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Le média (et le journaliste) comme marque d’un contenu de marque

Depuis quelques jours, je rigole. Je vois le milieu des médias et quelques journalistes faire tout un fromage à propos de la publicité « native » ou le « marketing de marque ». Comme si c’était apparu hier.

Or, je me pose quelques questions. Rien de bien important, et peu me répondront, je le sais, mais tout de même.

J’observe les médias et le journalisme depuis une dizaine d’années.

Je n’ai pas vu beaucoup de vedettes journalistiques lever la main pour refuser de devenir elles-mêmes des marques, des médias personnels, utilisant la crédibilité que leur confère leur travail pour promouvoir leur image de marque.

Certains vont même jusqu’à utiliser cette image de marque sur les médias sociaux pour promouvoir des produits, en toute amitié et complicité, sur la base de leurs goûts personnels ou d’impressions, sans qu’aucun travail journalistique ne soit effectué. Quoi qu’il en soit, il s’agit toujours de s’inscrire dans la tendance du moment et de placer son nom, sa marque, dans un mouvement qui favorise des intérêts privés. Parce que « ça semble tout bon. » Évidemment, le verbe sembler devrait être celui qu’on utilise en premier lieu comme journaliste. Surtout quand on rédige deux phrases.

Un exemple:

 

Bien hâte d essayer le Téo Taxi d Alexandre... Nathalie Collard

 

Le plus souvent, ces intérêts particuliers concernent la marque personnelle du journaliste lui-même. Il doit accepter de se promouvoir comme gage de crédibilité, comme personnalité qui peut faire vendre le produit qu’il est.

Un autre exemple:

 

Les grands esprits se rencontrent

 

Pour promouvoir cette marque de commerce qu’il est devenu, le journaliste n’hésite pas, bien souvent, à prendre part à une opération de marketing de contenu. Le marketing de contenu, comme on l’a vu, désigne des publications à l’image de magazines qui n’ont comme seule fonction que de promouvoir les produits qu’ils souhaitent vendre.

Ceci est un exemple de marketing de contenu:

 

Le magazine numérique d’ICI ARTV

 

Il faut bien comprendre ce qui est en jeu ici. Le journaliste, dans bien des cas, est à la fois la marque et le contenu qui sert à promouvoir sa marque et celle de son employeur. Ainsi, ce qu’on appelle « contenu de marque », c’est au fond lui lui-même. Il est à la fois la marque et le support publicitaire qui sert à le promouvoir.

Dans tous les cas, même si plus profondément, le journaliste se refuse à prendre part à ces activités de marketing de contenu, il n’en demeure pas moins que celui qui l’emploie n’en manque pas une pour mettre ses stratégies de l’avant pour ultimement payer son salaire. Parfois, c’est assez évident.

Voici un exemple assez évident:

 

Des articles instantanés Le Journal de Québec

 

Mais d’autres fois, c’est plus subtil. Il suffit dans ces cas de trier l’information et de ne publier que les faits qui avantagent notre média. Il y avait 24 finalistes pour le prix Judith-Jasmin au dernier congrès de la FPJQ. Pour Le Devoir, dans un article signé par « Le Devoir », il n’y en avait qu’un. Il faut croire qu’on a fait un choix et que, bien évidemment, ce choix n’était motivé que par les intérêts du lecteur au détriment de tout intérêt particulier. Je peux me tromper, mais on me dira si c’est le cas.

Voici un exemple plus subtil:

Fabien Deglise en nomination pour un prix Judith Jasmin Le Devoir

Il y en a qui ne jouent pas ce jeu. Ils sont rares. S’il fallait limiter le rôle de « journaliste » à ceux qui ne se prêtent pas à cette forme de personal branding ou à ce contenu de marque pour servir des intérêts particuliers, il ne resterait pas beaucoup de monde. Mais il faut le dire, ils ne sont que quelques-uns.

Est-ce dire que le public est perdant ou qu’il se fait berner? Je ne le crois pas. Dans tous les cas, je crois et j’espère que ce sont des travailleurs armés des meilleures intentions qui jouent ce jeu. Mais j’ai bien de la difficulté, par exemple, à voir la différence essentielle entre Jean Lapierre et Marc Cassivi qui, dans les deux cas, peuvent monnayer leur visage et leur expérience en revendiquant tous les deux les droits des auditeurs et des lecteurs à connaître leurs opinions.

Mais une question demeure: Collègues des médias, ça ne vous dirait pas, des fois, d’envisager une discussion sérieuse et de laisser tomber la bullshit?

Allez. Un peu de sérieux. Vous n’étonnez personne.