BloguesJosiane Ouellet

Éonnagata : Entre deux genres

 

On se marchait littéralement sur les pieds lors de la première d’Éonnagata, un spectacle conçu et interprété par Robert Lepage, Sylvie Guillem et Russell Maliphant. Il faut dire que cette production mêlant danse et théâtre s’arrêtait à Québec pour un soir seulement et que, comme toutes les créations de Lepage, elle était très attendue. Or, à en juger par le tonnerre d’applaudissements auquel elle a donné lieu, les spectateurs ont semblé apprécier cette expérience singulière.

 

 Éonnagata

Pour ma part, j’en retiens la performance étonnante de Lepage qui, aux côtés de deux danseurs chevronnés y allant eux-mêmes de prouesses impressionnantes, s’en tire admirablement. Les chorégraphies où se rencontrent Onnagata (technique utilisée par les acteurs de théâtre Kabuki pour représenter des femmes de manière stylisée), arts martiaux et danse contemporain. Des ambiances sonores, des éclairages, des costumes dépaysants.                                   

 

 

Mais surtout, certains tableaux d’une grande force poétique, débordant l’histoire du Chevalier d’Éon, l’idée d’une identité sexuelle problématique, jamais tranchée au couteau, d’un personnage qui serait à la fois masculin et féminin, pour atteindre au thème universel de la solitude des deux genres, de la recherche de l’alter ego, en soi ou à l’extérieur de soi. Entre autres, l’histoire de ces humains hermaphrodites séparés par Zeus et la gestuelle qui l’accompagnait; le passage du miroir, où homme et femme deviennent le reflet l’un de l’autre; et la finale, éclairant en alternance ces deux dimensions de l’être.