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Jusqu'au déclin illustre notre peur collective de l'avenir
Cinéma

Jusqu’au déclin illustre notre peur collective de l’avenir 

À quelques heures de la première mondiale de Jusqu’au déclin, le trio de Couronne Nord était encore aux anges. Contre toute attente, cette petite compagnie de production fondée en 2012 a remporté le gros lot afin de créer le premier film québécois sous la bannière Netflix.

«Il y a eu 1200 projets envoyés!», lance la productrice Julie Groleau, se pinçant pour être certaine qu’elle ne rêve pas. «Le soir du pitch, des gens venaient nous voir pour nous dire qu’on était jeunes. On était les seuls en t-shirts et eux en vestons cravates!», évoque en riant l’acteur Guillaume Laurin. «On n’y croyait pas, poursuit le réalisateur et coscénariste Patrice Laliberté. C’est sûr qu’ils vont le donner à une boîte établie. Mais notre projet les a séduits.» 

À tel point que le trio âgé de la vingtaine et la trentaine se voit confier un budget de cinq millions de dollars, avec carte blanche pour la distribution (impressionnante, qui comprend Réal Bossé, Marie-Évelyne Lessard, Marc Beaupré, Marilyn Castonguay, Guillaume Cyr et Marc-André Grondin). Pas mal pour une boîte surtout spécialisée dans le court métrage qui allait passer dans la cour des grands dans des conditions particulières.

Photo par Sébastien Raymond/Netflix

 «Tout le monde aimerait qu’on dise que ça n’a pas marché avec les méchants Netflix, mais ils nous ont fait confiance et nous laissaient aller», laisse entendre la productrice. 

«Même dans notre équipe, il y a des gens qui ont travaillé avec des studios américains et ils me faisaient peur en disant: « Tu vas voir, ce n’est pas facile, tu vas perdre ton film », se remémore le cinéaste. Ce n’est jamais arrivé.»

La présence de Netflix ne laisse personne indifférent. Pour les uns, il s’agit du sauveur du septième art, encourageant des projets uniques en les rendant accessibles peu importe où l’on se trouve. Pour les autres, c’est l’image du capitalisme sauvage, qui détruit la culture et l’essence même de l’expérience de voir un film en salle (sauf dans de rares exceptions comme pour Jusqu’au déclin, qui sera présenté sur quelques écrans de cinéma). Rappeler que l’industrie cinématographique québécoise attend avec impatience – peut-être même avec une brique et un fanal – ce projet relève de l’euphémisme.

 «On ne fera jamais l’unanimité, peu importe ce qu’on fait», admet la productrice Julie Groleau. «Mais le film sera vu et c’est tout ce qui compte», continue le comédien Guillaume Laurin.

«Le privé et le public peuvent très bien cohabiter, soutient de son côté le metteur en scène Patrice Laliberté. Avoir un nouveau guichet où les créateurs peuvent aller cogner, c’est super. Ça va peut-être pousser les gouvernements à rajouter du budget à la culture. C’est un secteur économique qui rapporte gros.»

Photo par Bertrand Calmeau/Netflix

Par le passé, Jusqu’au déclin a été présenté plusieurs fois aux institutions, essuyant toujours des refus. «On me suggérait de le pitcher à Netflix parce qu’ici, il ne trouvera pas preneur, raconte le réalisateur. Il y a peu de films qui sont financés au Québec et encore moins des films de genre.»

Entre le récit de survie, le suspense troublant et le violent western enneigé, ce long métrage reprend les conventions du genre – des inconnus participant à un camp bien spécial au fin fond des bois finissent par s’entre-tuer – en y amenant une québécitude: celle de la langue et de la nordicité.

Je suis né en me disant qu’un jour, il va y arriver un grand cataclysme. Je me rappelle au secondaire de m’être dit qu’il faudrait peut-être que j’apprenne à tirer du gun si jamais un moment donné ça casse, que je sache survivre avant que le système tombe.

Ce qui frappe le plus est certainement son côté social. Cette peur en l’avenir, à ce qui touche aux épidémies, au réchauffement climatique, aux crises économiques et au flux migratoire. Un état des lieux qui pousse à la radicalisation, à protéger à tout prix son identité, et qui se révèle le coeur de l’intrigue.

Photo par Bertrand Calmeau/Netflix

«Je suis un enfant des années 90 et j’ai grandi avec cette écoanxiété-là, confie le cinéaste, qui a coécrit le scénario avec Nicolas Krief et Charles Dionne. Je suis né en me disant qu’un jour, il va y arriver un grand cataclysme. Je me rappelle au secondaire de m’être dit qu’il faudrait peut-être que j’apprenne à tirer du gun si jamais un moment donné ça casse, que je sache survivre avant que le système tombe. On voit que le système va tomber. On demande une croissance de 3% du PIB chaque année et ça ne se peut pas. On continue là-dedans jusqu’à ce que ça éclate.»

Le film prend l’affiche le 13 mars au cinéma et sera disponible sur Netflix à partir du 27 mars.

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