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Oui, le niqab est un enjeu électoral

La palme des citations les plus ridicules de cette campagne électorale reviendra sans doute à la chef du Parti Vert, Elizabeth May, qui déclarait, lors du débat en français, que « le niqab n’a pas d’effet sur le réchauffement climatique ». Donc, c’est un faux débat.

Les garderies, la réduction d’impôt, la constitution canadienne, le sénat n’ont pas d’impact sur l’effet de serre eux non plus et pourtant ce sont des enjeux électoraux. La bourde d’Elizabeth May n’est pas due à sa mauvaise maîtrise du français. Elle était parfaitement capable de dire que d’autres enjeux sont pour elle plus importants. Mais l’effet aurait été le même. Sa réponse révèle en fait qu’elle veut éviter le débat sur le port du niqab dans la société. La veille, en entrevue à Céline Galipeau, elle avait d’ailleurs réduit la question à un fait anecdotique ne concernant qu’une seule personne.

Même Jean-René Dufort, qui s’improvise analyste politique à l’émission Gravel le matin a réduit la question à « une cérémonie à laquelle personne n’assiste ». Misère!

Accepter le niqab signifie que l’on renonce aux droits fondamentaux

Les électeurs ont plus de jugeote que les Thomas Mulcair, Justin Trudeau et Elizabeth May réunis. Même si le débat actuel est directement lié à la cause de Zunera Ishaq — cette enniqabée qui a gagné temporairement le droit de prêter le serment de citoyenneté le visage masqué –, le citoyen moyen comprend très bien que l’enjeu va beaucoup plus loin que ce seul cas.

Accepter le port du niqab en pareilles circonstances signifie qu’on l’accepte partout et par toutes les femmes, y compris les fonctionnaires, policières, juges, médecins, monitrices de garderie, caissières d’épicerie, etc. Accepter une telle chose signifie que l’on enterre la dignité des femmes et le principe de l’égalité des sexes. Accepter le niqab signifie que l’on renonce aux valeurs républicaines qui ont fait de nos démocraties le moins pire des systèmes politiques et celui qui respecte le mieux les droits de la personne. Accepter le niqab signifie que l’on renonce à la notion même de droit de la personne au non d’un nouveau droit fondamental qui serait celui de se vêtir comme on veut n’importe où et n’importe quand.

Affirmer que le niqab n’est pas un enjeu électoral revient à affirmer que les droits des femmes, le droit à une société libre et démocratique, le droit à la liberté de conscience, le droit à l’égalité et le droit à un État laïque qui découle de tous les autres droits ne sont pas des enjeux de société.

Thomas Mulcair a réduit lui aussi le débat à une question vestimentaire. « On ne peut pas dire à une femme quoi ne pas porter », a-t-il déclaré. Ce qui signifie qu’il est, en tant que leader politique, incapable de défendre les valeurs démocratiques et de faire l’éducation du public à la lumière de ces valeurs. Ce qui révèle qu’il est tout aussi incapable d’envisager qu’un État fasse de même et fasse prévaloir les libertés fondamentales sur les préceptes religieux rétrogrades, réactionnaires et liberticides.

Justin Trudeau se fait pour sa part le grand défenseur de la cohésion sociale; interdire le niqab créerait de la division, dit-il. Trop blanc-bec pour comprendre que le niqab est en soi un instrument de division. Le niqab est l’extension du hidjab, ce rideau qui, selon le Coran, doit séparer les hommes et les femmes présents dans une même pièce. Le voile islamique, quelle que soit sa forme (hidjab, niqab, burqa, tchador), impose aux femmes de porter ce rideau de séparation sur leur tête.

Qui aurait envie de voter pour de tels partis incapables de discernement, incapables de se tenir debout devant des idéologies fascistes et d’avoir une position éclairée face à l’intolérable? Heureusement qu’au Québec nous avons le Bloc Québécois. Sinon, il ne resterait que le parti Rhinocéros.

Ce que le citoyen moyen a compris, pourquoi les Trudeau-Mulcair-May ne l’ont-ils pas compris? C’est que tirer sur le fil du niqab mettra à nu les contradictions inhérentes à leur position sur la « laïcité ouverte » qui est en fait une laïcité chimérique.

À la fin des années 90, les militants laïques affirmaient que la normalisation du hidjab allait conduire à la normalisation du niqab. C’est exactement là où nous en sommes, grâce à des leaders politiques sans vision et qui ont perdu leurs repères. Grâce aussi à tous ces défenseurs de la « laïcité ouverte à l’intolérable » qui, étrangement, demeurent bien silencieux par les temps qui courent. Quelle sera la prochaine étape?