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Sylvie Chaput : Promenades

Cofondatrice de la revue Nuit blanche, essayiste, biographe, traductrice et auteure du très beau roman d’inspiration historique mais au ton moderne Les Cahiers d’Isabelle Forest (Éd. L’instant même, 1996), Sylvie Chaput est une figure importante des lettres à Québec. Elle signe, avec Promenades, son second roman, court mais profond, d’une belle économie de moyens, sobre et touchant. Il met en scène un couple qui, après des années de vie heureuse, voit venir, en douceur mais inéluctablement, la fin de l’amour. Par petites touches, c’est l’histoire d’une génération qui revit.

On entre dans ce récit à pas feutrés et on est tout de suite happé: les courts chapitres se succèdent comme autant de flash-back dans une histoire familière. Sylvie Chaput a le don de la narration simple et précise, son écriture ne s’encombre pas de fioritures et pourtant, alors qu’elle concentre son attention sur deux ou trois personnages, toute l’époque, ses modes, ses lubies et ses échecs, apparaît à travers eux.

Hélène et Louis se sont connus vers trente ans; il est comédien, elle travaille dans une boutique d’antiquités. Intelligents, cultivés, ouverts, ils se sont aimés en adultes, partageant points communs et différences. «Louis préférait les murs blancs avec des cadres de fenêtre en couleur; Hélène, l’inverse. Elle raffolait de la cuisine orientale, des fruits de mer et des salades composées de n’importe quoi. Franchement carnivore, il sourcillait en apercevant des légumes inconnus dans son assiette. Depuis toujours, il dormait la fenêtre grande ouverte; elle gelait des pieds sept mois sur douze…»

Puis un jour, comment est-ce survenu? Hélène annonce à Louis qu’elle part en vacances de son côté, avec une amie, Monique. Alternant les passages où revit à rebours la relation sans tache d’Hélène et Louis, et l’équipée des deux femmes aux États-Unis, où Monique révèle à Hélène qu’elle vient de quitter définitivement son mari, la romancière pose les jalons de l’effritement d’un couple. Le silence qui s’installe par moments, les affres du temps sur les corps, les idéaux de jeunesse battus en brèche par la marche du monde. Les doutes, les incertitudes, la jalousie…

Coupant court aux digressions, jouant de l’ellipse et du raccourci, avec pudeur, évitant les épanchements émotifs, Sylvie Chaput parvient à faire sentir tout le tragique de l’existence, quand l’amour en allé place chacun des amoureux face à lui-même et à la fuite du temps. Éd. L’instant même, 1998, 110 p.

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