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Trudeau, Mulcair et le niqab : quand l’aveuglement tient lieu de ligne politique

La profession de foi de Justin Trudeau et de Thomas Mulcair envers le multiculturalisme semble avoir ce point gangrené leur pensée qu’ils en viennent, au nom de cette idéologie culturellement suicidaire, à renier les fondements de la démocratie dont l’égalité des sexes et la dignité de la personne.

Quel affligeant spectacle d’incapacité intellectuelle nous livre cette classe politique! À croire que ces « leaders » cherchent à rivaliser, en insignifiance, avec le maire de Saguenay.

Lorsqu’il a annoncé son intention d’en appeler du jugement Boswell qui autorise le port du niqab lors des cérémonies d’assermentation citoyenne, Stephen Harper a défendu la seule position honorable en pareille circonstance. Pour la première fois en neuf ans de pouvoir le voyait-on défendre une position démocratique et progressiste.

Après avoir qualifié le niqab de vêtement « offensant », Harper déclarait mardi dernier que le voile intégral était « le produit d’une culture anti-femmes ». Comment ne pas être d’accord avec lui sur ce point?

Mais Justin Trudeau et Thomas Mulcair ont pour leur part choisi de défendre l’indéfendable. Dans une avilissante stratégie destinée à saper les votes ethniques du Parti conservateur — à moins que ce ne soit par pure imbécillité — ils se sont chacun à leur façon rangés derrière le jugement Boswell. Honte sur ces chefs de partis incapables de défendre nos valeurs fondamentales devant un jugement légaliste à courte vue.

Multiculturalisme contre démocratie

Justin Trudeau accuse Stephen Harper de jouer sur « la division des Canadiens » sur cette question. Mais en soutenant que le port du niqab est un droit en toute circonstance, il ne réalise pas qu’il alimente lui-même la division, soit celle entre les hommes et les femmes; il renonce ainsi à défendre l’égalité des sexes pour légitimer une idéologie sexiste, répressive, antidémocratique et antihumaniste.

Il crée aussi de la division entre les cultures plutôt que de miser sur les valeurs citoyennes communes à tous comme on est en droit de s’attendre de la part d’un chef de parti qui aspire à devenir chef d’État.

Thomas Mulcair n’est pas en reste face à son allié du Parti libéral. À ses yeux, considérer que le niqab reflète une culture anti-femmes « dépasse l’entendement ». Ce qui dépasse l’entendement, c’est son obstination à diriger le pays droit dans le mur. Nous n’avons pas oublié non plus qu’il avait joué la vierge offensée en promettant de contester devant les tribunaux tout projet de loi québécois sur la laïcité qui interdirait le port de signes religieux ostentatoires de la part des employés de l’État et ce avant même le dépôt du projet de loi. À ce moment, le NPD ne s’était encore jamais consacré au moindre débat interne sur la laïcité et on n’avait jusque là jamais entendu la moindre parole sortir de la bouche de Thomas Mulcair sur cette question.

Le Parti conservateur n’est pas pour autant à l’abri des contradictions. Le ministre du Conseil du trésor, Tony Clement, a en effet soutenu qu’il n’était « pas souhaitable » d’interdire le niqab pour les employées de l’État. Si ce vêtement est offensant et anti-femmes dans les cérémonies d’assermentation, il l’est tout autant au travail, voire même encore plus si ces employées sont en contact avec le public.

Il n’y a donc que le Bloc québécois, qui a qualifié d’hypocrite la position du Parti conservateur, qui ait une position cohérente sur la question. Le Bloc s’était d’ailleurs rangé derrière l’approche préconisée par le projet de charte de la laïcité qui prévoyait, au Québec, l’interdiction de tels signes ostentatoires dans la fonction publique.

Multiculturalisme et paralysie cérébrale

Pour réaliser à quel point le multiculturalisme radical ronge les bases de la démocratie et peut-être même les neurones, il faut entendre le président de Québec inclusif, Rémi Bourget, débattre du niqab à l’émission Bazzo.tv. Tout en disant ne pas être « super à l’aise avec le niqab », il se dit « aussi mal à l’aise en tant qu’homme blanc assis sur son trône de dire que si tu portes le niqab c’est que tu es opprimée » (à 5:26 dans la vidéo). Il se refuse donc à interdire même l’inacceptable. Il se montre davantage mal à l’aise de défendre l’égalité des hommes et des femmes que d’interdire ce symbole esclavagiste qu’est le voile intégral. Et il est avocat de profession!

En tant qu’homme, M. Bourget, les femmes s’attendent à ce que vous soyez solidaires de leur lutte pour l’égalité. En tant que Blanc, les autres ethnies s’attendent à ce que vous leur accordiez les mêmes avantages que ceux que nous nous sommes donnés grâce à nos lois civiles séculières. En tant qu’avocat, nous nous attendons à vous voir défendre les fondements démocratiques de ces lois. Mais les intégristes s’attendent à ce que vous teniez le discours que vous tenez.

Les philosophes, sociologues et juristes défenseurs du concept multiculturaliste de « laïcité ouverte » nous ont habitués à des productions intellectuelles d’une navrante médiocrité. Cette fois, on peut parler d’à-plat-ventrisme liberticide révoltant devant l’obscurantisme et l’intégrisme qui paralysent le cerveau et dispensent de penser. Tout simplement pitoyable!

Une pente dangereuse

Au nom du multiculturalisme, les Trudeau et Mulcair nous entraînent dans le même cul-de-sac suicidaire que celui d’où l’Angleterre est maintenant incapable de se sortir. Pour avoir une idée des ravages sociaux et politiques qui minent aujourd’hui la société anglaise, jetez un coup d’œil à cette vidéo d’un défilé où une horde d’enniqabées précédées de leurs maîtres vocifèrent leur haine pour ce pays qui les a accueillis : « UK, Go to hell », « Democracy, Go to hell » ou encore « Behead those who insult Islam ». C’était en 2012, avant que ne débute le djihad de l’État islamique.

Un tel radicalisme n’est pas apparu du jour au lendemain. Il débute avec l’appui naïf de ceux qui lui ouvre les portes au nom du relativisme des valeurs. Il débute aussi avec l’aveuglement volontaire de dirigeants qui se refusent à nommer les choses par leur nom. Le seul radicalisme qui actuellement conduit à la violence est l’islamisme politique. Ne pas nommer les choses, c’est se condamner à faire le mauvais diagnostic. Et un mauvais diagnostic ne peut conduire à un bon remède.