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Dis-moi qui te finance…

Et je te dirai. si tel est le cas, à qui tu dois quelque chose…

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Bref, la question du financement des partis politiques et des courses à la chefferie est une des nombreuses poupées russes se cachant à l'intérieur des histoires de collusion et de corruption rapportées par les médias depuis des mois et des mois.

Suite aux révélations voulant que Benoît Labonté aurait reçu pour sa campagne au leadership chez Vision Montréal, plus de 200 000$ en dons anonymes venant de divers entrepreneurs en construction, dont présumément l'infiniment discret mais non moins influent Tony Accurso – ce qui, d'après la Loi, ne serait pas illégal -, nous voici maintenant tombés des nues. 

Eh oui. Tombés des nues en voyant que le financement des campagnes à la chefferie, autant au municipal qu'au provincial, n'est pas soumis à la Loi sur le financement des partis politiques. Dans les faits, on laisse les exécutifs de partis décider eux-mêmes des «règles» s'appliquant à leurs propres courses à la chefferie…

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Mais voilà aussi que cet après-midi, le premier ministre Charest disait refuser de légiférer en ce sens dans un avenir rapproché, préférant laisser le Directeur général des élections (DGÉ) enquêter sur le cas Labonté et poursuivre sa réflexion sur la question… Une fois cela fait, le PM se disait «ouvert» à discuter de ses conclusions.

Ah oui? Vraiment?

Désolée, mais le DGÉ, au-delà du cas par cas, a DÉJÀ fait sa réflexion sur la question du financement des courses à la chefferie en novembre 2007, soit il y a de cela déjà DEUX ANS.

Je parle ici du rapport du Groupe de réflexion sur le financement des partis politiques, dont le rapport fut remis le 1er novembre 2007, lequel proposait, entre autres, ceci:

«Les règles sur le financement pourraient également être étendues aux courses à la direction des partis politiques, ce qui permettrait de savoir notamment qui contribue aux campagnes des candidates et candidats et quelles sont les dépenses encourues

http://www.electionsquebec.qc.ca/francais/actualite-detail.php?id=2297

Mais comme le vide juridique à cet égard perdure, cela peut permettre à des «entrepreneurs» à la recherche de futurs retours d'ascenseur en contrats publics, de s'«acheter» les faveurs et/ou le silence d'un futur chef de parti, soit au pouvoir, soit dans l'opposition.

Mais ce qu'on dit moins, c'est que ce vide juridique permet aussi aux candidats à la chefferie plus «prisés» par le milieu des affaires de se donner ainsi un avantage indu sur ses adversaires de course. Partant, bien sûr, du principe que dans une course à la chefferie, comme en tant d'autres choses de la vie, l'argent est souvent le nerf de la guerre!

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LE DÉBAT DES CHEFS:

Quant au débat de ce soir entre Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard Bergeron à Radio-Canada, les journaux seront sûrement remplis d'analyses diverses mardi matin.

Je me contenterai donc de noter quelques éléments qui m'ont particulièrement frappée:

Le maire: un verbomoteur cherchant à enterrer le plus possible les propos de ses deux adversaires. Une vieille tactique, certes, mais qui m'a donné un sérieux mal de tête. Pour vrai.

Le mal de tête n'a fait qu'empirer lorsqu'il a dit que le «quartier des spectacles» lui tenait lieu de projet d'avenir; qu'il niait toute crise de confiance entre les citoyens et son administration; qu'il niait tout questionnement au niveau de l'éthique; que la collusion des «Fabulous Fourteen» valait qu'on regarde ça, mais pas pressé; que de récolter en un seul soir à Saint-Léonard 49 000$ sur 360 000$ en dons anonymes est normal parce que «légal»; lorsqu'en point de presse, il a continué de défendre le rôle de son ancien bras droit, Frank Zampino, dans la saga des compteurs d'eau et quant à sa relation d'amitié avec Tony Accurso. «Frank Zampino n'a été accusé de rien!», dixit le maire.

