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Des rôles de rêve pour les femmes du film Les Nôtres
Cinéma

Des rôles de rêve pour les femmes du film Les Nôtres

Film d’ouverture des derniers Rendez-vous Québec Cinéma, Les Nôtres se penche sur les zones grises qui cimentent les communautés. Un projet ambitieux mené à bout de bras par trois femmes pendant 10 ans.

«Je voulais qu’on se crée des rôles de rêves, car on ne se fait pas nécessairement offrir des rôles comme ça dans la vie, confie en entrevue l’actrice Marianne Farley, qui agit également ici en tant que productrice. En général, les femmes se font offrir des rôles de mères ou de femmes fatales, trompées et hystériques. Tandis que les personnages de ce long métrage sont imparfaits, mais profonds et complexes. Elles ont plusieurs facettes à leur personnalité.»

Il y a Chantal (Judith Baribeau) qui vit dans l’ombre de son mari (Paul Doucet), un maire admiré qui a permis à un petit village de retrouver la quiétude après une horrible tragédie survenue cinq années auparavant. Leur voisine Isabelle (Marianne Farley) y a perdu son mari, se reconstruisant auprès de sa fille adolescente Magalie (Émilie Bierre) qui porte un lourd secret. Lorsqu’il sera dévoilé, personne ne sera épargné.

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«Cette adolescente est en détresse et elle aurait besoin d’être entourée, encadrée et de se sentir en sécurité, explique Marianne Farley. Tout ce qu’elle reçoit de sa famille, de sa communauté, de son entourage, c’est du déni. Personne ne va au front pour elle. Ce ne sont pas des méchantes personnes, mais ce sont des gens qui sont en mode survie.»

J’ai l’impression qu’on est de plus en plus dépassé, submergé. Tout va trop vite, on travaille trop fort, on a trop d’informations et ça garde l’humanité dans le déni. Si on s’ouvrait les yeux et qu’on devenait vraiment courageux, qu’est-ce qu’on pourrait faire comme changement réel dans notre société?

Chacun se cache derrière les apparences, ce vernis d’une existence parfaite qui a tôt fait de craquer, dévoilant le pire chez l’être humain. De la solidarité du groupe, place à la solitude inhérente, aux rumeurs venimeuses, aux mensonges assassins et aux comportements répréhensibles.

«En écrivant, je me suis demandé ce que je ferais à la place de ces personnages-là et pas sûre que je serais plus brillante, avoue la comédienne et coscénariste Judith Baribeau. On est tous pris dans nos désirs de s’en sortir. Quand la situation devient fragile, précaire, urgente, on protège les nôtres. On protège les gens autour de nous en premier. Ça en dit beaucoup sur la nature humaine.»

Le récit fonctionne également comme métaphore de cette Amérique raciste qui s’en prend aux étrangers, à ce Québec en plein repli identitaire. Lorsqu’il faut absolument déterminer un coupable pour expliquer ce qui se passe, évidemment que c’est l’adolescent mexicain adopté qui est pointé du doigt…

«À un moment donné, quand tu traces une ligne entre toi et les autres, c’est là que ça devient dangereux, rappelle la cinéaste et coscénariste Jeanne Leblanc. Les nôtres, c’est eux… et nous aussi.»

Sans être véritablement un suspense, Les Nôtres comporte son lot de surprises, à ne dévoiler sous aucun prétexte, culminant par une conclusion particulièrement ambiguë, qui restera longtemps en tête.

«J’aime penser aux spectateurs, leur faire vivre une ride avec de grandes émotions et leur remettre le film entre les mains à la toute fin!, lance en riant celle qui a réalisé Isla Blanca en 2018. Tout dépendant d’où tu te situes, avec quel personnage tu as de la sympathie, si tu es un homme, une mère, un jeune. C’est ce qui me fascine le plus. Chaque fois que j’entends une réaction, je me dis « Hein, tu as vu ça de même? » C’est mon petit plaisir à moi.»

Le film prend l’affiche le 13 mars.

 

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