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Perdre ma sobriété à L'Autre Gala de L'ADISQ
Je pense que

Perdre ma sobriété à L’Autre Gala de L’ADISQ

J’avais jamais été nommé à L’ADISQ. Ni avec Ste-Cath, ni avec Yesterday’s Ring. 

J’avais jamais été nommé à L’ADISQ. Ni avec Ste-Cath, ni avec Yesterday’s Ring. Parce qu’on chantait en anglais j’imagine. C’est un peu bizarre d’ailleurs de récompenser les artistes québécois seulement s’ils chantent en français. Je comprends la bataille, évidemment, et je comprends l’importance de conserver cette langue, cette culture unique et tout, mais est-ce que nous étions moins Québécois quand on jouait du punk rock en anglais qu’aujourd’hui ? Je pense pas.

Faque après 15 ans de carrière, autant de disques, plus de 50 000 albums vendus en carrière, c’était ma première nomination en tant que chanteur.

J’y avais goûté un peu lorsque j’ai fait la réalisation de l’album de Rudy Caya qui avait été nommé dans la catégorie Rock (remporté par la rockeuse Marie-Mai). J’ai d’ailleurs chillé avec le bassiste de Marie-Mai à l’after party de L’autre gala de l’ADISQ pendant que je scrappais ma journée du lendemain à grand coup de gin, vodka et Grand Marnier.  J’ai aussi crissé dans le feu 122 jours de sobriété presque totale (quelques petites puff de Tamia de temps en temps pour checker Anchorman et manger des Oreo). Le bassiste de Mai est d’ailleurs pas mal fan de Ste-Cath, il m’a même « quoté » des bouttes de Soda Machine. Cool.

Bref, je m’éloigne, comme Kevin Parent s’est éloigné de la logique quand il a écrit sa toune où il « name-droppait » toute la communauté.

Parlant de communauté. C’était donc la première fois que j’étais accepté de mes pairs et de l’industrie mainstream québécoise. On a fait un album en français. Notre 1er avec notre band Miracles. L’album se nomme Motels. On était nommés dans la catégorie Country, ce qui est quand même cool car c’est un style qu’on aime beaucoup. Un des styles qu’on joue sur cet album aussi.  On était bien excités. On aurait aimé l’ironie de Révélation de l’année, comme Vulgaires Machins v’là un boutte, mais non, juste country. Faut croire que nos rides et nos chapeaux ont donné ça.

PRÉPARATION

On a donc poussé ça un peu. Cette nomination. Mine de rien ça impressionne les gens. La plupart du temps, quand je me faisais arrêter pour me faire jaser de ma musique, on mentionnait l’ADISQ. « Félicitations pour votre nomination » disent-ils. On est bien contents évidemment, mais en même temps, c’est comme pas un accomplissement. L’accomplissement est dans l’action. Ça, c’est juste le résultat de l’action. Nomination ou pas, j’étais fier de ce projet qu’était Motels. On a donc « poster » un peu partout sur les Sociaux qu’on était nommés et on a aussi fait faire une « run de postering » à notre label Music Mansion Records avec nos grosses faces de dures doux qui sourient avec un Félix en background. Oui, on est fiers. Non, on n’est pas cyniques et « over it ». On est donc allé se chercher des kits spectaculaires. J’avais un genre de cape desperado avec du gold et un gros chapeau, une chemise country et tout le reste, mais j’ai  choké la cape et j’ai mis une chemise blanche avec un p’tit coat de punk pas de manche si populaire lors du weekend du Pouzza Fest. J’étais beau et les autres du band aussi. En fait, je dirais qu’on était les plus beaux. Mise à part la belle Pascale Picard et son chum qui rayonnaient le bonheur, le jus d’orange et le jogging.

