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« Minuit chrétien » au centre commercial; pourquoi pas « Jingle Bells » à l’église?

Appel à un copyright pour le patrimoine religieux chrétien

Êtes-vous allés faire un tour dans un centre commercial au cours des derniers jours? Difficile à éviter avec le changement de saison et le retour du temps des Fêtes, « the most wonderful time of the year » comme dit la chanson.

Pour nous rendre ce temps encore plus wonderful (ou insupportable, c’est selon), les centres commerciaux nous en mettent plus la vue et …  plein les oreilles.  Si ce n’était que du Petit papa Noël ou du Bonhomme Hiver, je n’aurais rien à redire. Mais lorsque je déambulais en fin de semaine dernière au Galeries d’Anjou, ce n’était pas que du Jingle Bells qu’on nous donnait à entendre. Tout l’éventail des chants religieux y est passé: de Minuit chrétien à Il est né le divin enfant en passant par Sainte nuit et Adeste Fideles!

Ça vous donne une scène tout à fait surréaliste: une foule de consommateurs qui fait ses achats et qui dépense de façon compulsive pendant que résonne Les anges dans nos campagnes, pendant qu’on invite le peuple à se mettre à genoux pour acclamer le Rédempteur et qu’on implore le divin de messie de sauver nos âmes du trépas. Ne trouvez-vous pas qu’il y a quelque chose qui cloche?

Où les programmateurs ont-il la tête pour nous offrir, année après année, un tel répertoire dans un tel lieu?  N’y a-t-il pas suffisamment de chants et de musiques profanes pour emplir à souhait la programmation de plusieurs jours sans avoir à recourir à ces cantiques d’église qui sont en fait des prières?

Faire jouer Minuit chrétien dans un centre commercial, c’est aussi ridicule que de jouer Jingle Bells, le P’tit renne au nez rouge ou Frosty the Snowman à l’église. Pas rapport comme dirait l’autre.

Il y a quelques années, une association juive s’était plainte de ces chants religieux diffusés dans tous les commerces et qu’il est impossible d’éviter. Mais ce n’est pas aux juifs, ni aux musulmans ni aux athées de se plaindre d’une telle chose: c’est aux Églises chrétiennes. C’est à elles que revient la responsabilité de protéger leur patrimoine religieux et de le défendre contre la désacralisation dont il est victime au nom du consumérisme. Je n’ironise pas; je suis très sérieux. Les prêtres et pasteurs devraient intervenir auprès des commerçants pour leur demander de respecter le caractère sacré des musiques et chants religieux  et de s’abstenir de les utiliser à des fins bassement commerciales.

Les chrétiens devraient réclamer un copyright sur la diffusion de ces chants et musiques. Il restera amplement d’autres chansonnettes pour marquer cette période de l’année. Si le répertoire en venait qu’à être trop mince, nos artistes pourront faire aller leur créativité. Au lieu de nous rééditer à chaque année les éternelles mêmes tounes insignifiantes (« Dans cette étable, que Jésus est charmant… »!), ils pourraient nous offrir du nouveau matériel original et collant plus à notre réalité. Robert Charlebois, Beau Dommage, Claude Dubois, John Lenon et d’autres l’ont fait et leurs compositions sont devenues des classiques du temps des Fêtes.