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Le Capitaine AlatristeD’Arturo Pérez-Reverte

Après avoir été correspondant de guerre pour la télévision espagnole, Arturo Pérez-Reverte s’est lancé en littérature avec un succès qui ne se dément pas. Passionné des romans du XIXe siècle, il s’est fait auteur de best-sellers historiques intelligents: Le Tableau du maître flamand (1993), Le Club Dumas ou L’Ombre de Richelieu et Le Maître d’escrime (1994), puis La Peau du tambour (1997) ont été publiés dans trente-deux pays. Le Capitaine Alatriste, une autre réussite, premier épisode d’un feuilleton qui comptera six volumes, nous plonge dans l’Espagne de 1620 comme si nous y étions. Fabuleux et superbement écrit.

Le romancier a le don de nous rendre familier le pan de l’histoire qu’il choisit comme théâtre de son imaginaire. Cette fois, c’est une Espagne décadente, sous le règne de Philippe IV, qui nous est restituée sous la plume d’Iñigo de Balboa, qui devint le page, à l’âge de 13 ans, du fameux capitaine Alatriste. Des années plus tard, il entreprend de faire le récit des exploits et mésaventures de son protecteur, qui gagna ses lettres de noblesse comme soldat des guerres de Flandre et devint par la suite spadassin, ni plus ni moins que «tueur à gages» au service de ceux qui peuvent payer. Cela sans perdre sa réputation d’homme d’honneur…

Vaillant et habile, le capitaine Alatriste était digne de confiance pour exécuter les basses besognes que d’autres lui commandaient, mais il y avait des limites. A preuve, ce «contrat» pour le moins louche qu’il va accepter: un jour, deux hommes masqués, à l’évidence gens de qualité, lui demandent d’effrayer, de blesser deux Anglais en visite à Madrid. Puis surgit une seconde commande, celle d’un inquiétant évêque de l’Inquisition qui ajoute une somme rondelette pour que les deux Anglais soient carrément assassinés. Le plus grand secret entoure cette mission, qui prendra bientôt les allures d’une affaire d’État.

Sans révéler les rebondissements de l’intrigue, nombreux et bien menés, il faut reconnaître à Arturo Pérez-Reverte un sens du suspense, de l’ambiance, lourde la nuit dans les rues pleines de dangers du Madrid de l’époque. On suit ses héros à la trace, tremblant pour eux. Heureusement, Alatriste a des relations et aussi beaucoup d’amis: à peu près tout ce qui a compté dans la vie intellectuelle du Siècle d’or; le poète Francisco de Quevedo, le dramaturge Lope de Vega et le peintre Diego Velásquez en sont.

L’humour fait partie intégrante du style de l’auteur, et la traduction remarquable de Jean-Pierre Quijano nous permet de goûter une langue savoureuse, pleine de mots oubliés. Un régal pour jours de canicule. Éd. du Seuil, 1998, 222 p.

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