BloguesDenis McCready

Le prestidigitateur

Une règle fondamentale de la magie, c’est d’amener le spectateur à regarder ailleurs pendant que le magicien fait le geste nécessaire pour créer l’effet désiré et mystifier l’audience.

Quand on regarde un magicien, on accepte le jeu, mais on ne peut s’empêcher d’observer avec encore plus d’acuité au cas où on attraperait quelque chose qui nous révèlerait le truc.On se fait avoir et on rit de bonne guerre.

Normalement, les magiciens respectent la règle #1 qui est de ne pas révéler la mécanique des tours de magie, afin de garder le mystère et préserver le secret professionnel. Malgré cela, c’est une transgression à la mode depuis quelques années pour certains magiciens de montrer des petits trucs, mais il ne révèlent jamais de gros morceaux, surtout ceux de leurs collègues car ces artistes ont investi temps et argent à monter un numéro. Hors en politique, ça devrait être exactement le contraire.

Il est donc temps de révéler les trucs des partis politiques, les petits tours de passe-passe, les paillettes, poufs de fumée et mouchoirs à compartiment.Le site http://liberaux.net/ est un bon début.

Le PLQ va parler de frais de scolarité pour polariser le vote. Ça l’aide dans plusieurs circonscriptions. Et il va parler d’emplois. Au Québec, il semble que le sens critique est soudainement suspendu quand on entend le mot « emploi ». Une formule magique pour nous endormir. Le Plan Nord sous le régime minier actuel est une trahison du bien commun pour le profit des corporations privées et étrangères.

Le PQ et certains parties souverainistes vont sortir la sempiternelle promesse que l’indépendance du Québec va tout régler, mais cette formule magique ne peut rien accomplir sans un solide projet de société qui doit inclure notre souveraineté minière, énergétique, alimentaire et aquifère. Je peux travailler quotidiennement à protéger ma langue et ma culture, mais, seul, je ne peux pas protéger les vastes territoires du Nord contre le pillage à grande échelle.

On m’a souvent fait la remarque que mes positions politiques sont curieusement « indépendantistes » bien que je ne prône pas la souveraineté du Québec comme moyen. C’est que je souhaite un meilleur contrôle de nos réserves* naturelles, de meilleures redevances pour l’État et de meilleures conditions pour nos agriculteurs. Nous sommes en pleine course mondiale aux ressources et le PLQ se comporte comme un vendeur d’eau qui ne ne soucie pas de vider son puit pour une poignée de change. C’est stupide et ça sert les intérêts des corporations, pas ceux des citoyenNEs du Québec. Une approche clientéliste qui un jour sera jugée pour ce qu’elle est : de la haute trahison.

Ce qui nous amène à la question que l’on doit se poser pour tous les partis politiques.

Qui est leur réel client?

Pour le prestidigitateur Jean Charest, ce n’est pas le spectateur dans la salle, son bilan au pouvoir démontre que c’est l’étranger en coulisse qui vide notre grenier pendant que nous applaudissons, obnubilés comme des enfants.

C’est ça l’enjeu de la campagne actuelle, pas les frais de scolarité.

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* J’utilise maintenant l’expression « réserve », une suggestion de Duane Boisclair, écopédagogue qui travaille avec moi sur un projet de documentaire sur le fleuve St-Laurent, parce qu’une réserve c’est non-renouvelable, une ressource ça se renouvelle si on en prend soin. Ainsi, les mines, le pétrole, le gaz sont des réserves naturelles non-renouvelables – une fois exploitées et vendues, nous serons vidé de nos réserves. L’eau, le bois et les terres cultivables sont des ressources naturelles – avec une saine gestion, elle peuvent enrichir des générations à venir.