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L'étrangeté de la vie selon David Barnes, directeur artistique du groupe Of Montreal
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L’étrangeté de la vie selon David Barnes, directeur artistique du groupe Of Montreal

David Barnes a commencé à imaginer des mondes et des personnages fantastiques lorsqu’il était encore enfant. Alors que beaucoup se lassent ou se découragent, Barnes a continué à dessiner. Il est maintenant directeur artistique du groupe Of Montreal (appelé de la sorte après qu’une fille de notre belle ville ait quitté le chanteur du groupe, natif de l’état de Géorgie aux États-Unis).  

Of Montreal est connu pour son univers visuel déjanté et « weird ». Un concert n’est pas qu’une performance musicale mais un spectacle de toute originalité. David Barnes collabore en créant l’atmosphère visuelle ainsi que les couvertures des Cds. Les images psychédéliques de toutes couleurs et formes peuplent le monde de Of Montreal.

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David Barnes ne se réduit pas à sa contribution à Of Montreal. Il travaille seul sur ses dessins qui examine la vie dans toute son étrangeté. « Il y a tellement de choses sur notre planète à comprendre. La nature est compliquée et, si on ajoute les humains, c’est encore plus compliqué! Il faut essayer de garder notre planète civilisée malgré les différences. Alors, les gens simplifient et compartimentent tout dans leur tête. Ils décident ce qui est bien, mal, normal et bizarre. »

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Bizarre ou « weird ». Ce mot, David Barnes y pense depuis longtemps. Pendant son adolescence, il se trouvait bizarre mais le gardait à l’intérieur de lui. Il rit en disant n’avoir jamais essayé une nouvelle coiffure ou du linge différent. A l’école, aux États-Unis, il ne cherchait pas à rejoindre des groupes ni à les fuir non plus. « J’ai eu une enfance heureuse. Je pensais vraiment être bizarre. C’était comme avoir un cerveau qui fonctionnait différemment. »

Il crée et dessine aujourd’hui comme il le faisait dans son enfance. Il rit en disant que c’est un peu gênant de réfléchir et de se rendre compte que ses dessins et son processus pour créer n’ont pas changé depuis son jeune âge. « L’inspiration me vient naturellement. C’est plus dur quand j’ai un projet avec des instructions et un style qui est spécifique. » Il aime mélanger des objets et des êtres vivants bien réels pour les rendre bizarres et fantastiques. Pour se pousser dans sa créativité, il essaie de changer la représentation des êtres vivants. « Un visage est vivant et animé. Mais si on enlève les yeux, cela devient une forme bizarre et drôle. »

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Barnes trouve son inspiration dans les films, les bandes-dessinées et aussi les livres. Il a présentement une obsession pour les lutteurs d’autrefois. Alors, il lit des autobiographies et écoute des podcasts sur la vie de ces hommes qui quittaient leurs villages ruraux pour voyager dans leur pays et le monde pour gagner leurs vies comme lutteurs. Il adore découvrir et apprendre sur les vies de gens bien réels, ce qui est drôle pour lui qui passe sont temps à inventer des dessins et des personnages fantastiques.

Une des vies qui le passionnent et l’inspirent est celle de Jack Kirby, auteur de comics américain. David Barnes est impressionné, car Kirby, qui est né dans un quartier dur de New York, n’a pas été exposé à l’art. « En dépit de son quartier et de son éducation, il a crée Captain America, le Silver Surfer et tous ces autres personnages. Ce monde fantastique lui est venu naturellement. »

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C’est quand la vraie personnalité des gens émerge que David Barnes est fasciné. Sa première inspiration comme enfant était David Bowie. « C’était plus que de la musique, c’était toute sa vie. Pour tous les gens qui était bizarres, David Bowie est presque devenu un culte pour un moment. Les gens [bizarres] en avaient besoin. Ils avaient besoin de faire partie de quelque chose. »

David Bowie aimait jouer avec les conventions et changer d’apparence. David Barnes a alors lui aussi essayé de jouer avec son esthétique physique. Cela lui rappelle une conversation qu’il a eue avec le père d’un ami sur la masculinité. Aujourd’hui, un homme avec une allure et une attitude flamboyante ou extravagante est considéré comme pas assez masculin et bizarre. Mais, dans les années 1940, les hommes osaient plus. Des personnalités comme Gene Kelly, danseur et acteur, étaient perçues comme masculines. Et pourtant, David Barnes pense que la façon dont Kelly dansait n’est plus vue comme masculine aujourd’hui.

Finalement, David Barnes veut que les gens qui voient ses dessins et son art sourient et soient heureux. Il dit ne jamais créer avec de la colère même si, dans le contexte actuel, les élections américaines le troublent.

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Depuis qu’il est enfant, il imagine mourir et se retrouver dans un endroit qu’il a créé au cours de sa vie. « Je pense aux milliers de personnages que j’ai et aurai crée pendant ma vie. Ils seront tous là quand je mourrai pour le meilleur et pour le pire. Peut-être que certains me diront ‘ Pourquoi ne m’as tu pas donné un bras plus court? Celui-là est énorme et je ne peux même pas m’assoir.’ ».

Son univers fantastique et bizarre l’accompagnerait même après la mort.

Texte: Clothilde Goujard

Photos: Misty Dennis (portrait), les autres photos sont tirées du compte Instagram de David Barnes @thebeewithwheels