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Le cri du coeur de François Gendron

 

Cet après-midi, en «scrum» au caucus de Parti québécois, le doyen François Gendron y est allé de quelques cris du coeur bien sentis.

Bref, son «ras-le-bol», il ne l'a pas caché. Et il l'a fait à coups de «ça va faire!» et «ça n'a pas de sens!».

«Un parti politique, c'est pas un jouet (…)», s'est-il écrié, «surtout un parti politique qui a marqué l'Histoire, qui a fait des choses. C'est majeur, c'est majeur! Regardons qui nous sommes. Regardons les hommes et les femmes qui ont passé au Parti québécois depuis '76. C'est pas une risée. C'est pas une farce. Il y a des gens qui ont investi leurs vies, mais ils ont fait des choses pour le Québec! Pis là, on a l'impression que pour un p'tit mal de ventre, parce que, regarde… j'en reviens pas! Ça n'a ni queue, ni tête! Pis vous autres là, (parlant aux journalistes), vous autres, je le dis collectivement, vous sautez sur tout. Ça aide pas. (…) Vous pensez qu'on avance le Québec /sic/, là? Vous pensez qu'on va avancer le Québec /sic/ avec des affaires de même? Moi, je pense pas.»

Mais surtout, il a dû reconnaître que le danger d'une implosion du PQ existe bel et bien.

Donnant la pleine mesure du danger inhérent à cette crise, il lançait:«Il faut tout faire pour que le PQ s'en tire!» – puis ajoutant cette évidence: «Je ne suis pas de ceux qui pensent que ce serait intelligent d'imploser /sic/ le Parti québécois

Et le député de poursuivre son propos sur les motifs des démissionnaires en prenant un ton particulièrement moqueur: «on dit regarde, moi, y a un p'tit tiguidi qui me fatigue. Ça été ratifié par 1 700 délégués (…) pis là, moi, j'aimerais mieux que cette phrase-là soit pas là. Si vous retirez pas cette phrase-là, bien moi, je suis plus capable de vivre à l'intérieur de ce parti-là, mais je suis souverainiste à mort! Pis, je suis militant à mort! Pis, on va faire la souveraineté avec un paquet de souverainistes indépendants! Voyons! La farce a assez duré!»

Sur Pierre Curzi, M. Gendron avançait également qu'il aurait dit une chose au caucus, et une autre maintenant qu'il n'y est plus.

Et sur les sorties répétées de Bernard Landry, son cri du coeur fut sans équivoque: «Je m'en fous!».

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La fougue de M. Gendron est certes légendaire, mais force est aussi de constater ce n'est pas là tout à fait le genre de message apte à reconstruire des ponts

D'autant plus que sa description de la situation, aussi colorée soit-elle, semble surtout banaliser les motifs des démissionnaires – dont leur critique d'un PQ devenu avec le temps trop timide quant à sa propre option.

Cela étant dit, il n'y a aucun doute que les propos de M. Gendron reflètent en quelque part cette combinaison d'inquiétude et de colère qui monte chez un certain nombre de députés et de militants quant à une crise qui ne semble plus avoir de fin et au danger très réel d'une division exacerbée du vote souverainiste à la prochaine élection générale.

Or, à l'intérieur de la réunion du caucus, loin des micros et des caméras, il y aura sûrement des députés qui y feront une analyse plus fine et moins portée à relativiser des problèmes qui sont pourtant loin d'être imaginaires…

Pour reprendre l'expression de Raymond Archambault, le nouveau président du PQ, à l'entrée du caucus: «Les discussions vont être franches»….

Sûrement un euphémisme dans les circonstances…

Mais s'il fallait tout de même, en bout de piste, que le caucus et leur chef persistent dans cette manière de conspuer les démissionnaires – et par conséquent, tous ceux et celles qui partagent leurs analyses – ils commettraient là, encore une fois, une erreur de jugement politique… pour la suite des choses.

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(*) Pour visionner l'analyse que je faisais ce midi à RDI: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2011/06/22/001-caucus-pq-reunion-quebec.shtml

(**) Ce soir, à 19h00, RDI diffusera la première entrevue accordée par Gilles Duceppe depuis l'élection fédérale et le quasi anéantissement du Bloc. À voir à l'émission «24 heures en 60 minutes» de Anne-Marie Dussault.

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@ Photo: Cyberpresse