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Pierre Bourdieu : Contre-feux

On peut se plaindre avec raison du fait que nombre des dénonciations de la mondialisation se contentent de dépoussiérer le vieil épouvantail gauchiste du méchant capitaliste. Mais ce n’est pas Pierre Bourdieu qu’on pourra accuser de «faire simple». Même si, dans Contre-feux, l’universitaire a sensiblement adouci les aspérités de ses théories sociologiques afin de tenter de marquer quelques points contre la tyrannie du néolibéralisme.

Voilà un petit livre qui en a dedans! Contre-feux regroupe un ensemble de textes touchant à toutes sortes de sujets: la télévision, les mouvements sociaux qui ont secoué la France dans les dernières années, le «discours xénophobe qui, depuis quelques années, travaille à transformer en haine les malheurs de la société, chômage, délinquance, drogue, etc.».

Les pages que Bourdieu consacre à la précarité de l’emploi sont particulièrement éclairantes. Les engagements par contrats à court terme empêchent non seulement un nombre de plus en plus grand de citoyens d’avoir accès à une certaine sécurité de revenu; ils nous empêchent surtout de développer «ce minimum de croyance et d’espérance en l’avenir qu’il faut avoir pour se révolter, surtout collectivement, contre le présent, même le plus intolérable». 

Bourdieu ne se contente pas de rajouter sa voix au lot grandissant de critiques de la mondialisation: il tente de nous en faire comprendre la logique sociale et politique. La réflexion du sociologue se propose ainsi de «"défataliser" en politisant»: de démontrer que la soumission aux lois du marché n’est pas le destin de nos sociétés, mais bien un choix de société, ce qui implique l’existence d’une solution de rechange.

Contre-feux n’est certainement pas une des ouvres de Bourdieu qui feront date dans l’histoire des sciences sociales: au moins le livre arrive-t-il au bon moment. Éd. Liber, coll. Raisons d’agir, 1998, 125 p.