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Avec Amours d'occasion, Eva Kabuya change la télé québ' de l'intérieur
Cinéma

Avec Amours d’occasion, Eva Kabuya change la télé québ’ de l’intérieur

Quand elle a proposé son projet à ST LAURENT TV, Eva Kabuya était loin de se douter que ses idées intéresseraient une maison de production. Pourtant, c’est précisément ce qui est arrivé. 

Diffusée sur ICI Tou.tv, notre géant national du streaming, Amours d’occasion prend place dans le quartier Saint-Henri et s’ouvre sur Hope de Blood Orange, un titre enregistré avec Tei Shi et Puff Daddy. Dès lors, on sait qu’on est ailleurs. La proposition de la réalisatrice et scénariste Eva Kabuya tranche avec ce que la télévision québécoise propose habituellement, ne serait-ce qu’en termes de trame sonore.

La musique occupe une place d’importance dans la websérie. Tissée sur un fond de jazz, avec cette saxophoniste qui joue Summertime de Gershwin dans presque tous les épisodes, Amours d’occasion nous ramène à l’âge d’or de la note bleue à Montréal, avec une touche actuelle. Comme un hommage à ceux qui ont marché dans ces rues avant elle, à Oscar Peterson, notamment, le héros local par excellence. « Je ne pouvais pas parler du Sud-Ouest, de Saint-Henri ou de la Petite-Bourgogne sans parler de lui », confie Eva. 

Eva Kabuya au Café Campanelli (Crédit : Betsy-May Smith)

Profondément ancrée dans l’histoire du secteur et sans égards aux deux solitudes, la créatrice de l’émission remonte jusqu’aux écrits de Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion en l’occurrence, un roman classique qu’elle cite à même son titre. Le personnage de Florence (Mylène Mackay) qui gagne sa croûte dans un snack-bar fait écho à celui de Florentine dans l’ouvrage publié en 1945. Elles font le même métier, elles ont presque le même prénom.

Plutôt que de nous donner rendez-vous au Greenspot, le fameux resto qui sert de décor à l’avant-dernier épisode, Eva a opté pour le Café Campanelli sur la rue Notre-Dame Ouest, un endroit qui incarne les récents changements dans le quartier. La gentrification, justement, est un thème récurrent de la série. « Moi, ça fait super longtemps que je suis ici donc j’ai vraiment vu Saint-Henri changer. Sur la rue Notre-Dame, la rue principale, tu vois tous ces beaux commerces. C’est du monde privilégié qui y mange, alors que dans les petites ruelles, il y a encore beaucoup de pauvreté. Je l’ai vu évoluer… Je viens quand même d’une famille modeste, mais je peux me permettre de m’acheter un café ici. Je suis pas du genre à dire que c’est mauvais d’avoir tout cet essor culturel ou ce développement parce que j’en profite… Mais je vois aussi les conséquences. Mon but, c’était pas de poser une opinion. »

Dans Amours d’occasion, elle observe la médaille des deux côtés : celui des gentrificateurs (incarnés par Claude Bégin et Leïla Thibeault-Louchem) et celui de ceux qui se font tasser, ce duo mère-fils (Mireille Métellus et Nate Husser) qui doivent quitter leur appartement parce que le prix de leur loyer a trop augmenté. C’est simplement un état des lieux.

« Tous mes personnages sont québécois »

Même si le récit vient avec une réflexion sur les changements climatiques et que chaque épisode s’impose comme une fable (« l’élément magique, c’est une projection de leurs désirs enfouis ou de leur plus grande peur »), Amours d’occasion a surtout retenu l’attention pour la diversité de sa distribution, ce qui est encore rare chez nous. « Dans la télé ou au cinéma québécois, les rôles des personnes de couleur ne sont jamais très développés ou nuancés. C’est tout le temps relié à un passé super dramatique en rapport aux origines ou le fait que le seul Noir d’une distribution campe le rôle d’un antagoniste ou d’un membre de gang de rue. Je ne comprends pas quand je vois encore ça dans une série. »

Quand Eva Kabuya a entrepris le processus de casting, elle s’est vite rendu compte que les acteurs racisés étaient nombreux à attendre une occasion comme celle-là, à espérer que quelqu’un leur permette de briller à leur pleine mesure. « C’est un mensonge de dire que peu d’acteurs issus de la diversité sont diplômés des écoles. Il y en avait plein! Quand je lisais la presse, c’était toujours écrit qu’il y avait pas de talents [racisés], mais c’est pas vrai! Audrey Roger (Djamina), par exemple, elle est sortie d’une école. Mireille Métellus (Louise), c’est une excellente comédienne, Wensi Yan (Mei) aussi. […] Ce que ça m’a montré, c’est que [les autres réalisateurs québécois] ont pas essayé de trouver ces comédiens. C’est ça la vérité. » 

Dans quelques semaines, Amours d’occasion s’envolera vers Cannes. La série a été sélectionnée en compétition officielle aux CANNESERIES, le Festival International des Séries de Cannes, qui a lieu du 27 mars au 1er avril.

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