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BloguesLe blogue de Frédéric Bérard

Deux innocents en Écosse des tartans: Le Jour J

Edimbourg est sereine. Plusieurs s’habillent grand chic pour aller voter. Genre messe de minuit. D’autres passent au pub du coin, avant. Et après.

Calme plat. Depuis notre arrivée ici, force est de constater que les médias s’excitent davantage que les Écossais eux-mêmes. Idem pour les Québécois sur place, nombreux.

Petit rassemblement sympathique, hier soir. Plein d’indépendantistes du Québec qui appuient le YES. La Société Saint-Jean Baptiste. D’ex-ministres du gouvernement précédent. L’attachée de presse de…Drainville. Voyez le genre. D’autres. L’ami Fortier du Devoir nous y invite. D’accord.

D’aucuns sont enthousiastes. Drapeau fleur de lys en main. Le YES l’emportera, nul doute. Si vous le dites.

Moi : Et en serait l’impact pour le Québec ?

Un indépendantiste enthousiaste : Majeur !

Moi : Et pourquoi ?

L’indépendantiste enthousiaste : Parce que c’est la preuve que les peuples peuvent encore se libérer !

Moi : Eh ben.

L’indépendantiste enthousiaste : Je te dis, ce sera un modèle pour le Québec !

Moi : D’accord.

L’indépendantiste enthousiaste : La fraternité entre peuples bientôt indépendants, t’imagines ?

Moi : J’imagine, oui. Mais dis, je comprends que vous allez ainsi faire un copier-coller du processus Londres-Édimbourg ?

L’indépendantiste enthousiaste : Absolument ! C’est la clef ! Fini la confusion !

Moi : Donc vous laisserez Ottawa collaborer à la rédaction de la question ?

L’indépendantiste enthousiaste : Ah ben non ! Es-tu fou ? C’est un privilège de l’Assemblée nationale, ça ! Ottawa a rien à voir avec le processus !

Reste que la soirée fut plutôt sympathique. Même les ex-ministres architectes directs ou indirects de la Charte des valeurs, c’est dire. PKP devait s’y présenter, avant de changer d’idée. Dommage. Edimbourg, nouveau Caya Coco des indépendantistes, de dire Journet, ce matin. Pas mal ça.

Mais les Écossais, là-dedans ? Calmes, sereins, relaxes, disais-je. Ils en parlent à peine. Le gros et dernier rassemblement du YES, hier, a attiré…300 personnes. Est-ce à dire que le NON l’emportera facilement ? Pas du tout. Au contraire, même. À vrai dire, tous s’entendent ici pour dire que la campagne de Cameron et cie fut, pour tout dire, catastrophique. La forte avance initiale a fondu comme neige à Cuba. Le OUI, en l’espace de la dernière année, est passée de 33% à quasi 50%.

Pour tout dire, la campagne du NO, fondée sur la crainte et maintenant la panique, fait vraisemblablement sienne l’argumentaire de mon’oncle Jean-Guy : si vous votez YES, vous perdrez vos jobs. Pis vos pensions. Pis la monnaie. Pis le scotch (celle-là vient de moi). Mais voyez le genre. De quoi faire rêver. De quoi rendre davantage sexy l’appartenance au Royaume-Uni. De la vision, du rêve, quoi.

Pour sa part, le YES, bien que calmement, balance des arguments porteurs, sentis, inclusifs, rationnels. Une campagne cool. Une rhétorique défendable.

Donc c’est ça. À l’heure d’aller sous presse (façon de parler), le YES était très légèrement en-deçà de la barre du 50% magique. Mais avec la répartition des indécis, et malgré la traditionnelle « prime à l’urne » pour le camp du NO, tout est possible. Vraiment.

Les résultats seront dispos vers 6-7 du mat, heure d’ici. La nuit sera longue. Et excitante. Peu importe ta décision, merci, Écosse.

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