Pour Maddy
BloguesLa blogue de Catherine Genest

Pour Maddy

C’est pour elle qu’il avait pris le stylo, c’était After the Storm, une chanson précieuse, une de ses rares compositions, un ode à l’amour qui résiste au temps et à la maladie. 

C’est à elle, à Maddy, que je pense en apprenant la nouvelle. Celle qui partageait sa vie, celle qui veillait encore hier sur son cœur fragile. La femme qu’il visualisait forcément mordant dans tous les « she » des textes d’autrui qu’il s’appropriait comme personne.

Le blues coulait dans les veines de Bob Walsh. Interprète immense, chaque mot l’habitait jusqu’au tréfond de son âme. Il portait avec lui une mélancolie tranquille, une profondeur émotive qui teintait même ses tunes plus groovy jouées avec celui qu’il appelait tendrement Ti-Guy (Bélanger), même son inoubliable disque de Noël. Peut-être, indiscutablement en ce qui me concerne, le plus beau à avoir été enregistré depuis celui de Vince Guaraldi.

Dear Bob, we’ll definetly have a blue christmas whitout you.

Bob Walsh chantait avec son cœur. Sa voix aussi consolante qu’éraillée reste inégalée et les carrières comme celle qu’il a menée à bout de bras n’existeront plus jamais. Bourreau de travail, musicien de l’ombre dans les pubs du Vieux Québec, il roulera sa bosse sa glam ni gala pendant deux longues décennies. Humble comme peu, passionné de musique de la plus pure façon qui soit, son talent le dépassera et il deviendra, à force de bouche-à-oreille et sans l’aide des médias de l’époque, la légende qu’il est aujourd’hui. En 1993, il enregistrera finalement son premier album même si « endisquer, ça ne veut pas tout dire pour un artiste ». Lucide, il se sera toujours méfié des marchands de promesses, de cette industrie ingrate, cette grosse machine qui aurait pu éteindre la flamme qui brûlait en lui depuis l’enfance.

Je ne lui ai parlé qu’une fois, c’était au téléphone en juin dernier. Rencontre marquante s’il en est une, ponctuée de phrases adorables comme « Monsieur-moi pas, c’est Bob mon nom », de remerciements surpris. La dernière chose qu’il m’aurait dite avant de raccrocher ? « Merci, t’es vraiment une tite chouette. » Une phrase si authentiquement sentie qui ne fait que prouver son immense gentillesse, témoingnant aussi de sa modestie sincère mais presque indécente. J’espère seulement qu’il savait à quel point il était aimé.