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BloguesDenis McCready

Aveu d’impuissance

J’ai écrit ce texte ce matin à 8h en me levant. J’ai l’habitude de laisser décanter un peu avant de mettre un blogue en ligne. Après révision je n’ai ajouté que deux mots : (ou Ottawa). 

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Entreprendre l’exploration de sa spiritualité est comme entrer dans une forêt sans boussole. Le risque de se perdre dans le labyrinthe des arbres et de tourner en rond sont grands et les elfes, farfadets et autres créatures sont autant de sirènes terrestres qui peuvent mener tout droit aux récifs de la folie.

 

Il y a une raison pour laquelle plusieurs systèmes de pensée ont dans leur structure un guide, habituellement un sage, une personne plus vieille, plus expérimentée. Elle est passé par là avant nous. Elle ne fera pas le voyage à notre place, mais elle peut être d’une aide inestimable pour éviter de se perdre, de se tordre une cheville ou de tomber dans un ravin.

 

L’homme qui rejette son guide est habituellement victime de son égo, de son impatience ou c’est la signe qu’il ne cherche pas dans la bonne forêt. Ça mène habituellement à un découragement, la perte des illusions ou la spirale de la fuite en avant dans un geste de folie pour tenter de sortir du labyrinthe dans lequel il s’est lui-même placé.

 

La conviction est une drogue puissante, encore plus lorsqu’elle tourne en rond comme une boucle de rétro-action qui se nourrit elle-même en amplifiant les extrêmes de notre état. En termes technique, on appellerait ça un mauvais feedback. On a tous déjà entendu un micro attraper le son d’une enceinte acoustique et le bourdonnement strident qui s’en suit. Se perdre dans la folie de sa conviction sans guide, ou y être poussé par un leader manipulateur, ressemble essentiellement à un feedback sonore. Tant qu’on n’arrête pas la rétroaction, le cercle vicieux de la pensée tourne sur lui même, et monte en spirale vers un seul bruit mental, un son qui prend la place de tous les autres sons autour de soi.

 

Avouer d’être perdu pour un homme est très difficile. L’égo se met dans le chemin, il y a ensuite la pollution des idées qu’on nous a inculquées par l’exemple, par la télé, le cinéma et la propagande. La peur d’être jugé comme une personne faible est là, comme un vertige. La vrai bêtise est de ne pas demander son chemin et de continuer de tourner en rond jusqu’à l’abdication.

 

Vouloir ressembler à un héros qu’on a vu sur Internet est probablement une des plus grandes stupidités qu’un homme peut commettre, surtout s’il a développé une haine pour sa société de consommation et de capitalisme sauvage puisque le propre de cette société est de promouvoir des désirs que nous n’avons pas, en nous bombardant de propagande via la publicité. Se laisser influencer par des djihadistes faussement musulmans sur Internet en réponse au méfaits du capitalisme est l’équivalent de changer de canal à la télévision tout en prétendant avoir trouvé la vérité, alors qu’on ne fait que manger d’une autre propagande publicitaire. Celle-ci plus meurtrière à court terme que le suicide lent des produits qui polluent notre corps et engourdissent notre esprit.

 

L’homme qui est perdu au fond de lui même, qui est devenu imperméable aux appels de sa famille et de ses amis et qui refuse de reconnaitre qu’il a besoin d’un guide pour se sortir du labyrinthe finira toujours par poser un geste extrême, comme si d’un seul coup il pouvait se sortir du cul-de-sac dans lequel il est. On ne peut pas enjamber une montagne d’un seul bond. L’impatience et la frustration obscurcissent le jugement et la même boucle de feedback qui nous a mis dans le pétrin finit par nous faire abandonner toutes les solutions possibles, des solutions vivantes et donc faillibles, et ne conserver que celle dont on sait qu’elle ne peut pas échouer: la mort.

 

Nul ne peut vivre sans avoir à l’occasion besoin de l’aide des autres. La famille, les amis, la société forment un filet déployé en cercle autour de chacun. Parfois les mailles sont trop grandes et le filet en échappe. C’est impossible d’attraper tout le monde, mais on doit prendre conscience collectivement de l’état de notre monde et travailler ensemble à le changer sinon le nombre de personnes qui s’aventureront sans guide dans son labyrinthe ira en grandissant. Tous ne poseront pas un geste de violence comme celui de St-Jean-sur-Richelieu (ou d’Ottawa), mais si on reste assis à ne rien faire alors que toutes les sonnettes d’alarme hurlent autour de nous, nous serons tous perdus.

 

Seul face à cette tâche titanesque, je ne suis qu’un goutte d’eau dans l’océan. Si nous travaillons ensemble, nous devenons l’océan, nous sommes ce qui façonne les continents et les montagnes.

 

Seul je ne suis rien. Ensemble nous sommes ce qui est.