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Livres

Paul Chanel Malenfant : Quoi, déjà la nuit?

Étrange coïncidence: les livres se succèdent et se ressemblent parfois. Sinon par le ton et le style, du moins par la thématique. Ainsi, récemment, Madeleine Gagnon, avec Le Deuil du soleil, Mario Cyr, avec L’Éternité serait-elle un long rêve cochon?, Jean Charlebois, avec L’Oiselière, et maintenant, Paul Chanel Malenfant et son premier roman, Quoi, déjà la nuit?, ont tous raconté la mort d’êtres chers. Si la première en a fait un essai-hommage aux amis disparus, les trois autres ont choisi le roman pour exprimer le bouleversement profond ressenti lorsqu’un amour quitte la vie, et cela donne de magnifiques odes.

Ce n’est un paradoxe qu’en apparence: c’est bien en regardant la mort en face qu’on mesure toute la valeur de la vie. Et qui, mieux que les poètes, sait nous le rappeler? Le Rimouskois Paul Chanel Malenfant est de ceux-là, qui a publié une quinzaine de recueils depuis 1976, dont Voix transitoires (Éd. du Noroît / L’Arbre à paroles, 1992) et Fleuves (Éd. du Noroît, 1997). Si la poésie chez lui se fait souvent exigeante, le romancier, en multipliant les formes narratives, du récit-journal au poème, en passant par des lettres et des photos… en prose, a donné au lecteur différents angles d’appréhension de la passion amoureuse qu’il réinvente.
Un amour hors du commun en ceci qu’il lie un homosexuel et une femme. Cette femme, dans la quarantaine, se meurt à l’hôpital Notre-Dame, dans la métropole; et le narrateur, de Sainte-Luce-sur-Mer, a fait le voyage pour l’accompagner. Tout ceci est déjà du passé, on s’en doute, mais l’homme relate l’agonie dans l’urgence du présent et, surtout, l’incroyable basculement dans le passé que provoque ce départ. C’est toute sa vie, de son enfance aux dernières années, qui lui remonte en mémoire, ainsi que les bribes connues de la vie de la femme aimée. Des humiliations, des souffrances, la joie partagée; et cette fin si abrupte?

Le roman de Paul Chanel Malenfant a la douleur contenue d’un fait vécu; quelques indices font d’ailleurs pencher le récit dans le sens de l’autobiographie. Peu importe, il captive, retient, émeut par une écriture sans cesse changeante, miroir des états d’âme du narrateur. L’écrivain y rend hommage à la force de la mémoire, de l’écrit. Et, sans s’appesantir, fait le portrait d’un amour échappant à tous les clichés: «J’ai pensé que tu avais emporté avec toi tous nos secrets, nos lettres, nos photographies. J’ai aussi pensé que je vivrais toujours de cet amour d’une femme: un homme qui n’aimait pas les femmes avait aimé, surtout avait été aimé jusqu’au-delà de l’amour.» Éd. de l’Hexagone, 1998, 206 p.

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