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Visite royale: un PM heureux et reconnaissant…

 

Ça y est.

Le couple royal, William et Kate, le duc et la duchesse de Cambridge, est enfin arrivé pour sa tournée du Canada (incluant même le Québec) – ce même pays décrit par le Gouverneur général, avec une pointe d'humour, de «capitale du Commonwealth des lunes de miel»…

 

Quant au premier ministre Stephen Harper, dont les «sensibilités» politiques et idéologiques penchent pourtant plus vers les Républicains américains, ne s'en pouvait plus de voir ce jeune couple, aussi royal que sympathique et chaleureux, l'aider à «humaniser» son image un tantinet… comme disent les doreurs d'image…

Il fallait aussi entendre le premier ministre – maintenant majoritaire et tout-puissant pour au moins quatre ans -, parler du «destin éternel de notre grande nation» tout en qualifiant le Canada de «our fair Dominion»…

Un drapeau spécial pour marquer l'occasion de cette première visite au Canada du futur Roi fut même créé.

 

Remarquez que l'admiration du premier ministre, voire sa reconnaissance, se comprend amplement.

Après tout, si le Canada n'était plus une monarchie constitutionnelle dont le chef d'État est la Reine Elizabeth II – représentée par le ou la Gouverneur général pour ce qui est de la couronne fédérale, ainsi que par une brochette de lieutenants-gouverneurs pour ce qui est des couronnes provinciales (1) -, l'homme ne serait peut-être plus premier ministre aujourd'hui…

Je m'explique.

Ainsi, si, à l'automne 2008, la GG Michaëlle Jean n'avait pas eu le pouvoir, fort réel et concret, de décider unilatéralement de refuser à la coalition PLC-NPD le mandat de gouverner en accordant plutôt à Stephen Harper sa demande de proroger le Parlement alors qu'il était à un poil de perdre la confiance de la Chambre, l'homme se serait retrouvé chef de l'opposition. Point. (Je vous laisse imaginer la chute de dominos politiques qui s'en serait suivie au sein même du Parti conservateur.)

(Rappel: http://www.cbc.ca/news/canada/story/2008/12/04/harper-jean.html )

Car c'est bel et bien cette décision – cruciale et déterminante pour la suite des choses au Canada -, rendue à l'époque par la GG du jour, qui aura donné aux conservateurs la possibilité de continuer à gouverner même si les partis d'opposition s'apprêtaient à le défaire sur un vote de non confiance.

Eh oui. C'est donc la représentante de la Reine – Michaëlle Jean -, nommée elle-même par le PM libéral Paul Martin -, qui, en bout de piste, aura eu l'immense pouvoir de choisir qui, des conservateurs de M. Harper ou de la coalition PLC-NPD, allait gouverner le Canada.

 

 

Alors, lorsqu'on vous dira que le ou la GG ne sont que des «coupeux» de rubans aux pouvoirs essentiellement symboliques, pensez à l'automne 2008…

Pensez à ce moment charnière.

Pensez à ce jour où une GG nommée par un ancien premier ministre libéral pour représenter la couronne britannique – le chef d'État du Canada -, a pu exercer un pouvoir tel qu'elle allait en marquer l'avenir du pays pour longtemps.

Dans un sens ou dans l'autre, d'ailleurs.

Car si elle avait plutôt choisi la coalition, le pays en aurait été également changé.

C'est vraiment beaucoup, beaucoup de pouvoir pour de présumés «coupeux» de rubans (2)…

Vraiment beaucoup, beaucoup de pouvoir pour une ou un non-élu et nommé directement par le premier ministre du jour pour représenter un chef d'État qui, dans les faits, est l'héritière ou l'héritier par les liens du sang d'une monarchie…

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Ce qui, sur une note plus légère, n'est pas sans rappeler ce passage du film mythique «The Holy Grail» de Monty Python.

Dans une scène hilarante, Arthur explique à une vieille paysanne qui refuse de reconnaître son autorité parce qu'elle n'a «pas voté» pour lui comment il est devenu Roi grâce à Excalibur (3).

Arthur se fait ensuite répondre ceci du tac au tac par un autre paysan: «Look, strange women lying on their backs in ponds handing out swords… that's no basis for a system of government.  Supreme executive power derives from a mandate from the masses, not from some farcical aquatic ceremony.»

(Ma traduction: «Écoutez, d'étranges femmes couchées sur le dos au fond d'un étang et qui offrent des épées… ce n'est une base pour un système de gouvernement. Le pouvoir exécutif suprême émane d'un mandat donné par le peuple, pas d'une ridicule cérémonie aquatique») 

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(1) Pour un bref résumé du système politique canadien: http://elections.radio-canada.ca/elections/federales2011/mode_demploi/regime_politique_canadien.shtml

     Pour le site officiel du Gouverneur général: http://www.gg.ca/index.aspx?lan=fra

     Pour les responsabilités du lieutenant-gouverneur du Québec: http://www.lieutenant-gouverneur.qc.ca/roles-et-fonctions/role-constitutionnel.html

     Et pour savoir ce qu'est la «couronne» fédérale ou canadienne: http://www.pch.gc.ca/fra/1287488364822/1298038582174

(2) S'il est dit que le ou la GG agit habituellement sur l'«avis» du premier ministre et de son gouvernement, il reste qu'il a également le pouvoir de ne PAS le suivre. Ce qu'avait d'ailleurs fait le GG Lord Byng en demandant au chef de l'opposition de gouverner plutôt que d'accorder au PM MacKenzie King sa demande de dissoudre le Parlement: http://canadaonline.about.com/od/gg/p/byng.htm

(3) Pour visionner la célébrissime scène du film The Holy Grail: http://www.youtube.com/watch?v=5Xd_zkMEgkI (Merci aux internautes PacoLebel & BloodyPM qui, sur Twitter, m'ont aimablement envoyé le lien après avoir lu ce billet).

 Addendum: cette réflexion sur le rôle de «chef d'État»: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/326481/visite-royale-notre-vrai-roi