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Manu Chao, proxima estacion: la bomba

MANU CHAO : .
Photo: David Cannon

Une, deux, trois, quatre… Douze pages remplies de gribouillis dans le carnet. Tellement vu de choses pendant ce concert de Manu Chao. Et tellement à dire sur cette performance impeccablement rodée, le pied au plancher de la première à la dernière note.

Les gens, on y reviendra. Parlons d'abord musique.

Ça commence comme un orage. Bedang, ça vous tombe dessus sans avertir. Les percussions qui tuent, la guitare qui déchire, la basse qui vrombit. Le petit homme de 46 ans déboule sur scène, le feu dans les yeux, des cucarachas dans les baskets.

Et hop, ça bifurque vers une ballade aux accents caraïbéens qui grossit, enfle, puis vire à la pétarade world-harcore, latino-punk, appelez cela comme vous voudrez.

C'est le pattern qu'emprunteront la plupart des chansons et, même si c'est parfois agaçant, faut s'incliner: tout cela est diablement efficace, conserve l'excitation du public intacte, alimentant brillamment la fébrilité, gardant tout le monde sur le bout des orteils.


RADIO BEMBA SOUND SYSTEM : .
Source: Vos photos du Festival d'Été de Québec
Photo: David Cannon
 

Le ventripotent bassiste, torse nu, ressemble au beau-père de Demetan. Il prend les contrôles d'un euphorisant reggae-dub, vaguement speedé.

L'écho du dub, les couilles du mambo, le buzz du reggae, l'attitude mi-punk mi-baba, tout se fixe dans l'honnêteté, la franchise qui émane de la scène, mais surtout dans la qualité d'une performance en même temps soignée qu'elle apparaît libre et par moments carrément débridée.

En théorie, tout ce métissage est tellement improbable qu'on n'y croit pas. Mais à son dernier passage, on avait bien été obligé d'avouer que l'ex-Mano Negra sait y faire, s'entoure magnifiquement, et donne chaque seconde de spectacle avec l'énergie du footballeur qui doit marquer le point gagnant à quelques minutes de la fin d'un match de finale de coupe du monde.

Le monde, les gens? C'est n'importe quoi. Un hippie qui porte un t-shirt de Butthole Surfers (!!!!), des mononcles et des matantes, mais principalement de jeunes adultes, tous genres confondus dans une masse qui vibre, le sourire contagieux qui leur barre tous la gueule.

François, lui, en est à sa première visite au Festival d'été. Il arrive tout juste de Gaspé, où il vit. Travaille comme forestier, arbore la barbe style Cowboy Fringant. On ne se surprend pas une seconde quand il dit qu'il reviendra sans doute plus tard la semaine prochaine pour le show de Tryo et de La Rue Kétanou. Lui, par ailleurs, ne comprend pas trop quand on lui dit qu'on hayyyit Tryo et La Rue Kétanou.

Partout autour, ça danse comme au Rainbow. Un gars avec l'allure d'un guide de rafting se prend pour une prêtresse vaudou, une vieille baba qui a l'air d'une survivante de la famille Von Trapp s'adonne à d'étranges incantations. À côté d'eux, le bonhomme en imper Adidas parait d'abord agacé par tout ce tremblement. Il ne lui faut qu'une minute ou deux pour céder et se dandiner à son tour.

On a l'impression d'assister à une sorte de festival de la danse nuptiale. Partout, les garçons gigotent comme des zouaves pour suivre les filles qui ondulent, les yeux fermés.

La météo? C'est comme nager dans un lac. Des poches de chaud, des vagues de froid.

Une anecdote? Des amies cherchent une toilette ou la file fait moins de 20 personnes. Elles montent vers la tente des invités spéciaux. Elles ont un laisser-passer VIP. Savent pas trop si elles peuvent y aller ou non. La veille, dans la tente SAQ, il n'y avait pas de problème. Mais ici, c'est pas seulement VIP, c'est Very very very important people.

Le gardien de sécurité se la joue. Pas de bracelets? Votre place, c'est en bas, indique-t-il avec mépris en pointant en bas de l'escalier.

Sérieux, où allez-vous les pêcher ces connards qui n'attendent que l'occasion pour se faire un power trip?

On revient au show qui, si on déplore qu'il multiplie inutilement les rappels, poursuit son intoxication sur le public dont la rumeur est devenue clameur.

MANU CHAO : .
Photo: David Cannon

"L'espoir", il y a toujours l'espoir, hurle Chao. De l'éducation, la santé, du travail pour tout le monde, réclame-t-il. C'est simple, voire simpliste, mais dans la bouche de Chao, ça donne envie d'y croire.

Il revient saluer son public une dernière fois. Le regard complètement allumé, comme halluciné par l'énergie déployée collectivement, c'est la transe.

D'ailleurs, quand ça se termine, tout le monde a l'air groggy dans la foule aussi, fin de la célébration, de la communion.