Quant à Louise Harel: sur la forme: déstabilisée par le tremblement de terre Labonté à deux semaines des élections, de même que par les questionnements sur ce qu'elle «savait» ou non sur le passé de Labonté; peinant à interrompre le maire verbomoteur; frisant le mépris en qualifiant une simple explication de Richard Bergeron de «cours universitaire», comme si les électeurs ne pouvaient pas le comprendre;

sur le fond: à peine plus de propositions concrètes que le maire sur l'avenir de la ville; mais la constatation fondamentale que certains services essentiels à la qualité de vie comme le déneigement doivent être rapatriés à la ville-centre; sur l'éthique et les reportages de collusion dans l'octroi des contrats publics, elle a posé LA question. À savoir: avec qui ces entrepreneurs préféreraient-ils continuer à négocier le 2 novembre prochain?

Mais pourquoi Mme Harel a-t-elle attendu son point de presse, plutôt que de confronter le maire en débat, lorsqu'elle a avancé que des gens de l'entourage immédiat du maire aurait coulé aux médias certaines informations cruciales sur Labonté?

Même si cela n'enlève absolument rien aux faits présumés reprochés à B. Labonté, il reste que si Mme Harel ne dit pas la vérité, elle devra vivre avec les conséquences d'avoir fait une telle accustion sans fondement.

Mais si elle dit la vérité – l'éthique étant le thème dominant de cette élection -, elle aura prouvé jusqu'où son adversaire, ou son entourage, serait prêt à aller pour conserver le pouvoir.

Je comprends qu'on puisse être revenu de tout et, par conséquent, tendre à banaliser les coulages de ce type, si tel est le cas, en considérant que ça fait partie de la game, mais en ces temps où l'éthique est en manque, les citoyens s'attendent justement à voir mieux et plus que ce genre de vieille politique.  

C'est pourquoi, que ce soit vrai ou que ce soit faux, il est important que l'on tente de faire la lumière sur cette nouvelle allégation.

(******) DERNIÈRE HEURE: http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/electionsmunicipales/12423-labonte-vaillancourt

Ce soir, sur les allégations de Mme Harel, sur le site de ruefontenac.com, on avance ceci:

«Un des responsables du financement de Benoît Labonté lors de sa course à la chefferie de Vision Montréal a contacté le DGE aujourd'hui, à la suite de pressions qu'il aurait reçu, tant de la part d'une attachée de presse de Gérald Tremblay que du journaliste Paul Larocque du réseau TVA.

Selon ce qu'a appris RueFrontenac.com, une information corroborée en partie par Louise Harel en point de presse ce soir, Pierre Vaillancourt aurait été contacté par Christianne Miville-Deschênes, de l'équipe d'Union Montréal, il y a quelques jours. Cette dernière lui aurait exhibé l'agenda électronique de Benoît Labonté pour ensuite lui demander de «se mettre une cagoule sur la tête» et d'aller parler à TVA.

Le journaliste Paul Larocque aurait contacté Pierre Vaillancourt à au moins deux reprises en se montrant très insistant. M. Vaillancourt a plutôt choisi de se rapporter au DGE pour témoigner dans les plus brefs délais.

Joint par RueFrontenac.com, le porte-parole du DGE, Denis Dion, a semblé surpris d'apprendre que Mme Harel avait fait de telles révélations lors de sa conférence de presse suivant le débat de ce soir. Il s'est toutefois refusé à tout commentaire sur le sujet. (…)»

Bref, c'est à suivre… Et à vérifier.

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Sur Richard Bergeron: au-delà de l'évidence répétée ad nauseam à l'effet qu'il n'est pas un très bon «communicateur», il fut néanmoins celui des trois à démontrer le plus d'intérêt concret pour des questions aussi terre-à-terre que l'exode des familles de classe moyenne, la qualité de vie, le transport collectif, l'environnement, la sécurité, la probité et l'urgence d'apprendre à «faire de la politique avec moins d'argent».

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En passant, voici le dernier scoop du journaliste lock-outé, Fabrice de Pierrebourg, celui-là même dont le patient travail d'enquête sur le cas de Benoît Labonté fut le premier à révéler ses liens présumés avec Tony Accurso. Et que je vous invitais d'ailleurs à lire sur ce blogue vendredi matin dernier dans mon billet «Corruption & collusion?».

Et voilà pour celui de ce matin:

http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/electionsmunicipales/12376-exclusif-michel-petit-