Lettre ouverte de Scott Vrooman à Sun News
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Lettre ouverte de Scott Vrooman à Sun News

 

Suite au retrait virtuel de son entrevue avec Sun News, dans laquelle l’humoriste Scott Vrooman parodiait leur ligne éditoriale, l’invité exceptionnel de l’émission a décidé de rédiger une lettre ouverte pour dénoncer sa censure. La voici.

Cher Réseau Sun News,

Je suis terriblement confus depuis le retrait, sur votre site web, et par la suite de ma chaîne YouTube, de l’entrevue que vous m’avez récemment accordée, surtout considérant votre tendance historique à défendre la liberté d’expression. Certes, je rendrai la vidéo disponible à quiconque m’envoie un courriel à scott_vrooman@hotmail.com, mais entre temps, j’espère que cette lettre ouverte pourra corriger le tir quant à ce qui semble une erreur de communication dans la transmission de mon point de vue.

Quand j’ai reçu l’invitation pour me faire interviewer par ma très estimée collègue journaliste Adrienne Batra, j’ai été submergé de joie, à un point tel que j’ai fait tomber mon chat dans le bain. Je me souviens encore de ces mots : « Nous sommes très intéressés à vous avoir comme invité à l’émission pour parler des coupures à CBC. J’ai lu votre article sur iPolitics écrit il y a quelques années, « What not to fund », et je l’ai adoré. »

J’ai remercié le producteur de ne pas avoir gaspillé de mon temps avec une pré-entrevue et me suis rendu, le lendemain, aux studios de CNN à Los Angeles (lieu sacré pour les journalistes sérieux de ma trempe) pour discuter avec Adrienne « par satellite ». Je suis arrivé quelques heures à l’avance pour me mettre en bouche la plupart de mes arguments : Les nouvelles de la CBC ont un biais favorable évident envers les faits vérifiables, les écologistes sont simplement des terorristes avec des meilleures barbes, blanc c’est blanc, noir c’est noir (enfin, pas trop noir, quand même), et ne pas mordre la main invisible qui te nourrit.

Il est difficile d’expliquer en mots l’enthousiasme généré par l’entrevue – il s’agit surtout d’un flou généré par la surexcitation. Disons que j’ai l’impression que c’est comme gagner un prix aux Spike Guys’ Choice Awards! Mais, hélas, la jubilation n’était que temporaire. Aussitôt l’entrevue achevée, je réalisai à quel point j’avais tant à dire! Tant d’opinions à hurler à la caméra!

« J’aurai pu faire davantage », ai-je crié au valet qui me rendait mes clés. Je me sentais comme Oskar Schindler à la fin de la Liste de Schindler. J’étais exactement comme Oskar Schindler.

Et ensuite quelque chose de magnifique s’est produit! J’ai reçu un courriel du producteur : « Merci beaucoup, Scott! Vous étiez génial! Nous allons clairement vous inviter de nouveau! »

C’est comme si on avait construit un gazoduc du paradis à mon cœur mais au lieu de pomper du pétrole ça pompait de la joie et du pétrole. J’ai passé la soirée en chemise et cravate, assis sur un futon suédois importé, en train de me préparer pour mes prochaines entrevues.

« C’est exact, Adrienne. Le gouvernement ne devrait pas dépenser notre argent. Seul le marché comprend quand créer et faire éclater des bulles. »

« Exactement, Adrienne. Je vois la planète comme une toilette. Et quand elle sera remplie jusqu’au bord de pollution, Dieu nous rejoindra pour nous flusher vers le paradis. »

« Très bon point Adrienne, les syndicats ne nous ont pas apporté des choses telles que la régulation de la sécurité pour les employés ou des interdictions de faire travailler les enfants. Ces progrès nous ont été offerts par de vieux hommes riches qui ont reçu la visite de fantômes habités par l’esprit de Noël! »

Cependant, le lendemain matin, tandis que je me préparais à regarder l’entrevue une 182ème fois, devant mon bol de Lucky Charms, j’ai reçu ce message dévastateur : « Cette vidéo n’est plus disponible pour respecter les droits d’auteur de Sun News. »

« Noooon », criai-je, au ralenti, à mon chat. J’étais blessé et confus. Comment cela se peut-il qu’un réseau de nouvelles qui se bat si vigoureusement pour la liberté d’expression puisse taire ma voix? Et pas seulement ma voix, mais la sienne aussi?

Donc je vous implore, à vos anciens les plus sages : si je dois renoncer à mon rêve de devenir un invité régulier à votre réseau, pourrais-je au moins avoir le droit de préserver cette brève et précieuse rencontre qui nous a unis, jadis?

Fidèlement votre, et ce même si votre émission est annulée à cause de ses cotes d’écoutes désastreuses,

Scott Vrooman,

Twitter : @mescottvrooman