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Nos premières (et très bonnes) impressions de C'est comme ça que je t'aime
Cinéma

Nos premières (et très bonnes) impressions de C’est comme ça que je t’aime 

Nous avons rencontré le talentueux tandem François Létourneau et Jean-François Rivard mercredi matin, à l’occasion de la projection des deux premiers épisodes de leur (très attendue) nouvelle série C’est comme ça que je t’aime.

Présentée en première internationale à la Berlinale, dans la section «Berlin Special Series», C’est comme ça que je t’aime prend place en 1974 à Sainte-Foy et met en scène deux couples assez lamentables, au bord de l’implosion, qui doivent déjouer l’ennui après avoir été reconduire leurs enfants au camp de vacances pour trois semaines. Au lieu de se laisser (car les divorces se font rares à cette époque), Gaétan et Huguette Delisle (François Létourneau et Marilyn Castonguay) ainsi que Serge et Micheline Paquette (Patrice Robitaille et Karine Gonthier-Hyndman) tenteront de se reconstruire à travers la violence, devenant peu à peu les criminels les plus recherchés de toute la ville de Québec. 

La première scène donne le ton. On y suit alors le voisin du couple Paquette qui découvre, à travers les restes d’un party qui semble avoir bien dérapé, quatre corps flottant dans une piscine hors terre. Est-ce nos quatre protagonistes? Est-on plusieurs années après la trame narrative? Le mystère reste entier. 

Photo fournie par Radio-Canada

Puis, rupture de ton assez franche : on se retrouve probablement en 2020 dans un faux documentaire de type true crime. Les enfants des couples Paquette et Delisle se confient à la caméra à propos des frasques qu’ont commises leurs parents des décennies avant. «On sait que c’est dangereux laisser les enfants sans surveillance, mais des parents sans surveillance, c’est dangereux aussi…»

À la manière de ce qu’on devine un long flashback, l’histoire de C’est comme ça que je t’aime s’amorce. Couleurs unies, ternes et brunes, typiques des années 1970, se dévoilent à l’écran, au même titre que les clichés de cette époque : la moustache, les chars carrés, la chemise en rayonne, les téléphones à roulette, mais aussi la menace syndicaliste, l’éveil sexuel des femmes et la peur obsessive des hommes de voir leur fils s’efféminer.

Rapidement, la signature du duo Rivard/Létourneau (respectivement réalisateur et scénariste/comédien) se dessine. La continuité avec Série noire est particulièrement évidente: les théories farfelues et complotistes côtoient les personnages colorés (un certain Dino Bravo qui pourrait devenir le prochain Marc Arcand… et la promesse de l’arrivée de quelques personnages méconnaissables sous les traits de Gaston Lepage et de Chantal Fontaine). Plusieurs moments assez drôles ou un brin immatures (une défécation non sollicitée, par exemple) viennent rompre la tension dramatique du fil narratif, comme on pouvait le voir régulièrement dans les deux saisons de la précédente oeuvre des deux créateurs. 

Sauf que, contrairement à Série noire, l’accent est ici mis sur les couples, et non sur deux amis. «Je vois ça comme une synthèse des Invincibles et de Série noire», explique François Létourneau, référant à l’aspect relationnel et sentimental de la première et au côté criminel et farfelu de la deuxième.

Photo fournie par Radio-Canada

Sans oublier les personnages féminins «décomplexés» de Micheline Paquette, féministe avouée, et de Huguette Delisle, femme au foyer à la violence latente, qui sont en premier plan. «Je crois que j’ai voulu exprimer la frustration de ma mère», dit Létourneau, dont la mère était, tout comme Micheline Paquette, une chargée de cours à l’Université Laval. «Quand j’étais jeune, j’ai senti chez ma mère qu’elle était prisonnière de son époque. J’ai senti une colère.»

Une façon pour l’auteur de dire quelque chose sur notre temps, même si la trame se passe plus de 40 ans avant : «Il y a eu beaucoup d’évolution (dans la société), mais les dynamiques qu’on montre (dans la série), elles existent encore aujourd’hui d‘une manière différente… plus subtile.»

Inspirée d’éléments de l’enfance de Létourneau, l’un des seuls de son entourage de l’époque à avoir vécu le divorce de ses parents, la série bénéficie de la réalisation habile de Jean-François Rivard, qui avait signé celle des Invincibles et de Série noire, en plus de contribuer à leur écriture. Cette fois-ci, le défi de la série historique a été assez éprouvant. «Je capotais quand je lisais le scénario… Comment on va faire ça? C’est pire qu’un show de capines… Ça prend une attention à tous les détails de l’époque, toutes les marques.»

En toile de fond, 1974 n’a pas une importance capitale dans la mise en scène, la direction artistique reprenant surtout des éléments des années précédentes. «Je voulais pas que l’époque nous dérange», dit le réalisateur. «J’ai dit : ‘’allez me chercher tout ce qui est en bas de 1974!’’… Sinon, ça peut finir par ressembler à un sketch (trop ancré dans une année précise).»

La caméra de Rivard est un personnage en soi. Les gros plans sur les personnages traduisent leur angoisse ou leur folie en l’espace de quelques secondes. «Je cherchais quelque chose de narratif et non contemplatif… Je voulais que la caméra parle.» La musique intense et dramatique qui surplombe certains plans contribue à l’histoire. «Je voulais une musique à la Bernard Herrmann», dit-il, à propos de ce compositeur reconnu pour son travail avec Hitchcock ainsi que sur Citizen Kane et Taxi Driver. «Je voulais que la musique se permette de dire autre chose sur les personnages.»

Très convaincants, les deux premiers épisodes de C’est comme ça que je t’aime mettent tranquillement la table pour la suite des choses, c’est-à-dire les huit autres épisodes. «Les mystères vont s’éclaircir. Les personnages, qui sont prisonniers de leur solitude, vont former une gang», informe Létourneau. «Plus de drôleries arrivent.»

Une suite au programme? «La saison existe en soi… mais à la fin, une porte s’ouvre.»

C’est comme ça que je t’aime
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