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Moi je l’aime, Isabelle Juneau

Vous avez de ces sujets du jour, parfois. Ces sujets de moindre importance, mais qui continuent de m’amuser. Aujourd’hui, pas le choix, il s’agissait de se brancher au grand réseau et cette fameuse entrevue menée par Isabelle Juneau avec la nouvelle blonde de Guillaume Lemay-Thivierge sur le tapis rouge de Nitro Rush refaisait surface toutes les minutes.

Comprenez l’enjeu : il y aurait eu un moment de malaise dans un événement glamour, tremblez mortels.

Je serais bien présomptueux de vous snober à ce sujet, car je dois avouer qu’hier soir, en visionnant cette entrevue, je suis tout de suite devenu le plus grand fan d’Isabelle Juneau.

Je résume. Cette dame, depuis quelques années, se pointe sur les tapis rouges et dans les événements mondains. Elle anime ainsi une chaîne YouTube et un site web, son média à elle, comme elle veut, comme elle est. Tout le monde s’en foutait jusqu’à hier soir, car à ce moment, voyez-vous, ses questions sur le tapis rouge du film Nitro Rush ont donné lieu à quelques cocasseries. On devrait la remercier, car sans elle, il aurait probablement été question de l’événement le plus plate de l’année, et nous sommes en septembre.

Vous en connaissez du bon, vous, du journalisme de tapis rouge? Qu’est-ce que c’est si ce n’est pas à la culture ce qu’une annonce de savon ménager est à l’architecture?

Cette femme a créé un malaise? Vous charriez. L’exercice lui-même est de bout en bout le résultat d’une mécanique du malaise. C’est la matière première à laquelle on donne forme en se pointant là avec un micro.

Qui plus est, il s’agissait du tapis rouge de Nitro rush. Vous n’alliez tout de même pas croire que nous allions causer impressionnisme et phénoménologie devant la caméra, en quelques secondes? C’était du rapide, du tout cuit.

En somme, l’insignifiance englobe, il me semble, tout le champ sémantique de ces moments médiatiques que sont les tapis rouges. Que peut-on espérer d’un tel exercice sinon une galaxie de platitudes? Avec Isabelle Juneau, on a eu le luxe d’être étonné.

Dans La Presse, ce matin, Mario Girard rappelait à ma mémoire Raymond Beaudoin, ce personnage des Bleus Poudre joué par Pierre Brassard, qui allait avec bonhomie — et courage — semer la pagaille dans ce genre d’événements. Il était parfait, Beaudoin, pour une raison qu’on n’a peut-être pas tout à fait saisie : il parvenait à être plus insignifiant que l’événement lui-même. Il tentait d’être plus con que la connerie. Dans tout ce léchage et ces paillettes, dans tout ce glaçage au fromage, il débarquait en colon patenté et ses meilleurs moments furent ceux où il réussissait à foutre solidement le bordel, accentuant ainsi le malaise déjà présent. Rappelons-nous le mariage de Michèle Richard ou, mieux encore, la première du film sur les mémoires de Pierre Eliott-Trudeau.

Évidemment, comme le rappelle Girard, Raymond Beaudoin, c’était un personnage tandis qu’Isabelle Juneau, c’est elle-même. Elle est un pur produit des médias sociaux qui sont en fait des médias personnels où chacun peut s’inventer sa petite émission, avec plus ou moins de succès. Mais le tapis rouge, lui, c’est encore la même insignifiance, la même platitude. Tout le monde y est magnifique et merveilleux, bien habillé, souriant, gagnant, arrivé, prêt à saisir le trophée de la victoire comme d’autres saisissent un dildo, merci la vie, maman, papa et vous tous, surtout, qui êtes ici ce soir et à qui je dois tout! Je jouis tellement d’être en votre compagnie, c’est incroyable!

J’ignorais jusqu’à hier l’existence d’Isabelle Juneau. Elle est apparue dans le flot de mon média social comme ça, tout d’un coup, sans prévenir. J’ai écouté une bonne dizaine de ses capsules en rigolant ferme. Pas tant pour me moquer d’elle, mais pour m’amuser du clash qu’elle parvient à provoquer sans même s’en rendre compte. Est-elle folle? Je m’en tape le coude pas mal. Michèle Richard a encore droit aux kodaks dès qu’elle fredonne un air de Noël et s’il fallait faire le tri avec un manuel de psychiatrie pour déterminer qui a droit au privilège du malaise télévisuel, on ne serait pas sorti de l’auberge. Je vous jure, ça m’a fait du bien. Dans tout ce monde si lisse, si reluisant, de la voir se pointer avec ses questions à quatre étages, à côté de la route, ça sonnait comme un baume sur ces multiples égratignures de malaise réel que sont les grands moments d’Herby Moreau.

Mais, malaise pour malaise, quand même, s’il y en a un que je jugerais bon de souligner, c’est bien celui des médias, Sac de chips, TVA, Martineau à CHOI et consorts qui se gargarisaient à recenser ses faux pas, comme s’ils venaient de se trouver un étalon pour se mesurer la graine. Car en faisant de cette dame leur sujet du jour, ils venaient de démontrer que le malaise est le carburant dont ils ont besoin pour avancer et que, au fond, avec Isabelle Juneau, ils venaient de trouver une essence qui leur permet de faire plus de miles au gallon. Qui se moque de qui, dites-moi?

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