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Sorry, I don’t speak French

 

«Sorry, I don’t speak French».

Vous rappelez-vous de cette formule que servaient souvent les anglophones unilingues à une certaine époque lorsqu’ils s’adressaient à des francophones? Certains le faisaient pour s’en excuser, vraiment. Et d’autres, pour signifier de haut le fait qu’ils n’avaient pas besoin de parler la langue de la majorité au Québec pour fonctionner dans la vie de tous les jours, travailler, magasiner, etc…

Bien sûr, depuis ce temps – en fait, avec la montée du nationalisme et l’adoption de la Loi 101, le taux de bilinguisme chez les Anglo-Québécois a augmenté considérablement.

Or, aujourd’hui, paradoxalement,  bien des Montréalais témoigneraient que cette fameuse formule du «Sorry, I don’t speak French» n’est même plus utilisée lorsqu’une personne anglophone, qu’elle soit d’ici ou d’ailleurs, s’adresse directement à un francophone en anglais, comme si ce dernier devait automatiquement passer à l’anglais pour lui répondre.  Un phénomène socio-politique inusité…

Mais si le taux de bilinguisme chez les Anglo-Québécois a considérablement augmenté, il demeure anémique dans le reste du Canada.

Et voilà que La Presse nous apprend que même à la Caisse de dépôt et placement du Québec, on embauche des cadres supérieurs unilingues anglophones – dont un vit ici depuis déjà onze ans… Une preuve parmi d’autres que même 34 ans après l’adoption de la Loi 101, il est encore tout à fait possible, voire aisé, de faire sa vie ici sans parler un seul mot de français. Évidemment, l’inverse serait impensable pour un francophone unilingue dans le reste du pays.

Et comme si on nous ramenait à une époque que l’on préférerait oublier, voilà aussi que le porte-parole de la Caisse laisse tomber, comme ça, que ce n’est pas grave parce que, voyez-vous: ««Il a des subalternes qui parlent le français»…

Dans ma chronique de cette semaine, laquelle portait sur le «grande illusion» qu’est le bilinguisme officiel au Canada, je concluais en ces mots: «Morale de cette histoire qui n’en a pas: au Québec, on exige d’être bilingue même pour un boulot au salaire minimum, mais au Canada, l’anglais suffit pour être juge à la Cour suprême, vérificateur général ou journaliste dans un grand quotidien canadien-anglais

Épilogue: si on exige le bilinguisme au Québec pour un boulot au salaire minimum, de toute évidence, ce n’est même plus une condition d’embauche à la Caisse de dépôt et de placement, le puissant «bas de laine» des Québécois.

Peut-être que la formule légendaire devrait être aujourd’hui: «Sorry, I don’t need French»…