Ne manquez rien avec l’infolettre quotidienne.
BloguesLe voisin

USA 2020: prédictions sentimentales

Dans le billet précédent, je prédisais un affrontement Warren/Buttigieg vs Trump/Pence pour les élections présidentielles des États-Unis en 2020. Ceci implique 2 prédictions:

1: qu’Elizabeth Warren triomphe au sein du parti démocrate des USA lors du (long) processus des élections primaires, qui auront lieu dans chacun des 50 États de janvier à juin 2020. Les primaires se tiennent séparément pour chacun des partis, donc si une réelle figure émerge au sein du parti républicain pour contester Trump… nous aurons des primaires républicaines ET peut-être, une destitution prononcée par le Sénat!

2: C’est la 2e partie de ma prédiction: Trump ne sera pas destitué…essentiellement parce qu’il réussira à gagner du temps par son refus de collaborer aux enquêtes ou parce que les poursuites judiciaires entraînées dans la foulée de ce soap politico-comique que je nomme Trump TV se rendront même jusqu’à la Cour suprême, qui s’en remettra au peuple par la tenue «normale» d’une élection, telle que prévue par la constitution, soit ce mardi suivant le premier lundi de novembre de 2020. On aura donc une grande finale spectaculaire… Trump sera candidat en 2020 (Républicain ou indépendant? voilà une question laissée en suspend!).

D’abord, pourquoi le tandem Warren/Buttigieg? À force d’écouter les divers candidats, tant dans leurs propositions que leur personnalité et leurs parcours, j’en viens à la conclusion que Warren est une des candidates les plus à gauche sur le plan des politiques sociales et de l’environnement. Warren est une bonne pédagogue: elle propose de taxer les riches, elle insiste sur la nécessité et la simplicité d’un système d’assurance-santé public… Bien sûr, Bernie Sanders incarne davantage celui qui «donnerait un coup de pied dans le nid de guêpe»… C’est pourquoi je me dis que s’il avait été le candidat officiel des démocrates en 2016, il aurait battu Trump. Hillary Clinton, malheureusement, était la pire candidate à opposer à un populiste égocentrique comme Trump…Mais je pense tristement que Bernie (et le Parti démocrate) a raté sa chance en 2016. Son état de santé actuel deviendrait un boulet en 2020.

Mais je ne choisis pas Warren que par défaut, car je trouve qu’elle est la seule à ramener la responsabilité de la dérive actuelle des USA au peuple… Elle a le mérite de dire certaines vérités qui font mal à entendre: «Soyons clairs, dit-elle souvent, Donald Trump n’est pas le seul problème. Une société qui a élu Donald Trump a de sérieux problèmes!». Elizabeth Warren est aussi une scholar : ex-prof et chercheuse à Harvard en Droit du commerce, elle peut littéralement planter Trump sur ses trade war inconséquentes. Warren est aussi capable de communiquer sa passion. Bien sûr, sa volonté de jouer les familiarités la rendent quelquefois malaisante (Ex: son vidéo où elle prend une bière dans sa cuisine avec son  mari), sa volonté un peu pathétique de démontrer ses filiations amérindiennes furent aussi quelque peu risibles…  Mais depuis, elle a démontré sa capacité à s’ajuster, on a découvert sa chaleur et sa disponibilité. Un mouvement de fond commencerait même à émerger pour elle…

Son parcours hors de Washington DC (comparé à Biden par exemple) devrait d’ailleurs être un atout contre un Président Trump qui se présente comme l’éternel outsider… Si vous avez suivi quelques débats démocrates, Warren a un sens aiguisé de la répartie et des formules assassines (À John Delaney, elle avait dit: «Je ne comprends pas que certaines personnes se donnent tant de mal pour se faire élire Président et proposent si peu de changements!»). Je la crois, avec Kamala Harris, la plus susceptible de ridiculiser Trump et de le faire sortir de ses gonds lors d’un débat éventuel. Pour toutes ces raisons, elle serait la candidate présidentiable à opposer à un personnage comme Trump. Pour ce faire, elle devra gagner les primaires démocrates qui commencent en Iowa dans quelques semaines.

