BloguesLe blogue de Frédéric Bérard

DALILA, BAÎLLON, MAILLOUX

J’admets d’emblée mon biais : Dalila Awada est une très bonne amie. Excellente, même. Pis encore, je suis un des quatre co-rédacteurs du Manifeste pour un Québec inclusif, lequel s’opposait avec vigueur au projet de Charte des valeurs de feu ministre Drainville. Alors voilà. Pas la peine de crier au meurtre ou de l’inscrire dans les commentaires post-chronique, mon parti pris est ici même divulgué.

 

Par conséquent, je fais fièrement partie de ceux qui, aux dires de Djemila, s’affichent en tant « qu’idiot utile ». De ceux qui, obnubilés par les chants vertueux du multiculturalisme à la Trudeau, peinent à constater l’islamisation de Montréal, la percée de l’intégrisme musulman dans nos garderies et autres SAQ.  De ceux qui critiquent Janette Bertrand pour avoir affiché haut et fort son racisme assumé (« je ne voudrais pas me faire soigner par une musulmane de crainte que, dans sa religion, on laisse partir les femmes d’abord »). De ceux qui ont pratiquement vomi en voyant le PQ instrumentaliser ces mêmes propos en trainant Janette dans l’autobus de campagne, visant quelques votes supplémentaires auprès d’une clientèle électorale frileuse en matière d’immigration. De ceux qui sont encore ébahis par les propos d’une autre Janette, Denise Filiatrault : « les femmes musulmanes sont toutes des christ de folles et se maquillent comme des clowns ». De ceux qui peinent encore à comprendre aujourd’hui comment le PQ a toléré que des individus aux propos de type Front national se soient portés candidats, sous sa bannière, aux dernières élections. De ceux qui, tout récemment, dénonçaient à titre posthume les manigances crypto-juridique de Bernard Drainville aux fins de législation pro-malaise-anti-foulard (voir ma chronique « Menteur, en plus », https://voir.ca/frederic-berard/2014/05/21/menteur-en-plus/).

 

Bref, de ceux-là. Idiot, donc, mais pas assez pour ne pas se réjouir d’être qualifié d’utile par ces mêmes porteurs de mauvaise nouvelle.

 

De ceux aussi qui, imaginez-vous, encourageaient et encourage toujours Dalila à porter plainte aux flics, à tenter de faire cesser l’intimidation à son endroit.  De faire en sorte qu’une citoyenne modèle, engagée et sociologue, puisse fréquenter un cocktail sans se faire demander, menace dans la voix « Toi, c’est ton père ou ton frère qui te bat ? ». Pas de farce. De faire cesser les stéréotypes encouragés, sans subtilité, par le gouvernement précédent.  D’assurer sa sécurité, ultimement, de stopper les menaces de mort à son endroit et à l’égard de sa famille.

 

De ceux enfin qui ont applaudi avec vigueur au dépôt de la poursuite en diffamation à l’encontre de Poste de veille, ses sbires et surtout Louise Mailloux.

 

Celle-là même qui a comparé le baptême au viol. Celle-là qui, malgré les études à l’effet contraire du ministère de la Justice et du Rapport Bouchard-Taylor, persiste à faire croire à l’existence d’une taxe cachère. Celle-là même qui se portait tout récemment candidate pour le PQ, sous la bénédiction (pardon) de Marois et Drainville, lesquels entérinaient les propos de Mailloux du fait qu’il s’agissait ici d’une « supporter de la Charte des valeurs ». Celle-là même qui profite d’une notoriété accrue (le PQ avait désespérément besoin de porte-parole) pour asseoir l’idée d’un nouveau contrat social reposant sur la crainte de l’Autre, le stéréotype, l’ostracisme religieux, la division. Enfin, celle-là même qui qualifiait, sans preuve aucune, Dalila de « manipulatrice à la solde d’intégristes musulmans ». Aucune preuve à l’appui, donc, sinon des insinuations de type cour d’école primaire, du crime par extrême association, du dégobillage raciste et caricatural classique.

 

De ceux qui, même si apôtre (pardon encore) indéfectible de la liberté d’expression, considèrent tout de même qu’une société libre et démocratique peut, voire doit, assurer certains paramètres à l’exercice de celle-ci, histoire d’éviter les dérapages haineux, la propagande répudiant une minorité ou une autre.

 

De ceux qui sont à l’aise avec les arrêts Keegstra et Lucas, où les propos éhontés sur les Juifs (« cupides, pervers, menteur, etc. ») ont été qualifiés de propagande haineuse et diffamatoires par la Cour suprême, celle-ci validant du même coup la constitutionnalité de ces dispositions du Code criminel. La Cour précise du même coup les limites à la liberté d’expression : « Le législateur a reconnu le préjudice réel pouvant découler de la propagande haineuse et, cherchant à empêcher que des membres d’un groupe cible en souffrent et à réduire la tension et peutêtre même la violence raciale, ethnique et religieuse au Canada, a décidé d’éliminer la fomentation volontaire de la haine contre des groupes identifiables.  L’objectif du Parlement est appuyé non seulement par les travaux de nombreux groupes d’étude, mais aussi par notre connaissance historique collective des effets potentiellement catastrophiques de la fomentation de la haine. »

 

De ceux qui croient qu’une responsabilité, un corollaire, s’attache du fait de la liberté d’expression : celui du « fair comment ». Une opinion, aussi tranchée soit-elle, doit relever minimalement des faits, non pas de lubies propagandistes et souvent idéologiques.

 

De ceux qui ont ri à gorge déployée en entendant Mme Mailloux brailler à la poursuite-bâillon, comparant implicitement le combat de Dalila pour une existence non haineuse et de tolérance à celui des multinationales, genre pétrolières, visant à étouffer, de manière utilitaire, toute critique à l’endroit de leurs projets souvent peu cachères (re-pardon).

 

De ceux qui, ce matin, ne rient plus après avoir vu que le PQ, sous la poussée de Djemila et Drainville, accorde un appui unanime à Louise Mailloux.

 

De ceux qui considèrent parfaitement inapproprié l’intrusion d’un parti politique à même un débat désormais judiciaire, qui trouvent pour le moins odieux de mettre l’entièreté d’une machine partisane afin d’écraser une jeune citoyenne de 25 ans visant à obtenir simple réparation, conformément au droit applicable.

 

De ceux qui se demandent si le PQ appuierait toute autre cabale relative à l’exercice absolu de la liberté d’expression, celle des André Arthur ou Jeff Filion, pour seuls exemples.

 

De ceux qui se questionnent à savoir si la « solidité » de la cause de Louise Mailloux est confirmée par les mêmes avis juridiques imaginaires de Drainville.

 

De ceux qui pensaient que les esprits sains (pas de « t ») de ce parti, ceux-là qui sortent en masse depuis la dégelée électorale pour se dire en défaveur, depuis le début, du projet de Charte, auraient appris la leçon.

 

De ceux qui croyaient s’installer une paix sociale quelconque, un répit pour la minorité musulmane québécoise, surtout ses femmes.

 

De ceux qui sont d’avis que le vrai bâillon pour la démocratie, le contrat social, le vivre-ensemble, l’État de droit, ce n’est pas Dalila, mais bien les Louise Mailloux et ses appuis politiques en ce monde.