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FailCamp: Apprivoiser le risque en célébrant l'échec
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FailCamp: Apprivoiser le risque en célébrant l’échec

Célébrer l’échec pour mieux le démystifier: tous les enseignements que nous avons tirés de Failcamp Montréal.  

Pour apprivoiser le risque, inhérent à toute démarche entrepreneuriale, il faut démystifier l’échec. Or quelle meilleure façon pour dédramatiser l’échec que de le célébrer, voire d’en rire ? C’est cette idée aussi simple que brillante que visent à promouvoir Léa Beauchamp-YergeauRobert Boulos et Francis Gosselin (ex-Creative Mornings Montréal) à travers FailCamp. Un événement où les échecs se partagent comme de puissantes anecdotes.

Nous assistions vendredi dernier à l’édition montréalaise 2016 dans les locaux de Sid Lee. De quoi initier la réflexion sur notre nouveau thème du mois : le risque.

Lever un tabou

Sur la passerelle jaune qui sépare l’assemblée en deux parties, les conférenciers se racontent tour à tour. Les anecdotes rebondissent, les récits s’entrechoquent. Des confidences publiques qui ébranlent. L’émotion est palpable, les gorges se nouent et les yeux brillent. C’est que dans nos sociétés, l’échec reste un tabou. Quelque chose qu’on tente de gommer honteusement. Comme si les échecs rencontrés allaient ternir une réussite présentée. Pourtant, ce FailCamp nous le démontre avec poigne : derrière chaque succès se cache une série d’échecs. Comme le revers d’une médaille, dont la facture peut s’avérée salée.

Réussite et échec, les deux faces du risque

Qu’est-ce que le risque, sinon l’acceptation que nos actions comportent autant une promesse d’avantages que la probabilité d’un échec ? Tenter de réussir et d’avancer, c’est prendre le risque d’échouer. L’un ne va pas sans l’autre.

L’entrepreneur et chroniqueur Philippe Bertrand, premier conférencier à prendre la parole, annonce d’entrée son pédigrée : « J’ai créé dix entreprises en quize ans. Sept ont été un échec. Il m’en reste donc trois ». Sur la question de l’échec, le serial entrepreneur est sans équivoque: « la question n’est pas de savoir si nous allons frapper un mur, mais quand ». Certains d’entre nous préféreront certainement fermer les yeux en espérant que ça passe, mais la réalité est implacable : nul n’échappe à l’échec. Qu’il soit professionnel, personnel ou amoureux, qu’il soit risible ou potentiellement dramatique, personne ne peut prétendre vivre une vie sans échec.

Un prix à payer ?

Anne Marcotte et Jean-Martin Aussant nous le rappellent : le pire échec n’est pas d’ordre monétaire, mais bien personnel. Si la première a connu un grand succès dans les affaires, elle déplore, la voix tremblante, combien il lui est difficile de rencontrer un homme qui ne se sente pas diminué par sa réussite. Le second se souvient avec un certain regret ses années passées sur la route à mobiliser les troupes autour de son parti, Option Nationale. « Mon succès est inextricablement relié à un échec phénoménal d’un point de vue personnel puisque j’ai manqué les deux premières années de mes jumeaux », confie Jean-Martin Aussant.

Délitement des liens familiaux, sentiment de vivre en parallèle de la société, embûches administratives et financières, situations ridicules…les visages de l’échec sont multiples, tout autant que les risques qui y sont liés.

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Faire de l’échec sa force

Quand la majorité d’entre nous tente de prévenir l’échec, de le contrôler, de l’apprivoiser, d’autres en ont fait leur fond de commerce. C’est le cas de la youtoubeuse Ina Mihalache, hilarant dans son rôle de Solange vous parle. « Solange est un personnage qui assume publiquement son échec et qui en fait sa force », explique-t-elle. Personnage de fiction ou vie réelle de la comédienne, les frontières se flouent. L’air nonchalant et pensif, Ina Mihalache fait de sa vie cousue d’échecs, un théâtre vivant, pathétiquement drôle.

