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Savoir de quoi on parle

Dans la foulée de mon billet précédent, j’aimerais dire aux pourfendeurs de l’islam qui mêlent tout de se donner le droit au silence et d’aller lire quelque peu (1).

Dans le fameux débat sur la Charte… de la laïcité, le porte parole libéral Marc Tanguay, ne savait pas vraiment de quoi il parlait lorsqu’il parlait du tchador, ce vêtement qui, par ses caractéristiques et par ce qu’il représente comme outil politique et contrainte personnelle, relève bien plus d’une idéologie qui opprime la femme, que le simple voile, le hidjab (2). C’est probablement parce que comme plusieurs, Marc Tanguay ignore la différence entre le hidjab et le tchador. Comme il ignore sans doute la différence entre le mot «islamique» et le mot «islamiste».

C’est cette double ignorance qui a fait que Fatima Houda-Pépin sorte de son mutisme pour condamner le relativisme niais de son parti et de son chef Philippe Couillard. Voici un petit lexique pour ceux qui, comme Marc Tanguay, Jean Allaire et tant d’autres, méconnaissent grandement le monde musulman, qui est d’ailleurs loin de se limiter au monde arabe, lui-même recouvrant des réalités fort différentes…

Le hidjab est ce simple foulard qui couvre la tête sans cacher le visage. Je remarque qu’il est de plus en plus porté serré tout autour du visage par les jeunes filles, mais je sais que ce simple foulard est porté pour une multitude de raisons, et que partout, en terre musulmane ou non, on le porte de différentes façons, souvent de manière assez relâchée.

Le tchador est une robe ou un large voile islamique, qui enveloppe le corps et la tête, en laissant le visage à découvert. Il est encombrant, uniforme et doit enserrer le visage, comme s’il enfermait véritablement la femme sous une cape noire et malveillante.

Contrairement au hidjab, le tchador impose une tenue stricte et homogène. En aucun cas il ne peut être porté de manière différente, il vise à éliminer le droit à l’originalité et à la coquetterie, donc le droit à l’individualité pour la femme.

Mais cette absence de nuances dans tout ce débat sur le voile repose sur une confusion qui est plus profonde : le mot «islamique» pourrait se définir par ce qui relève de l’islam, c’est-à-dire de ce qui provient de la religion musulmane. Le mot «islamiste» renvoie lui à ce qui relève de l’islamisme, cette idéologie politique que l’on associe souvent aux Frères musulmans, organisation fondée en 1928 par Hassan Al Banna au Caire, ou encore à l’islamisme révolutionnaire des Ayatollahs qui ont pris le pouvoir en Iran en 1979.

Le premier islamisme serait donc plus répandu dans les pays arabes de confession sunnite  – après l’Égypte, on peut dire que depuis la décennie 1980, c’est l’Arabie saoudite qui est le pôle principal de cet islamisme en exportant sa conception officielle, le wahhabisme – et le second dominerait dans les pays musulmans chiites – ici, c’est l’Iran, qui n’est pas un pays arabe, qui en serait le pôle. Ces courants de l’islamisme partagent une vision rigoriste de la religion, où le rituel stricte doit être pratiqué par tous, mais dans lequel les victimes premières sont surtout les femmes…

Si on comprend un tant soit peu le vocabulaire ci-haut évoqué (même si c’est plus compliqué que cela), on comprend que l’on pourrait dire que le hidjab est un foulard islamique, parce qu’il relève de l’islam comme religion. Alors que le tchador, comme le niqab et la burqa, relèvent de l’islamisme, de cette idéologie politique fondamentaliste qui cherche à prescrire les règles de la vie individuelle et collective par des rituels religieux strictes interprétés par une école coranique sévère et obscurantiste, qui refuse le dialogue avec la science, les droits de l’homme et la démocratie.

Voilà quelques distinctions qui permettent peut-être de comprendre que Fatima Houda-Pépin avait tout-à-fait raison de «sauter sa coche» contre l’ignorance et le manque de perspective des porte parole libéraux…

 

P.S Lisez les commentaires, le débat se poursuit…

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(1) Avant de rompre le silence, je suggère au minimum à ces ignorants trop peu nuancés qui font trop de bruit, de lire au minimum Abdou Filali-Ansary, Olivier Roy ou Alain Roussillon, tous spécialistes de la pensée islamique contemporaine et de l’islamisme comme idéologie.

(2) Certains me reprocheront d’ignorer que le simple voile doit aussi être considéré comme un instrument de l’islam politique, donc de l’islamisme. C’est vrai, mais ce n’est pas les cas pour plein de femmes qui le portent pour des raisons personnelles qui sont très éloignées d’un projet politique aussi radical…