les faits, ce sont deux trucs qui vont main dans la main. Encore une fois, on revient à ce qui peut être représenté. »

Pour le créateur de Full Blast, tout peut l’être et ses images, à priori charnelles et érotiques, prennent des dimensions politiques, économiques et sociales, traitant par les rapports de force et de domination du fascisme ambiant, de l’urbanité sans fin, de la solitude inhérente. Pier Paolo Pasolini aurait été fier de cette expérience qui pourrait paraître radicale à nos regards contemporains, mais plus banale devant les fresques controversées des années soixante-dix, de Salo ou les 120 jours de Sodome à L’empire des sens

« À une certaine époque, le cinéma était une découverte, rappelle Rodrigue Jean. Une fenêtre sur le monde qui nous permettait d’apprendre ou d’expérimenter des choses. C’est disparu maintenant. Aujourd’hui, c’est juste un miroir de nos vies, ce qu’on voudrait être. Mais l’art est supposé être une découverte sensible et le cinéma doit renouer avec ça. »

À l’affiche.

 

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