Les délégués élus durant ces primaires choisiront donc le candidat officiel à la présidence pour son parti. L’élu(e) choisira alors son colistier. Je prédis que Warren gagne l’investiture démocrate et que Pete Buttigieg sera désigné comme son colisitier (donc Vice-Président des USA) advenant l’élection de la candidate démocrate. Pourquoi Buttigieg? Parce que les Américains aiment les parcours exceptionnels et les histoires individuelles inspirantes. Pour toutes sortes de raisons, plusieurs électeurs se retrouvaient en la figure du succes story de Trump (et peut-être aussi dans sa supposée franchise du locker room talk et des tricheries envers le fisc assumées – «that makes me smart», disait-il en 2016 !). Pete Buttigieg est le Maire de South Bend en Indiana, un État conservateur, qui vote généralement républicain. Il est homosexuel, ouvertement religieux dans sa pratique, ex-marine de l’armée des USA et ancien combattant en Afghanistan, il parle aussi plusieurs langues (on dit 7!) et a un ton et une spontanéité qui font de lui quelqu’un qui a l’air constamment naturel et à l’écoute des questions qu’on lui pose: il n’a pas de cassette ou du moins, on ne sent pas l’équipe de communication derrière lui lorsqu’il parle… Il est jeune, et pour reprendre une question de sondage souvent posée aux USA (on dit souvent que c’est la question qui permet le mieux de prédire le vainqueur à l’élection: avec quel candidat voudriez vous prendre une bière?), à cette question, je dirais que Pete Buttigieg est sans doute celui qui score le mieux ! Et lui aussi est hors de l’élite de Washington parce qu’il n’est que Maire d’une ville d’un État excentré (encore plus que Warren, élue du Massachusetts au Sénat depuis 2012).

Le tandem Elizabeth Warren/Pete Buttigieg gagnera-t-il? Deux dernières prédictions sentimentales (j’emploie «sentimentales» car je me refuse de prédire la victoire de Trump, même si celle-ci est toujours envisageable, étant donné sa capacité à lui de mobiliser une base quand même résiliente et en ajoutant les distorsions de la vérité favorisées par des médias comme Fox et les réseaux sociaux):

A- Trump perdra si le taux de participation est élevé aux prochaines élections américaines. Rappelons que Mitt Romney, le candidat républicain de 2012 qui a perdu contre Obama a récolté plus de votes (au vote populaire global) que Donald Trump en 2016, pourtant vainqueur de Clinton, car ayant maximisé ses appuis populaires dans suffisamment d’États pour obtenir 270 Grands électeurs…

B- Si Trump perd, ne soyez pas surpris qu’il organise rapidement sa fuite vers la Russie pour éviter toutes poursuites judiciaires susceptibles d’être relancées ou d’aboutir contre lui! Lors de la comparution de Robert Mueller devant le Congrès, celui-ci a bien confirmé qu’un Président qui quitte ses fonctions peut tout-à-fait être poursuivi pour des crimes commis durant ses fonctions… S’il perd, il n’est plus protégé par l’immunité présidentielle…

Alors? Impeachment ou défaite électorale? L’autre raison pour laquelle je qualifie mes prédictions de sentimentales, c’est que je crois qu’une défaite électorale est plus susceptible de mettre fin à Trump qu’une destitution. (La défaite électorale précipitera sa fuite hors du pays, la destitution pourrait amener Pence à le gracier pour divers crimes commis). De plus, une destitution le maintien dans une position de victime du système et de l’élite, comme il aime se présenter. Une défaite électorale lui rappelle, pour parler comme Colin Powell (ex-Secrétaire d’État de W. Bush) cette semaine, que la constitution des USA commence avec les mots: «We, the people, not Me the President»…

Mais Trump TV va si vite, que toutes ces prédictions seront peut-être sans valeur d’ici trois semaines, quand Trump aura démissionné, ayant vu la fiction qu’il cherchait à construire s’effondrer…