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Crime de lèse-majesté

 

Voilà que la controverse émerge à nouveau des neurones amplement pamphlétaires de Victor-Lévy Beaulieu. Cette fois-ci, c'est Michaëlle Jean, la GG, qui en prend pour son rhume.

Dans les suites de l'absence marquée de Jean Charest au lancement du 400e de Québec en France et de l'omniprésence presque déifiée d'une GG enjoignant Sarko de regarder «au-delà du Québec» pour mieux clamer son amour du Canada, VLB qualifie la GG de «reine-nègre» dans le dernier numéro de l'Aut'journal.

VLB faisait évidemment référence à la théorie classique du Roi nègre – ces chefs et exécutants, nationaux ou provinciaux, entretenus et protégés par le pouvoir colonial pour mieux vendre à la populace «locale», dont ces chefs proviennent eux-mêmes, des politiques qui vont à l'encontre des intérêts des «colonisés», mais qui rencontrent ceux des «colonisateurs». Le mot «nègre» n'ayant, bien sûr, rien à voir avec la couleur de la peau de l'exécutant, mais tout à voir avec son état de soumission typique d'un esclave d'un autre genre, soit l'esclave métaphorique grassement rémunéré pour ses services.

VLB a aussi repris l'évidence, soit que la nomination de Michaëlle Jean fut de nature stratégique pour Paul Martin, et que celle-ci s'est avérée être une fort bonne prise pour Ottawa! Et VLB d'ajouter qu'elle «était noire, jeune, jolie, ambitieuse et, à cause de son mari, sûrement nationaliste aussi – mais nationaliste, qui ne l'est pas au Québec?». Et VLB de conclure que la GG fut ainsi mise «au service d'un régime cherchant à tout prix à faire du multiculturalisme la pierre d'assise du pays.».

Certaines voix au Bloc ont condamné le propos. L'auteur Dany Laferrière y a vu une «insulte» découlant du fait que la GG soit bel et bien noire. VLB aurait donc surtout eu le désir de blesser. Ce faisant, «on poignarde sans couteau», écrit-il dans La Presse d'aujourd'hui, «enlevant ainsi à la victime son premier droit, celui de se plaindre». La GG est bien des choses, mais sûrement pas une victime.

Je peux toutefois comprendre que le terme «nègre» puisse blesser jusqu'à l'os, quel qu'en soit son usage. Et ce même si le contexte fait foi d'une référence uniquement politique. Cruellement politique peut-être, mais non raciale. Le fait est que ses déclarations sont fortement politiques, qu'elles servent le discours officiel d'Ottawa et minimisent l'importance du Québec, le tout ayant été livré dans le cadre d'un événement aussi sensible politiquement que le 400e et touchant la question encore plus sensible de la voix internationale de plus en plus vacillante du Québec.

Tout cela, la GG est assez intelligente pour le savoir.

Il reste que si ce qu'elle fait et dit est d'une efficacité redoutable et rend un service considérable aux intérêts canadiens, c'est surtout parce qu'elle est Québécoise et francophone. Elle a beau être très jolie, articulée et faire vachement multiculturelle, le fait que cette communicatrice professionnelle soit du Québec et francophone est ce qui confère la plus grande efficacité à son discours manufacturé par Ottawa. 

Pourtant, malgré la controverse actuelle, on connait nos classiques sur le sujet. En 1958, même le grand André Laurendeau, écrivant sur nul autre que Maurice Duplessis et la complaisance de la presse anglophone à son égard, avait consacré une série de trois éditoriaux brillants dans Le Devoir à la «théorie du Roi nègre»…

Mais s'il faut dorénavant purger l'expression consacrée, incluant sa récente féminisation, dès que la personne concernée est noire, alors, essayons-en d'autres.

Dans le cas de la GG, je suggère «la voix de son maître», ou «celle qui en donne toujours plus que son client fédéral en demande».

Par contre, je ne sais pas si Dany, que j'aime beaucoup, sera aussi d'accord avec moi pour dire que dans certains cas – disons, celui dont on parle ici -, la soumission volontaire n'a pas plus de couleur que l'argent et le confort offerts en échange n'ont d'odeur…

Qu'on parle ici, entre autres, d'un Jean Chrétien ou d'un Trudeau, on voit bien qu'un roi-nègre n'a pas de couleur – aussi «coloré» puisse-t-il être ou avoir été.

Si la communauté haïtienne a le droit le plus absolu d'être fière de voir une «chef d'État» venant d'Haïti et ce, même si elle est une non-élue et représente un anachronisme politique de plus en plus évident, il est à espérer que la critique envers ce qu'elle fait au niveau POLITIQUE ne sera pas interdite pour cause de lèse-majesté découlant de la couleur de sa peau.