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Le revers de la médaille

Je suis complètement flabbergasté.

Après une journée complète (hier) de tournée de plantations, de visites touristiques, de bayous, d'aligators, je reviens, ce matin, des secteurs de Lakeview et du 9th Ward, les endroits les plus touchés par les inondations.

Ce que j'y ai vu restera gravé dans ma mémoire à jamais.

Des voitures empilées les unes par dessus les autres, des maisons complètement emportées par l'eau, des débris à perte de vue, des quartiers complets rayés de la face du monde.

Et à trente secondes de là, tout va pour le mieux.

Façade ou nécessité, les quartiers touristiques fonctionnent parfaitement, tandis que de l'autre bord d'un canal, à un jet de pierre ou presque, il ne reste plus rien.

Sur le mur d'une maison, quelqu'un a "taggé" avec de la peinture : Bagdad.

Sur les façades de toutes les demeures sinistrées, un "X" annonce que l'endroit a été inspecté.

Sous chaque X, un chiffre indique de nombre de morts trouvés dans ces maisons lors de l'inspection. Difficile de ne pas en faire une obsession, de ne pas regarder chacune de ces maisons, chacun de ces sigles, histoire de vérifier… Mais vérifier quoi au juste?

Que nous avons bel et bien une fascination morbide pour ce genre de chose?

Anyway, je comprends mieux, en un sens, l'optimisme des gens d'ici. Ou est-ce de l'inconscience? Non, je ne crois pas. C'est plutôt l'american spirit, le désir, non, pas le désir, le besoin de se relever le plus rapidement possible, de reprendre pied.

Mais cet optimisme est aussi partiellement aveugle. Certains de ces quartiers ne seront pus jamais habitables, quoi qu'on en dise. Et "cela fait partie de devoir de mémoire d'en rendre compte", écrivait le chroniqueur Chris Rose, qui sévit au Times Picayune. Il faut dire l'atrocité de la chose. Il faut se souvenir.

Cela dit, il me faudra quelques heures, voire quelques jours pour décanter tout cela.

Je pars aujourd'hui, je manquerai donc le spectacle de Bruce Springsteen ce soir. Un avion m'attend. Et ma femme, et ma fille aussi, que je prendrai dans mes bras en arrivant, en pensant à ces chiffres sur les maisons. En pensant à la mort et à la désolation qui, pour chacune de ces personnes évincées, endeuillées, va bien au delà de l'indécence et la froideur des statistiques.