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Dominique Schnapper : La Relation à l’autreAu cour de la pensée sociologique

Dominique Schnapper est une sociologue dont les réflexions portent sur les questions d’identité ethnique et nationale, ce qui devrait intéresser nombre de Québécois. Elle faisait paraître, il y a quatre ans, La Communauté des citoyens, où elle se penchait Sur l’idée moderne de nation. Elle publie maintenant une étude dont la portée est sensiblement plus large: La Relation à l’autre. Ce qui est pour elle l’occasion de plonger Au cour de la pensée sociologique.

Le sous-titre rend plus précisément compte de la teneur de l’ouvrage que ne le fait le titre. Le livre est essentiellement constitué d’analyses et de commentaires des diverses théories sociologiques qui, depuis le siècle dernier, ont tenté de comprendre les relations que les individus d’une collectivité entretiennent avec l’Autre: avec ceux qui sont différents d’eux.
La Relation à l’autre présente beaucoup de remarques fort intéressantes, qui ne nous conduisent pas tant à interroger ce qu’est une nation ou une ethnie, mais plutôt le regard que nous portons sur ces réalités. Ainsi, Schnapper signale qu’«il ne suffit pas de remplacer le mot "race" par le mot "culture" pour cesser de penser de manière racisante» – racisme et «culturisme»: même combat!

En faisant le ménage dans les théories du passé, Dominique Schnapper nous permet de constater que, si les définitions de la race, de la nation ou de l’ethnie ont fluctué au fur et à mesure des années, c’est parce que ces réalités se sont elles-mêmes transformées. Si nous avons tant de difficultés de nos jours (et singulièrement au Québec) à déterminer ce qui distingue une nation d’une ethnie et d’une culture, c’est peut-être parce que nos analyses se fondent sur des définitions dépassées de ces phénomènes.

Schnapper conclut sa recherche en soulignant qu’«il est désormais admis que l’interrogation ne doit plus porter sur les groupes ethniques constitués mais sur les processus par lesquels se forme la conscience ethnique et se constituent les groupes». Ainsi, par exemple, il importe finalement peu de savoir exactement ce que c’est qu’être québécois; il est bien plus intéressant de comprendre pourquoi nous tenons tellement à nous démarquer à tout prix des Canadiens et des États-Uniens.

En tout cas, La Relation à l’autre nous prouve une chose: il est tout à fait possible de dire, à propos de la question de l’identité nationale, des choses beaucoup plus sensées que ce qu’on entend généralement autour de nous à chaque fois qu’on soulève la question…Éd. Gallimard, coll. NRF Essais, 1998, 562 p.

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