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L'école du 21e siècle : ça commence maintenant
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L’école du 21e siècle : ça commence maintenant

À l’occasion du thème #beyond ce mois-ci, CreativeMornings/Montréal a eu envie de s’intéresser à la jeunesse, à l’éducation, à l’engagement civique et à tous ceux qui rêvent et inventent le monde de demain. C’est dans cet esprit qu’on invite aujourd’hui sur ce blogue, Academos, une organisation qui réfléchit à l’éducation, et dont la présidente fondatrice, Catherine Légaré, signe le texte ci-dessous.

Le thème du mois est présenté par notre partenaire Shutterstock. Il a été choisi par nos amis à Bengaluru et illustré par Ranganath Krishnamani.

(NB. Ce texte est une réédition de la version originale, parue le 28 octobre 2016 sur le blogue d’Academos.)

L’école du 21e siècle : ça commence maintenant

En 2017, l’école est importante pour les Québécois, mais elle est aussi critiquée. Dans le cadre de mon travail, je parle régulièrement à des étudiants, à des parents et à des éducateurs. Plusieurs me décrivent l’école comme si elle était figée au 20e siècle. Ce portrait est également présenté dans les médias régulièrement. On entend souvent que l’école « n’équipe » pas bien les jeunes pour le monde du travail. Par exemple, en ce qui concerne l’usage du numérique, les jeunes comprennent difficilement pourquoi un enseignant leur explique ce qu’ils peuvent apprendre sur YouTube. Plusieurs confient avoir réussi des cours de mathématiques ou de chimie grâce aux formations gratuites de la Khan Academy, faute d’avoir un enseignant disponible pour les soutenir dans leurs difficultés.

Pas étonnant que le gouvernement du Québec a lancé une vaste consultation sur la réussite éducative à l’automne 2016. Pourquoi déployer tous ces efforts ? Entre autres parce que le décrochage chez les jeunes est très préoccupant. Selon les données les plus récentes du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, c’est 23 % des jeunes Québécois qui n’obtiennent pas leur diplôme avant l’âge de 20 ans. C’est pire chez les garçons (28 %) et dans certaines régions comme l’Outaouais ou l’Abitibi-Témiscamingue, où ce taux atteint les 30 %.  Une enquête de la Fondation Lucie et André Chagnon réalisée en 2013 a montré que 82 % des Québécois sont préoccupés par le décrochage scolaire. Autre fait désolant, un sondage mené par la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) en 2010 auprès de 44 000 élèves montre que seulement 45 % des élèves se disent motivés à l’égard de leurs études. Malheureusement,  le décrochage a toutes sortes de conséquences négatives : précarité d’emploi, faibles revenus et même espérance de vie écourtée.

Comme citoyenne, comme maman et comme fondatrice d’un organisme qui travaille chaque jour à favoriser la persévérance scolaire, je trouve ces réalités inquiétantes. Les médias foisonnent d’articles de journalistes ou d’opinion, mais chez Academos, nous trouvions que nous entendons peu le point de vue des principaux intéressés, c’est-à-dire les jeunes.

L’école idéale : créative, ouverte, personnalisée, numérique et orientante

Quoi de mieux que d’organiser une table ronde avec quelques étudiants universitaires qui ont juste assez de recul pour parler de leurs études secondaires ? C’est ce que nous avons fait, au Café Parvis à Montréal, avec Alexandra Michaud, étudiante en communications, Benoît-Gabriel Corriveau, étudiant au MBA, Chloé Hamelin-Lalonde, étudiante à la maîtrise en orientation et Julien Benoit, étudiant en développement de carrière.

Je vous le dis d’entrée de jeu, leur école de rêve est innovante et personnalisée. Elle encourage la créativité, l’expérimentation et la prise de risque, parce qu’elle permet les essais et les erreurs. C’est une école où l’on apprend à collaborer, où l’on grandit dans la diversité. Une école où l’on fait autant des mathématiques, que du sport ou de l’entrepreneuriat. Une école où la formation professionnelle est autant valorisée que les études universitaires, dans le respect du potentiel et des passions de chacun. La place du numérique est importante, pas pour avoir des outils de plus, mais pour réellement les intégrer dans notre vie d’apprenant, de citoyen et de futurs travailleurs.

Crédit photo : Alexandra Lamoureux

Ils souhaitent ainsi apprendre à maîtriser une foule d’outils, à chercher et choisir de l’information, à prévenir la cyberintimidation, à prendre conscience du respect de la confidentialité et du pouvoir des mots dans le numérique Chloé nous a même proposé une nouvelle mission pour l’école. Plutôt que l’actuelle « Instruire, Socialiser et Qualifier », nous pourrions redéfinir le rôle ainsi : Socialiser, comme dans la mission actuelle. Éduquer à être un bon citoyen, à vivre avec la différence, à avoir des connaissances, à maîtriser les outils numériques. Et enfin, Découvrir, pour permettre aux élèves d’explorer, de développer leur créativité, d’entreprendre, d’apprendre à se connaître et de découvrir le monde dans lequel ils vivent. Cette proposition a suscité l’enthousiasme autour de la table ! Les étudiants ont souligné l’importance des relations à l’école, en particulier celle des enseignants et des professionnels qui travaillent directement avec eux. Ce qu’ils déplorent, c’est le manque de temps chez ces personnes pour accompagner les élèves qui en ont besoin, notamment en orientation professionnelle.

Crédit photo : Alexandra Lamoureux

Ce qui est fascinant c’est que les souhaits exprimés lors de notre table ronde correspondent à ce que les experts envisagent pour l’école de demain. Par exemple, Tom Vander Ark, un ancien directeur exécutif secteur Éducation à la Fondation Bill & Melinda Gates et maintenant PDG de l’organisme Getting Smart, a défini sept incontournables de l’école de demain :

  1. Cibler des objectifs importants, comme préparer les jeunes à être des citoyens du monde, promouvoir l’excellence en communication, garder les portes grandes ouvertes sur la communauté, etc.
  2. Favoriser des expériences d’apprentissage significatives, en tenant compte de la façon dont les jeunes apprennent, en les connectant avec leurs milieux pour favoriser l’apprentissage en tout temps, en tous lieux, en intégrant la technologie pour faire vivre aux élèves des expériences plus complètes, par exemple en leur permettant de se mettre dans la peau de producteurs, journalistes, scientifiques, programmeurs, etc.
  3. Maintenir des environnements d’apprentissage productifs, notamment en plaçant une portion des cours en ligne et en variant les modèles, comme l’apprentissage mixte (blended learning) ou la dynamique de classe inversée.
  4. Connaître les élèves en maintenant un profil complet de chacun, dans lequel l’enseignant consignera des observations sur la façon d’apprendre de ses élèves, qui permettra de favoriser l’apprentissage centré sur l’apprenant. Ces derniers seront évalués sur leur expérience, et leur dossier contiendra un portfolio de leurs meilleures réalisations.
  5. Viser l’acquisition de compétences, avec un système de reconnaissance pour marquer les progrès des élèves.
  6. Tirer le meilleur parti des talents des enseignants, notamment en distinguant les rôles, allant de l’assistant jusqu’au maître, en ayant parfois recours à des spécialistes à distance ou dans la communauté.
  7. Construire des communautés, en impliquant les parents et les autres acteurs du milieu, valorisant l’implication des jeunes et l’apprentissage basé sur la communauté.

Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre école de rêve ?

Catherine Légaré, Ph.D. en psychologie
Présidente fondatrice, Academos