Apprivoiser l’échec

Ali Gerba, ancien attaquant de l’Impact de Montréal et star du ballon rond, se souvient de la fin de sa carrière et de sa dépression quand il a fallu redonner un sens à sa vie loin des projecteurs. Le sportif a la tête froide, des rêves plein la tête, et les mains agrippées à son ballon. « Je suis né dans l’échec, commence-t-il en riant de son enfance au Cameroun, mais j’ai toujours trouvé que la pitié me tuait ». C’est pourquoi, dit-il, il ne se laissera jamais intimider par la peur de l’échec des autres. « Quand j’ai commencé à comprendre l’échec, je l’ai apprivoisé très vite ». Comment ? En tirant de chaque échec l’occasion de chercher à s’améliorer. Une force de caractère qui l’amène d’ailleurs à conclure qu’il n’a aucune intention de célébrer l’échec, que chacun devrait au contraire combattre cette peur en donnant toujours le meilleur de soi.

L’échec ou le risque de ne rien faire

Andy Nulman, président de Juste pour rire, arrivera plus tard en fanfare. Le tempo s’accélère au rythme des anecdotes hilarantes et libératrices du personnage. Pendant plusieurs minutes, il partage avec nous l’une des situations les plus ridicules qu’il ait vécue : invité en tant que conférencier aux CMA Awards, il se lance dans une performance si décalée, entre poèmes et chants gospel, que l’auditoire en est gêné. « J’ai fait toutes ces choses complètement folles, explique-t-il, mais je retire deux choses de cette expérience : premièrement, j’ai eu le courage de le faire ; deuxièmement, ce n’était pas si mal ». Avant de conclure : « Et puis, qui en a quelque chose à foutre ? Je préfère tomber sur le cul que de ne rien faire. En réalité, l’échec n’existe pas. Ce n’est probablement qu’une graine plantée pour un prochain succès ».

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Anticiper l’échec

Dernier intervenant de la soirée, Justin Kingsley, maître montréalais du storytelling, revient sur son expérience en tant qu’attaché de presse de l’ancien premier ministre canadien Paul Martin. Une histoire de gestion de crise, en direct, face à un dédale de journalistes sur le qui-vive. Le résultat de micro erreurs accumulées qui se dévoilent sous les projecteurs. L’occasion surtout d’apprendre. Et de tirer quelques leçons pour mieux appréhender l’échec face à une prise de décision à risque : ne pas écouter sa raison, ne pas se laisser guider par ses émotions, mais toujours suivre ses tripes. Quoi qu’il arrive. Apprendre à faire confiance à sa propre paranoïa, et l’accepter comme une force plutôt que comme une tare à combattre. C’est le moyen qu’à trouvé Justin Kingsley pour anticiper toutes les situations les plus risquées. Et se préparer à y faire face.

Se préparer à l’échec

En début de conférence, Philippe Bertrand, avait commencé par nous donner ses cinq conseils pour se préparer à l’échec, notamment en cas de faillite. En cette fin de FailCamp, ses mots résonnent et font écho à tout ce que nous avons entendu. Ses conseils, les voici:

  1. Soyez vigilant et regardez le mur apparaître
  2. Demandez de l’aide, que ce soit sur un plan professionnel ou personnel
  3. Payez-vous en premier, car une auto sans essence ne va nulle part
  4. La minute que le mur arrive, ralentissez tous vos trips (alcool, drogue, caféine…)
  5. Trouvez-vous une passion. N’importe laquelle, même la plus idiote.

Informations:

FAILCAMP // Pour pour de réflexions sur l’échec, suivre l’actualité des conférences et lire les articles de blogue de Failcamp, nous vous recommandons de visiter http://fail.camp. Vous pouvez aussi suivre leur page Facebook/FailCamp.

CREATIVE MORNINGS MTL // La prochaine conférence de Creative Mornings Montréal, qui aura pour thème le risque, aura lieu le 22 avril prochain. Restez à l’affût en vous inscrivant à notre infolettre: https://mtlcm.co/news ou en nous suivant sur Facebook/CreativeMorningsMTL.

Texte et photos: Sarah Meublat
Illustration: Andreas Preis