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Les critiques cinéma de la semaine
Cinéma

Les critiques cinéma de la semaine

Tout sur les plus récentes nouveautés au cinéma. Cette semaine, place à Viendra le feu, Aren’t You Happy?, Docteur?, Femmes des casernes, The Hunt, Jusqu’au déclin, La mer entre nous, Mont Foster, Les Nôtres, Rojo, Run This Town, Vif-argent, Wendy.

En raison de la demande du gouvernement Legault de limiter les rassemblements intérieurs de 250 personnes et plus, certains cinémas ont pris des mesures préventives. Cineplex compte notamment réduire de 50% le nombre de clients admis dans ses salles. De son côté, le Cinéma Moderne a décidé de maintenir les séances prévues à l’horaire tout en augmentant les précautions pour assurer la sécurité de ses employés. Nous vous recommandons de vérifier auprès de votre cinéma l’horaire des projections.

Recommandation Voir – Viendra le feu (O Que Arde)

Récompensé à Cannes en 2019 (Prix du public de la section Un Certain Regard), ce film d’Oliver Laxe est un joyau pour les cinéphiles qui aiment leur cinéma silencieux et contemplatif. En confrontant l’Homme à la nature, le récit atteint régulièrement la transe et la transcendance. Cette quête de quiétude – ou de récidive – d’un homme accusé de pyromanie ne manque pas de détails significatifs au détour d’une intrigue en apparence sans histoire. Tout passe par les images extraordinaires de la Galice (cette région trop peu connue au nord-ouest de l’Espagne) et de ce climat de tension où un grand incendie risque de survenir à chaque instant.

À cet égard, il ne faudra surtout pas manquer l’introduction, sans aucun doute la plus belle des dernières années, où viennent se heurter l’obscurité, de la machinerie lourde et des eucalyptus. Ainsi que la conclusion, brûlante de réalisme, à la fois cinématographique et viscérale. Deux scènes d’anthologie pour un opus qui aurait mérité de sortir sur bien plus d’écrans.

Aren’t You Happy?

Ce véritable ovni de Susanne Heinrich explore par l’entremise de 15 vignettes l’image de la femme d’aujourd’hui. Une ingénieuse idée de départ qui est malheureusement sabotée par un traitement simpliste et répétitif, qui tourne très vite à l’exercice de style maniéré. Une demi-déception, surtout devant l’immense travail plastique qui rappelle les vieux essais de Godard et d’Akerman. 

Docteur?

Michel Blanc est un grand acteur. Il a toutefois tendance à perdre son temps dans des comédies insignifiantes et rarement drôles. C’est le cas de cette farce pétrie de bons sentiments signée Tristan Séguéla, où il incarne un médecin de garde désabusé qui, le soir de Noël, arrivera à se reprocher des siens et même à se faire un ami. Un conte dégoulinant de sirop pour ce qui ressemble parfois trop à une publicité pour Uber.

Femmes des casernes

Dévoilé aux derniers Rendez-vous Québec Cinéma, ce documentaire de Louise Leroux traite du fascinant métier de pompière. L’ensemble passionne lorsqu’il se trouve dans le feu de l’action avec sa caméra-vérité, alors qu’il finit par être redondant en retournant sur le plancher des vaches, questionnant inlassablement pourquoi peu de femmes exercent ce métier.

The Hunt

Repoussée de plusieurs mois après un tweet de Donald Trump dans la foulée des fusillades qui ont secoué les États-Unis l’année dernière, cette satire violente de l’Amérique présente de riches gauchistes qui font la chasse aux rednecks… Inopérant et sans subtilité, ce croisement entre The Purge et The Hunger Games mélange n’importe comment l’humour et l’horreur, passant constamment à côté de l’essentiel de son message.

Jusqu’au déclin

Cette première production québécoise signée Netflix joue à fond l’écoanxiété en exploitant à bon escient la nordicité de ses jolis paysages. Là s’arrête toutefois la nouveauté au sein de ce polar trop souvent recyclé, aux personnages plaqués et aux enjeux simplifiés, qui est néanmoins relevé par de solides interprètes et une réalisation appropriée de Patrice Laliberté.

La mer entre nous

Complexe et nuancé, cet éclairant documentaire de Marlene Edoyan suit le quotidien de deux survivantes afin de dresser le bilan d’un Liban toujours divisé par ses contradictions et ses conflits de religions, utilisant ses (nombreux) dialogues comme tentative de réconciliation. Un effort intime et important à défaut d’être toujours captivant.

Mont Foster

Ce thriller psychologique s’inscrit dans la veine des cauchemars hallucinants de Lars von Trier: Melancholia et Antichrist en tête. La mise en scène stylisée du nouveau venu Louis Godbout et la performance convaincue de Laurence Leboeuf permettent à cette relecture du Roi des Aulnes de piquer la curiosité, bien que les excès symboliques finissent par peser dans la balance.

Les Nôtres

Après son intrigant Isla Blanca, Jeanne Leblanc est de retour avec un drame familial plus ambitieux sur les apparences et le déni d’une communauté tissée serrée. Ce portrait de trois femmes illustré avec minutie par une grammaire cinématographique expressive glace allègrement le sang. Dommage que le personnage campé par Paul Doucet prenne autant de place et qu’il soit beaucoup moins crédible que ses collègues féminines.

Rojo

Le destin d’un avocat perdant de plus en plus son sens moral devient la parfaite métaphore de l’Argentine une année avant le coup d’État de 1976. Amusant et angoissant à la fois, ce thriller de Benjamin Naishtat qui débute en force pour perdre quelque peu de sa vigueur à mi-chemin doit beaucoup à ses hommages exemplaires au cinéma américain des années 70.

Run This Town

La vidéo montrant Rob Ford fumer du crack fut probablement l’événement canadien le plus médiatisé de 2013. Ricky Tollman revient sur cette fâcheuse page d’histoire à travers une fiction bancale et verbeuse, probante lorsqu’elle s’intéresse à la quête d’humanité de ses personnages et plus consternante quand la caricature prend le dessus. Cela n’aide d’ailleurs pas que le défunt maire de Toronto soit campé par un Damian Lewis plein de latex. 

Vif-argent

Rare création à remporter à la fois les prix Jean-Vigo et Louis-Delluc du premier film, cette variation sur Les ailes du désir de la part de Stéphane Batut séduit grandement dans sa façon d’aborder la vie, la mort, les souvenirs et les regrets. Une romance bercée de poésie, qui atteint le nirvana lors d’une incandescente danse de séduction.

Lundi le 16 mars à 19h au Centre Phi, en présence du réalisateur.

Wendy

Il y a tellement eu d’oeuvres douteuses racontant la genèse d’un personnage mythique qu’il est normal de douter. Celle-ci portant sur Peter Pan s’avère pourtant une des plus réussies. Tout cela est possible grâce à Benh Zeitlin, qui puise à la même eau non narrative de son éblouissant Beast of the Southern Wild pour offrir une ode enchantée à l’enfance et à la liberté. Encore une fois, il sublime le douloureux réel à des fins magiques, offrant son lot de scènes fulgurantes et de mélodies entraînantes en multipliant les emprunts à Malick et Miyazaki.

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