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Trudeau et l’appropriation culturelle

L’actualité politique nous ramène souvent ces images ironiques, ces anecdotes en apparence superficielles mais aussi révélatrices de quelque chose de plus profond. La photo datant de 2001 de Justin Trudeau «déguisé» avec un «brown face» qui a refait surface cette semaine en est un exemple.

Simon Jodoin a tweeté : «Qui vivra par le déguisement périra par le déguisement. » – Épître aux Canadiens, chapitre 1, verset 1.»

Elle est excellente.

Justin Trudeau est en effet un homme qui aime se déguiser. En environnementaliste, en acteur disposé à respecter le Droit international, en se disant sensible à la cause autochtone, etc. Pourtant, le gouvernement de Justin Trudeau favorise l’expansion des sables bitumineux au mépris des premières nations et d’une saine évaluation scientifique et environnementale; pourtant, le gouvernement Trudeau n’ose pas critiquer le gouvernement d’Israël pour ses dérives expansionistes (sic) ou encore il se permet de vendre des armes à l’Arabie saoudite!  On nage dans les apparences, dans la dichotomie entre l’image et les réalisations.

Cette duplicité était l’angle d’attaque des conservateurs d’Andrew Scheer. Le problème est que le PC diffuse des fausses nouvelles (de vraies fake news!) pour chercher à discréditer le PLC de Trudeau. Ce qui les discrédite à leur tour. Or, suffisait de dire la vérité crue: Justin Trudeau est le symbole de l’appropriation culturelle et de ses caractéristiques: superficialisation des différences culturelles, sans qu’il n’y ait par ailleurs de conséquences politiques notables à la reconnaissance ainsi faite.

Revenons à l’appropriation culturelle et à Trudeau. Rappelons que celle-ci implique des rapports de domination d’une culture sur une autre, dans un contexte où un individu issu d’une culture historiquement dominante s’approprie (utilise à mauvais escient ou sans connaître le sens ou les implications) ou commercialise des éléments reconnus d’une culture historiquement dominée. Trudeau ne pratique-t-il pas cela à l’endroit du fait français au Canada et à l’égard du Québec ? Et à propos des Nations autochtones? Et envers les gens issus du sous-Continent indien?

Justin Trudeau et en bonne partie le trudeauisme dont il est le garant d’une certaine orthodoxie ou au mieux une descendance, pourrait être entrevu comme l’incarnation même de la valorisation superficielle des différences : la politique canadienne du multiculturalisme telle que comprise et appliquée au Canada favorise aussi cette dérive folklorisante. Le Canada n’a pas de culture, il est composé de toutes les composantes d’une grande mosaïque bonententiste qui cache mal ses intentions post-coloniales. La chanson officielle en français google translate de la campagne libérale en serait une autre illustration par l’absurde. Et si aucune mesure concrète pour répondre aux différentes commissions portant sur les Nations autochtones n’aboutit dans un avenir rapproché, on rajoutera alors une couche à la duplicité de M. Trudeau.

Se déguiser en ressortissant de l’Inde lors d’une visite officielle en Inde, ou se faire un brown face lors d’un party de bureau en 2001, ce n’est pas bien grave, mais ça illustre en quelque sorte quel est le rapport à la différence entretenu par Justin Trudeau et l’idéologie de son père devenue officielle au Canada depuis 1982. Pour parler comme Charles Taylor, adversaire de la vision trudeauiste du Canada (du moins à une certaine époque), c’est comme si le libéralisme des droits était incapable de reconnaître la diversité profonde qui l’habite.

Dans le Canada des Trudeau: le français est reconnu, mais pas la territorialité des langues, ni la culture québécoise comme une des cultures d’accueil et d’intégration. Les rapports du Commissaire aux langues officielles sont les mêmes d’années en années: le français au Canada devient de plus en plus un français de boites de céréales… Un traduidu pour parler comme Gérald Godin. Là où le pays est bilingue, c’est là où les francophones sont nombreux. Dans le Canada des Trudeau, les différences culturelles sont valorisées, mais transformées en clientèles électorales chaudement disputées, au détriment d’une culture publique commune susceptible de favoriser des mises en commun et une solidarité transversale…

Le malaise ressenti par certains autour de cette photo est par ailleurs distordu par l’introduction récente du concept (flou par ailleurs) d’appropriation culturelle. Je ne blâme pas Justin Trudeau de s’être déguisé de cette manière en 2001, je le blâme de se déguiser dans toute sa gouverne. Justin Trudeau n’est pas environnementaliste. Justin Trudeau perpétue – consciemment ou non – les politiques héritières de l’histoire canadienne qui, lentement mais surement, banalisent la différence québécoise dans le grand tout canadian.

C’est Justin Trudeau qui est dévoilé. Qui triomphera par l’image périra par l’image!