Une journée de travail de base, p’tit meeting avec Caravane, drop les kids chez Audrey et départ pour le Benelux où on se clanchait un p’tit pré-gala privé avec les gens du label, notre amie et relationniste Hélène et son assistante et amie Dou Boive. On a mangé. J’ai commandé une Becks sans alcool, mais quand ce fut le temps de faire un cheers de gang avec des Scotchs goûteux, j’ai flanché. Mes genoux ont plié. J’ai plongé. La tête première dans le fort. J’avais rien bu depuis le Rockfest. 122 jours straight comme un hardcore kid en ’97 avec un shirt de BOLD. J’étais très fier, je me sentais très bien, mais je voulais célébrer. J’ai pas de problème d’alcool. Ça n’a jamais vraiment ruiné ma vie. Quelques lendemains évidemment, peut-être même des sur-sur lendemains,  mais rien pour envoyer un email à ma mère. Quelques petites plaintes de braillage sur l’épaule de ma blonde et une promesse de ne plus le faire que j’ai jamais tenue, sauf depuis le Rockfest. J’avais été capable. J’étais pas sûr que ça faisait de moi une meilleure personne mais Hélène m’a confirmé hier qu’elle m’aimait plus à jeun. Je suis plus smatte et attentif qu’elle dit. Comme j’aime beaucoup Hélène, j’ai retenu ce boutte. Scotch, gin, Grand marnier,  Martini weird rouge, shots de whatever, etc etc. hahaha. Hihihi. Beubye.

TAPIS ROUGE

On savait qu’il y avait un tapis rouge, mais on n’y croyait plus ou moins. Y’aura pas de kodak, on va se crisser de nous, ça va servir à rien… Et non!!

C’était probablement le boutte le plus l’fun du gala. On entre sur le tapis et littéralement une caméra après l’autre nous demande des photos, entrevues à V, MusiquePlus et autres, plein de flash, photo avec Daraîche (Paul) qui a d’ailleurs dit « Eh boy ça va pas bien » quand quelqu’un lui a mentionné notre nomination dans la catégorie « Country ».  On a vraiment trippé. Je me sentais comme Britney Spears dans les 2 semaines qu’elle était chix là, aux Grammys. Évidemment que je prends ça avec du recul,  je sais très bien qu’on nous prenait en photo par défaut et parce que franchement on était les plus beaux de la colonie. Tsé, Cléo ou Jf Breau.  Pour un photographe la question se pose même pas. C’est comme demander à un kid : « veux-tu manger un pogo ou une tapenade aux olives ? » Nous, on était clairement les pogos du tapis rouge. Ketchup ET moutarde.

LE GALA

On ne pensait vraiment pas gagner. Si la tendance se maintenait, ce serait Georges Hamel. Il est mort récemment, il fait du country classique de marché aux puces depuis longtemps, il vend des albums, les gens l’aiment et il fait ça depuis 100 ans. L’expérience. Sinon, s’ils voulaient faire gagner la jeunesse, je pense que Canailles était bien placé pour gagner. Ils sont jeunes, sont dans les bonnes grâces des bonnes cliques et représentent bien la nouvelle génération de musiciens québécois. Nous, on n’avait pas trop rapport. Semi-vieux, semi-country, trop-punk, pas assez smattes, dans aucune clique sauf la nôtre… mais c’est les tounes qui comptent hein ?

On avait quand même écrit un speech en allant à un show à Coaticook. Sur le p’tit ordi à Fred. Malheureusement, on a oublié le p’tit ordi dans le char proche du Benelux. Faque on savait pas trop quoi dire si on gagnait, mais on croyait pas vraiment gagner fak ça me stressait pas tant. On voulait dire merci aux gens qui nous aident. On voulait souligner le fait que y’a plein de bons bands québécois de plein de styles qui chantent en anglais et en français qui font du bruit partout dans le monde mais qu’on entend pas parler à L’ADISQ ou ailleurs à tivi et on voulait faire quelques blagues de punk. On n’a rien eu à faire de ça parce qu’on n’a pas gagné.

Si on avait gagné, on aurait dit ça, par contre (si on n’avait pas oublié l’ordi dans le char) :

FRED:

Tout d’abord, on tient à remercier le monde qui nous suit depuis les 15 dernières années dans nos différents projets. On fait ça pour vous autres.

Merci aussi à nos familles et amis qui nous soutiennent dans les hauts et les bas d’une carrière de musicien. On est vraiment honoré de ramener avec nous un Félix dans la catégorie country; une musique qu’on joue ensemble depuis nos débuts. 

