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Livres

François Gravel : Vingt et un tableaux

Qualifier de «roman» ce nouveau livre de François Gravel paraît un peu abusif. Des nouvelles, courtes histoires inspirées de sa vie d’enseignant, sans doute romancées, mais tout de même! Prof d’économie au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu depuis vingt ans, l’écrivain a dressé un portrait à la fois fidèle et humoristique du milieu, des élèves et des maîtres qu’il a côtoyés. Il a changé les noms, a sûrement composé ses personnages à partir de plusieurs personnes réelles, mais, surtout, il a joué de son ironie mordante pour faire de ses Vingt et un tableaux (et quelques craies) une agréable chronique, drôle et touchante, du monde scolaire.

Auteur de sept romans pour adultes, dont Ostende et Miss Septembre, et de onze livres jeunesse qui lui ont rapporté d’importantes distinctions – Klonk, prix Alvine-Bélisle 1994, entre autres -, François Gravel est de ces auteurs qui ne se prennent pas au sérieux et qui, sur un ton désinvolte, nous assènent quelques vérités que certains préféreraient peut-être ne pas entendre. C’est ainsi que, l’air de ne pas y toucher, il passe en revue ici les différents aspects du travail d’enseignant.

Du premier cours à la remise des notes du dernier examen, nous voyons évoluer, dans la mesure où une évolution est possible dans le cadre contraignant de l’école, la relation du prof avec ses étudiants. Pour les besoins de la cause, l’écrivain appelle à la barre les Yannick, Lydia, Cynthia, Mireille, miss Détresse, le Seigneur des Anneaux et quelques autres dont il finira par apprendre les noms, par y apposer un visage. Des cancres et des bolles, des laiderons et des beautés dévastatrices pour un homme dans la quarantaine… Pas politically correct pour deux sous, l’auteur s’attaque aux clichés, à ses collègues, à ses propres tares.

François Gravel fait état des vieux trucs de séduction qu’il a appris au fil des ans, ou de ceux qui permettent à l’enseignant d’échapper au «syndrome d’épuisement professionnel». Il évoque les rêveries qui emportent parfois son esprit alors qu’il surveille les élèves en examen. Il relate d’embarrassantes histoires de jeunes étudiantes éprises de leur professeur, troublé par leur jeunesse. «Dans une salle de classe, je serai toujours le seul à vieillir, écrit-il. J’aurai toujours l’impression de passer mes journées sur le quai d’une gare, à les regarder partir.»

La tendresse apparaît petit à petit derrière le sourire en coin de l’écrivain, qui a tenu ici à rendre hommage à une profession belle et décriée, trop souvent jugée de l’extérieur. Profession de foi. Éd. Québec / Amérique, 1998, 168 p.

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