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#TenirTête

C’est le titre et le mot-clic de l’événement littéraire de l’année au Québec. La réflexion sous forme de bilan de la grève étudiante et de la crise sociale et politique qu’elle a entraîné dans son sillage en 2012, proposée par une des figures les plus emblématique de cette grève: Gabriel Nadeau-Dubois. L’ex porte-parole de la CLASSE semble avoir la plume aussi vive que son sens de la répartie aujourd’hui fort connu.

Les entrevues proposées par Le Devoir et le Huffington Post pour la sortie de son livre sont très intéressantes. L’homme réfléchi et franc qu’est GND (à 23 ans) frappe fort. Il insiste sur l’importance de la propagande de certains médias qui, à la solde des puissants, ont dérapé dans toutes les insultes et les exagérations pour qualifier le mouvement étudiant qui se levait alors. Il rappelle les dérapages policiers, judiciaires, politiques, médiatiques, autour d’un mouvement essentiellement démocratique, qui n’avait rien de dangereux si tant est qu’on était de bonne foi et responsable, c’est-à-dire pas le boutefeu démagogique et dangereux qu’a été Jean Charest et son servile engin du pouvoir qu’est le Parti libéral du Québec.

C’est la démocratie québécoise et l’un de ses laboratoires les plus porteurs qui a été attaquée par le gouvernement libéral de l’époque. La jeunesse des acteurs et l’échelle à laquelle se joue la démocratie étudiante devraient inciter tout démocrate à traiter cette forme associative avec respect. Le gouvernement libéral a plutôt choisi de traiter cette jeunesse articulée qui offrait une vision cohérente de la société en terroriste. Il a même poussé le bouchon en utilisant tous les leviers de l’État et tous ses réseaux pour briser ce mouvement, en le violentant et en cherchant à le tuer littéralement. C’est grave.

Les injonctions, la loi spéciale, la violence policière cautionnée ou encouragée, le profilage politique, tout ça ne sont pas des légendes… Ce sont des dérives autoritaires, cautionnées par des médias fort complaisants et avalées par des citoyens endormis.

Il est temps que dans certains cercles, on cesse de diaboliser Gabriel Nadeau-Dubois et qu’on le lise. Deux extraits pour en témoigner :

«On a ainsi découvert, au printemps 2012, qu’ils étaient nombreux ceux qui estimaient que la démocratie se réduit à une procédure privée et passive : voter en secret et de préférence pas trop souvent, tout au plus une fois tous les quatre ans. Dans cet esprit, le scrutin électronique – soit la possibilité de voter nu dans l’intimité de sa chambre à coucher, à l’abri de toute rencontre avec l’autre – serait l’acte citoyen par excellence».

(…)

«Cette grève, avec ses assemblées et le mouvement des casseroles qui en a été le sommet, a été la meilleure école d’engagement politique que l’on puisse imaginer. Elle aura, je n’en doute point, mieux servi les mœurs démocratiques que ne l’auront fait les libéraux, leurs bailleurs de fonds et leurs meneuses de claques médiatiques».

Gabriel Nadeau-Dubois – Tenir tête, pages 59 et 65