HUGO:

On aimerait en profiter pour souligner l’existence de plein d’artistes qu’on côtoie depuis toujours et qui font du bruit ici comme ailleurs, à l’ombre des caméras pis des galas. Comme dans le country, y’a des bands punk, métal, indie rock, hip hop, anglos ou franco, très influents qui remplissent des salles pour vrai, partout dans le monde. Des groupes qui partent en tournée sans subvention, un mois de temps et plus pour se coller dans une vanne tout pétée et aller vendre de la musique d’ici, faite par des gens d’ici. C’est important pour nous de souligner leur travail, c’est de là qu’on vient, on est ben fiers de ça. C’est pas parce que t’es pas à la télé ou à la radio que tu touches pas plus de gens que ceux qui y sont.

CLÉO:

Merci à Music Mansion, Fred, Nic et Melmer et ceux qui nous accompagnés dans les 12 différentes sessions d’enregistrement de l’album Motels à travers la province. Le Jimmer, Hélène, Ryan, Pat, Dan, Dou.

FRED:

Un merci spécial aux collaborateurs et invités pour l’album Motels: Julien Blais, Mario Ouellet, Émilie Bourguignon, Mara Tremblay, Dumas, Simon Proulx, Felicity Hamer, Karl Tremblay, Antoine Gratton, Fred Fortin, Clément Jacques, Xavier Cafeïne et Vulgaires Machins. 

Bonne soirée à tous, ACAB

HUGO: up da punx.

On a ri quelques blagues pas pires des Drolet, mais le son était tellement déficient que je comprenais fuck all ce qui se passait en général sur la scène. Un des pires sons que j’ai jamais entendu de ma vie, en fait. Autant lors de prestations musicales que lorsque de simples humains parlaient. Si quelqu’un a compris le speech de Jimmy Hunt, c’est un pur génie. J’ai aussi remarqué que Philippe B était aussi petit qu’un moniteur. Beau p’tit moniteur ce B. On descendait  de temps en temps au bar en bas pour boire d’autres drinks fancy. J’ai pas trop réussi à me mettre chaud pendant le gala malgré mon abstinence des derniers mois. On remontait et on redescendait pour boire des drinks. À un moment, je suis devenu chaud après mon verre de Hendricks. J’ai pris une photo avec Michel Tremblay pour envoyer à ma mère et ma tante. On a payé un verre à Gino Quilico pour pouvoir faire le move dans Dumb & Dumber de Cam Neely qui se fait un signe vers sa propre tête. Gino et son entourage catchaient rien pentoute. Il est venu nous jaser par politesse et y’était crissement pas certain si on niaisait ou pas. Y’a pas voulu prendre un Félix dans ses mains par superstition. Quand même blood Quilic. Pense m’a l’inviter à ma fête.

L’AFTER PARTY

Ça se passait à Rockette. Endroit où j’ai été barré pendant des années pour avoir écrit « J’HAÏS LE GÉRANT » en gros marqueur sur le bar centenaire. Un de mes bons coups à vie, en fait, qui m’apporte encore beaucoup de fierté dans le cœur. C’était une soirée typique dans un bar. Trop de monde, musique trop forte, trop de shots. Trop de poignées de mains, vedettes locales, vedettes inconnues, Philipe Fehmiu, voyage fréquent aux toilettes et autres choses qui font que j’ai 99% du temps plus le goût d’écouter Daniel et Les Super Dogs chez nous que d’aller dans ces endroits. Je me suis mis dans un état second. Je sais pas trop qui m’a ramené, j’ai vomi, j’me suis réveillé dans une morgue et je veux plus y retourner. Aujourd’hui, c’est le jour 1 de ma 2e période de sobriété. J’ai mangé un nachos et j’essaie de passer du bon temps avec les enfants pour me rappeler que perdre à l’ADISQ, c’est pas grave pentoute, l’important c’est même pas participer, mais bien de faire de la musique tout court. Par contre perdre une journée parce que tu as mal à la tête, des sueurs, des regrets, des blackouts, le cœur qui bat trop vite, c’est plus grave. J’aimerais mieux perdre à tous les jours à L’ADISQ que vivre un autre lendemain de brosse. Jusqu’à la prochaine fois. En attendant, je vais penser à Philippe B en p’tit moniteur.